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Centrafrique : la Minusca dénonce l’appel de l’anti-balaka Maxime Mokom à « bouter les mercenaires étrangers »

Un milicien anti-balaka, en 2014 à Guen,au nord de Bangui. © Jerome Delay/AP/SIPA

Après que le leader anti-balaka Maxime Mokom a appelé lundi la Minusca à agir contre les mercenaires étrangers, celle-ci lui a répondu ce mercredi 23 août.

La Minusca tape du poing sur la table. Ce 23 août, elle répond à Maxime Mokom par voie de communiqué. Ce dernier, principal leader anti-balaka a, deux jours plus tôt, exigé de la mission onusienne en Centrafrique qu’elle prenne ses « responsabilités » pour « bouter les mercenaires étrangers hors du territoire national », tout en menaçant implicitement de s’en charger lui-même.

La Minusca ne cache pas sa « consternation » alors que Mokom se présente en potentiel défenseur « de la souveraineté de l’État ». S’il est avéré que des combattants étrangers, notamment tchadiens, ougandais et soudanais, évoluent sur le territoire centrafricain, il est probable selon diverses sources que la coalition à laquelle Mokom est affilié fasse parfois appel à des services de ce type.

Une coalition élargie

Depuis octobre 2016, les anti-balaka de Mokom ont rejoint la coalition formée par les ex-Séléka du Mouvement patriotique centrafricain, du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique de Nourreddine Adam et du Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique.

Cette coalition s’oppose aujourd’hui avant tout à l’Union pour la Centrafrique d’Ali Darassa. La coopération des anti-balaka avec les ex-Séléka a permis aux premiers de s’armer plus lourdement, « d’acquérir des armes conventionnelles, principalement des fusils d’assauts de type AK-47 et des lance-roquettes », indiquent des experts dans un rapport remis au Conseil de sécurité de l’ONU et rendu public en juillet dernier, alors qu’ils étaient connus pour se battre avec des armes souvent vétustes.

Les violences répétées des anti-balaka

Si les propos de Mokom sont accueillis plus que fraîchement, c’est aussi à cause d’un contexte très tendu sur le terrain : depuis mai 2017, les forces de la coalition sont particulièrement actives. Plusieurs Casques bleus ont perdu la vie depuis cette date du fait du retour des violences. Certains ont été attaqués par des anti-balakas, bien que rien ne prouve qu’ils étaient liés au groupe de Mokom. « Les anti-balaka n’ont pas de chaîne de commandement claire. (…)  Les chefs (…) ont une influence limitée sur le terrain », remarquent encore les experts. Mokom, en revanche, aurait encore des contacts avec des membres de l’ancienne garde présidentielle de François Bozizé et des officiers de l’ancienne armée centrafricaine.

Les anti-balaka sont aussi soupçonnés d’être derrière les attaques visant la communauté peule, particulièrement touchée depuis mai 2017. « La Minusca dénonce donc, de manière la plus forte, l’injonction faite par Maxime Mokom et son groupe, qui ressemble à une justification des violences intercommunautaires qui sont en cours et qui continuent d’endeuiller de nombreux Centrafricains », précise encore le communiqué onusien.

En avril dernier, le Trésor américain a annoncé par voie de communiqué sa décision de sanctionner Maxime Mokom, notamment en gelant ses avoirs.