Centrafrique: « Dehors les Tchadiens, traitres, chiens », crie la foule à Bangui

« Dehors les Tchadiens, traitres, lâches, chiens », crie mardi une foule nombreuse, surexcitée, dans le quartier Combattant de Bangui. Loin de se laisser intimider, les soldats tchadiens s’arrêtent parfois, font mine de tirer sur les attroupements.

Centrafrique: « Dehors les Tchadiens, traitres, chiens », crie la foule à Bangui © AFP

Centrafrique: « Dehors les Tchadiens, traitres, chiens », crie la foule à Bangui © AFP

Publié le 10 décembre 2013 Lecture : 3 minutes.

La pression monte, les insultes fusent. « Les Tchadiens sont avec les Séléka! », hurle la foule. La rébellion Séléka, qui a pris le pouvoir en mars 2013 en Centrafrique, est composée en majorité de musulmans du nord du pays.

A l’entrée du quartier, un corps gît sans vie, recouvert à la hâte par des cartons. Sans doute une victime de la nuit mouvementée.

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Coups de feu, pillage, mouvements de foules, patrouilles militaires de tous genres, dans tous les sens: la confusion régnait mardi matin dans ce quartier de la capitale centrafricaine. Il est situé à quelques centaines de mètres de l’aéroport M’poko où doit atterrir l’avion du président François Hollande en début de soirée, non loin du lieu où ont été tués deux soldats français dans la nuit.

Des groupes de pillards, certains avec des machettes, forcent les portes des commerces, appartenant majoritairement à des musulmans, et raflent tout ce qu’ils peuvent, dans leurs bras ou dans des sacs de fortune.

Beaucoup sont torse nu, leur chemise leur sert de ballot pour emballer leurs rapines. Ils courent dans tous les sens. L’un d’eux crie aux journalistes sur un ton ironique: « On travaille ici! »

Des patrouilles de militaires français, sortant de leur camp installé sur l’aéroport, passent sans s’arrêter, en partance vers d’autres destinations. Des unités congolaise et équato-guinéenne de la Force africaine (Misca) tentent de dissuader les pillards en se déployant, sans tirer de coups de feu.

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Toutefois, les unités tchadiennes de la même Misca n’hésitent pas à lâcher quelques rafales en passant. Beaucoup de boutiques pillées appartiennent à des compatriotes tchadiens ou d’origine tchadienne.

Les Tchadiens ont aussi pour mission d’évacuer leurs ressortissants. Ils embarquent leurs compatriotes, chargeant appareils frigorifiques et énormes ballots sur leur pick-ups, débordant d’affaires. Un avion affrété par le Tchad a ramené plusieurs dizaines de ressortissants en début d’après-midi.

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« Il faut les tuer »

A un croisement, un véhicule tchadien perd quelques affaires. Il recule et un soldat descend, sous les quolibets, pour ramasser des feuilles éparpillées par terre. C’est un Coran qui a été déchiré dans les pillages et que les Tchadiens tentent de récupérer. Ils abandonnent toutefois la couverture du livre sur le bitume.

La foule exulte. « On ne veut plus d’eux dans le pays, ce sont des traîtres », affirme Jennifer Mowene. « Il faut que tous les Tchadiens partent. Les Maliens et les Sénégalais peuvent rester mais les musulmans tchadiens dehors », crie Eloi, étudiant qui ne veut pas donner son nom de famille. « Tous les Tchadiens dehors. On ne veut plus d’eux en Centrafrique après ce qui s’est passé », lance Serge en allusion aux massacres interconfessionnels de ces dernières semaines. A l’arrière, certains crient: « Il faut les tuer ».

Entre 10 et 15. 000 Tchadiens vivent en Centrafrique. S’y ajoutent des milliers de Centrafricains musulmans originaires du nord du pays que la population chrétienne assimile à des Tchadiens.

Des hommes justifient les pillages: « C’est normal. Les Séléka ont tué des gens, eux les aidaient. C’est normal, c’est juste. Ce sont les représailles », lance un habitant. « On cherche les armes », affirme un autre. Des hélicoptères français tournoient dans le ciel.

Un autre véhicule tchadien passe. Les insultes fusent à nouveau. Un commerçant, sur le véhicule, n’hésite pas à leur faire signe de se taire, en ouvrant et fermant sa main. La foule gronde et s’excite encore plus pendant que le pick-up s’éloigne.

En début d’après-midi, la situation se calme: les rues en terre sont désertes, les magasines éventrés, les restes de pillages éparpillés au sol.

Les terribles violences exercées par les miliciens Séléka contre les civils depuis leur prise du pouvoir ont généré une montée des tensions confessionnelles entre chrétiens et musulmans, qui, jusque-là vivaient sasn heurts, suscitant des représailles meurtrières contre les musulmans de la part de groupes chrétiens.

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