Nodjialem Myaro, un bon bras pour le handball français

Ancienne internationale française, diplômée en psychologie, cette Tchadienne est aujourd’hui présidente de la Ligue féminine de handball hexagonale.

L’ancienne athlète exerce aujourd’hui en crèche, comme psychologue de la petite enfance, et au Creps de Boulouris pour le suivi des sportifs. © Anaïs Brochiero / J.A.

L’ancienne athlète exerce aujourd’hui en crèche, comme psychologue de la petite enfance, et au Creps de Boulouris pour le suivi des sportifs. © Anaïs Brochiero / J.A.

Alexis Billebault

Publié le 17 juin 2016 Lecture : 4 minutes.

Le hasard n’existe pas. Sa carrière professionnelle avait débuté au milieu des années 1990 à l’ASPTT Metz, qui était déjà le meilleur club de France. Vingt et un ans plus tard, la silhouette toujours aussi gracile, Nodjialem Myaro est de retour dans une ville qui occupe une place à part dans son parcours – et cette fois, elle a enfilé le costume de dirigeante.

Mme la présidente a abandonné pour quelques jours la Côte d’Azur, où elle s’est installée en 2010 à la fin de sa carrière de joueuse, le temps d’un week-end important pour l’équipe de France féminine, engagée dans un tournoi qualificatif dans la perspective des Jeux olympiques de Rio.

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« Ma vie pourrait être plus légère, axée sur ma vie professionnelle et familiale, avec mon conjoint et mes jumeaux de 6 ans. Mais en octobre 2013, on m’a proposé de prendre la présidence – bénévole – de la Ligue féminine de handball, après le décès de Patricia Saurina. Je n’étais pas candidate. Je venais de finir ma carrière et j’avais d’autres projets. J’ai hésité avant d’accepter. »

D’habitude, l’ancienne arrière de l’équipe de France (151 sélections, 499 buts) se montre plus spontanée à l’heure des choix. Comme lorsqu’elle a réussi à convaincre sa mère d’entrer à l’internat du lycée Raymond-Naves, à Toulouse, avec la possibilité de concilier études et handball. « Avec mes parents, et surtout ma mère, les études étaient prioritaires. »

Née à N’Djamena en 1976, Nodjialem est arrivée dans la Ville rose deux ans plus tard. « Mes parents voulaient fuir l’instabilité qui régnait au Tchad et nous offrir un meilleur avenir », explique-telle. Avec ses quatre sœurs – un frère naîtra en France -, un père encore étudiant en droit qui multiplie les petits boulots et une mère protectrice et directive, elle s’installe dans le quartier du Mirail.

Un brillant parcours

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« C’était loin d’être aussi difficile qu’aujourd’hui. L’intégration s’est déroulée sans problème. Mes parents en avaient fait une question de principe. À la maison, ils parlaient français et pas n’gambaye, l’une des autres langues du Tchad. Mon père, en 1990, a voulu rentrer. Il a exercé des postes à responsabilité au port de N’Djamena puis comme consultant. Je l’ai peu vu depuis. Il a fait quelques allers-retours, je suis passée au Tchad à 18 ans et en 2014. C’est ma mère qui s’occupait de notre éducation. »

Étudiante studieuse, handballeuse prometteuse au TCMS, à Toulouse – « j’avais un bon bras, des capacités physiques, et j’étais grande (1,82 m) » -, Myaro fréquente l’équipe de France junior, mais ne participe pas au Mondial brésilien à cause d’un dossier de naturalisation trop tardivement bouclé.

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Par chance, le sélectionneur des jeunes Françaises, Olivier Krumbholz, est également l’entraîneur de l’ASPTT Metz. Et il va se charger de convaincre Mme Myaro de laisser sa fille traverser la France d’ouest en est. « Il a parlé à ma mère pour lui expliquer que j’avais les qualités pour une carrière de haut niveau. Et moi, je m’étais engagée à poursuivre mes études de psychologie à la fac. C’était un deal entre nous. Elle m’a fait confiance. Je ne voulais pas la décevoir. »

Nous avons contribué à l’essor du hand féminin

En Lorraine, Nodjialem voit son destin s’accélérer. Elle devient internationale en 1996, face à l’Autriche, et commence à garnir son CV de plusieurs titres. « La première année, le club me payait mon appartement et mes études, et j’avais 100 ou 150 € par mois d’argent de poche. » Krumbholz, devenu sélectionneur de l’équipe de France A en 1998, fait d’elle l’un des cadres d’une formation qui deviendra championne du monde en 2003.

« Je pense qu’avec lui et toute une génération de joueuses, nous avons contribué à l’essor du hand féminin », explique-telle, encore marquée par la fin brutale de son aventure avec les Bleues, au retour des Jeux olympiques d’Athènes en 2004. « Nous avons appris par la presse l’intention d’Olivier Krumbholz de rajeunir l’équipe. Je l’ai mal vécu, mais depuis, j’ai tourné la page et nos relations sont normales. »

En 2002, avant ce titre, la Franco-Tchadienne s’était exilée au Danemark, « un pays où ce sport est très bien organisé ». « J’ai adoré ce séjour, à tel point que j’ai appris une langue pourtant compliquée, dit-elle. J’aurais pu rester un ou deux ans de plus, mais je pensais à ma reconversion. J’avais obtenu mes diplômes pour exercer le métier de psychologue. »

Après 2003, elle jouera une saison au Havre, fera un crochet par Plan-de-Cuques, « tout en exerçant [sa] profession », puis s’installera à la Réunion pendant trois ans. Enceinte, elle revient en métropole, à Nice, pour retrouver Valérie Nicolas, son ancienne coéquipière.

« J’ai terminé ma carrière dans ce club, et aujourd’hui je partage mon temps entre la présidence de la Ligue et mon travail en crèche, comme psychologue de la petite enfance, mais aussi au Creps de Boulouris pour le suivi des athlètes. » Un emploi du temps qui ne lui laisse pas le temps de retourner au Tchad. « Mais j’y pense beaucoup. Un jour, j’y emmènerai mes enfants… »

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