Donat Mupapa : « La double nationalité ne doit plus être un sujet tabou » en RD Congo

Donat Mupapa, candidat déclaré à la présidentielle en RD Congo, le 27 janvier 2016 à Paris. © Vincent Fournier/J.A.

Candidat déclaré à la présidentielle en RD Congo, le docteur Donat Mupapa compte bien "faire avancer le débat politique" dans son pays. Son cheval de bataille : l'avènement d'une quatrième République qui reconnaît entre autres la double nationalité. Interview.

À 56 ans, Donat Mupapa se rêve président de la RD Congo. Et peu importe s’il ne dispose pas de la même aura qu’Étienne Tshisekedi, Moïse Katumbi, Vital Kamerhe ou Martin Fayulu, pour ne citer que les principaux prétendants. Son objectif semble ailleurs : faire entendre un autre son de cloche. « Faire avancer le débat politique sur des questions de société », glisse-t-il, derrière ses fines lunettes.

Ancien médecin des Cliniques universitaires de Kinshasa (il a notamment participé à la lutte contre Ebola lors de l’apparition du virus en RD Congo, en 1995), réfugié politique en France depuis fin 1997, il plaide notamment pour l’avènement d’une quatrième République en RD Congo et la réhabilitation des Congolais de l’étranger qui ont pris la nationalité de leur pays d’accueil, perdant ipso facto celle de la RD Congo, laquelle ne peut se détenir concurremment avec une autre. Comment compte-t-il s’y prendre ? Quelle est sa stratégie, ses réseaux et son programme d’action, sa position par rapport aux questions d’actualité en RD Congo ?

Jeune Afrique : Vous êtes déclaré candidat à la présidentielle à venir en RD Congo. Qu’est-ce qui vous distingue des autres prétendants ?

Donat Mupapa : J’ai milité au sein de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi depuis mon jeune âge. J’étais encore étudiant lorsque j’ai adhéré au parti en 1986. Même si je me considère toujours comme un membre du clan UDPS, j’estime que je suis majeur politiquement pour me présenter à la présidentielle.

J’ai officiellement quitté l’UDPS en 2011 parce qu’Étienne Tshisekedi, avec la force de l’âge, ne pouvait plus défendre efficacement les idéaux du parti. J’ai pris une nouvelle orientation. Et depuis plusieurs années, la « Fondation Dr Mupapa » que j’ai créée en RD Congo me permet d’avoir des sympathisants à travers plusieurs provinces du pays. Je porte des idées nouvelles et une vision très ambitieuse pour restaurer l’État congolais.

Quelles en sont les grandes lignes ?

Si je suis élu président de la République, je propose que le pays adopte une nouvelle Constitution qui consacre une quatrième République. Une nouvelle Loi fondamentale qui favorise le leadership de la jeunesse et n’exclut aucun enfant de la République. Cela passe notamment par la réhabilitation des Congolais de l’étranger qui ont perdu la nationalité congolaise en adoptant celle de leur pays d’accueil.

La question de la double nationalité doit être débattue

C’est inacceptable aujourd’hui d’exiger un visa à un Congolais né à Kinshasa qui veut rentrer dans son pays d’origine. Tout simplement parce qu’il a pris la nationalité de son pays d’accueil. Il y en a quelque 3 millions de Congolais dans cette situation. Alors que ces derniers contribuent à la hauteur de 9 milliards de dollars au pays – plus que le budget national -, car c’est eux qui payent les frais de scolarité des frères et sœurs restés au pays, prennent en charge les obsèques des parents décédés, … C’est une injustice !

La question de la double nationalité ne doit plus être un sujet tabou. Si je suis élu, elle sera donc sur la table des discussions et les Congolais trancheront. Notre hospitalité légendaire oblige également que nous accordions la nationalité congolaise à des étrangers, Belges, Libanais ou Sénégalais, qui se sont installés depuis des années dans notre pays. Sans que ces derniers ne perdent leur nationalité d’origine.

Depuis deux décennies, le pays est secoué par des conflits armés récurrents. Je propose aussi que la RD Congo constitue une armée de réserve. Des jeunes de 18 ans doivent suivre un service militaire qui leu accorde une éducation civique et morale. Avec nos frontières poreuses, ces jeunes formés seront sensibilisés et concernés davantage par la sécurité du territoire national.

Comment comptez-vous vous s’y prendre pour réaliser votre ambition ?

Je suis en contact avec plusieurs partis politiques. Des pourparlers sont en cours avec l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé) de l’opposant Martin Fayulu, des rapprochements avec l’UDPS et le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba. Mon objectif est de rassembler, c’est pourquoi je me présente sans parti, en tant que candidat indépendant.

Plusieurs partis politiques de l’opposition et des personnalités de la société civile se regroupent au sein du Front citoyen 2016. Vous reconnaissez-vous dans cette structure qui prône l’alternance démocratique et le respect des délais constitutionnels pour la tenue de la présidentielle ?

Je partage les idées du Front citoyen 2016. D’autant qu’il s’agit d’un regroupement qui exige le départ du président Joseph Kabila d’ici fin 2016, au terme de son deuxième et dernier mandat constitutionnel.

Kabila doit partir parce qu’il n’a pas pu organiser la présidentielle

Comme le Front, je suis également contre le dialogue national. J’estime que le président Kabila doit suivre le modèle de son homologue béninois Boni Yayi qui s’est retiré après ses deux mandats à la tête du pays. Le pouvoir congolais doit s’assumer et financer l’organisation des élections dans les délais. Nos partenaires internationaux n’attendent que de la bonne volonté des autorités pour appuyer le pays. Ils ont accompagné la Centrafrique, ils sont prêts à faire autant pour la RD Congo.  Mais Kabila a choisi de bloquer le processus démocratique. Nous devons le mettre devant sa responsabilité, car gouverner, c’est prévoir. Il a failli à son devoir de financer l’organisation des élections, il doit partir.

Que pensez-vous de l’idée d’une candidature commune de l’opposition pour la présidentielle à venir ?

J’ai entendu parler des primaires pour désigner un candidat commun de l’opposition. Je suis d’accord mais j’estime qu’il faut des préalables. Nous devons d’abord savoir qui est qui au sein de l’opposition. Mais en tant que défenseur de l’alternance, je privilégie l’émergence de nouvelles têtes qui portent des idées nouvelles pour la RD Congo.