Économie

France-Afrique : à l’heure du new deal

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Mis à jour le 22 septembre 2021 à 09:14

Bruno Le Maire, le ministre français de l’Économie, à la conférence de presse suivant la réunion des ministres des Finances de la Zone Franc, à Paris, le 8 octobre 2018. © Vincent Isore/IP3/MAX PPP

Renégociation de la dette, soutien à l’entrepreneuriat, discussions sur l’avenir du franc CFA… Paris cherche à développer une nouvelle relation économique avec le continent.

Passablement écornée au plan politique, la relation de la France avec l’Afrique peut-elle trouver un nouveau souffle grâce à la voie économique ? C’est en tout cas l’une des obsessions affichées par le président français Emmanuel Macron qui, dès son discours de Ouagadoudou, a tenu à mettre cette approche pragmatique en avant.

Surprofit

En témoignent les initiatives visant à se rapprocher des pays anglophones comme le Nigeria et l’Éthiopie. En mai dernier à Paris, à l’occasion du sommet sur le financement des économies africaines qui s’est tenu en réponse à l’asphyxie provoquée par la pandémie, le chef de l’État français a d’ailleurs saisi la balle au bond et s’est fait l’apôtre d’un new deal pour relancer le continent. L’objectif ? Que l’Afrique puisse disposer in fine de l’équivalent de 100 milliards de dollars lors de la prochaine allocation des droits de tirage spéciaux (DTS, réserve qui peut être convertie en devises) du Fonds monétaire international. Une décision qui impliquerait que les pays riches transfèrent 65 milliards de dollars pris dans leurs propres
allocations aux pays africains.

« La France est prête, ainsi que le Portugal et plusieurs autres pays » à réallouer [ses] DTS afin de constituer un tour de table qui sera au moins équivalent à 100 milliards pour l’Afrique. C’est-à-dire à tripler l’enveloppe prévue pour le continent », avait alors indiqué le président français.

Les réserves d’or du FMI ont augmenté en valeur grâce à la crise sanitaire

« Notre travail lors des prochaines semaines consistera à faire en sorte que les autres pays fournissent le même taux d’effort que la France, à commencer par les États-Unis », avait-il ajouté, s’engageant à peser sur les négociations du G7, puis sur celles du G20 en octobre. Entre-temps, en août dernier, le FMI a mobilisé l’équivalent de 650 milliards de dollars, dont 250 milliards seront destinés aux pays émergents et en développement. Une avancée notable, même si le crucial partage entre pays riches et pays en développement continue de faire l’objet de négociations.

D’ailleurs, « ce mécanisme devrait être complété par un accord pour vendre aussi une partie de nos réserves d’or et financer les investissements de l’Afrique », a également suggéré Emmanuel Macron. « Pourquoi ? Parce que les réserves d’or du FMI ont augmenté en valeur grâce à la crise sanitaire et parce que le métal jaune reste une valeur refuge incomparable. Donnons ce surprofit aux pays les plus pauvres, en particulier africains, qui en ont aujourd’hui besoin. Pas dans vingt ou trente ans, mais aujourd’hui. »

« Annulation massive des dettes »

Compte tenu du contexte, le continent se doit de trouver des liquidités sans grever plus encore son endettement qui n’a cessé de se détériorer. En 2020, la dette brute des États africains
atteignait 70,5 % du PIB, contre 62,6 % en 2019. Et celle-ci devrait dépasser le seuil critique de 100 % dans sept pays. À ce sujet, la France a plaidé dès avril 2020 dans le cadre du Club de Paris pour une « annulation massive des dettes » en Afrique, ce qui n’a toutefois pu déboucher pour l’heure que sur des décisions au cas par cas. En mai, la France a par exemple décidé d’annuler sa créance vis-à-vis du Soudan.

Dans un cadre plus vaste, l’arrivée d’Emmanuel Macron a coïncidé avec la volonté de donner une nouvelle dimension à l’aide publique au développement (APD). À ce titre, l’Assemblée nationale française a adopté en juillet dernier un texte qui propose entre autres de faire passer cette dernière à 0,55 % du revenu national brut en 2022, et à privilégier les dons aux prêts en vue justement de ne pas peser plus encore sur la dette.

En 2020, à la suite de la crise du Covid, la France a d’ores et déjà augmenté son aide aux pays africains de 32 %. Mais, au-delà de l’aspect financier, Paris affiche aussi la volonté de mieux cibler la destination de ces fonds. Un changement de méthode qui vise à associer plus encore la société civile, la jeunesse, les entreprises et la diaspora. Avec Choose Africa, initiative portée par l’Agence française de développement et sa filiale Proparco, Paris consacre, entre 2018 et 2022, 2,5 milliards d’euros aux entreprises, dont 1,5 milliard pour leur favoriser l’accès au crédit.

L’Hexagone en recul

De nombreuses initiatives ont vu le jour, comme celle de Digital Africa en 2018. Financée à hauteur de 130 millions d’euros, cette association vise à soutenir l’écosystème de la tech africaine par le biais de la formation et de financements apportés aux start-up locales. Ces projets demandent néanmoins « un certain temps pour produire leurs effets », selon les acteurs de terrain. Sans compter qu’en parallèle, d’épineux dossiers restent en suspens.

Celui du franc CFA étant le plus emblématique. Si Emmanuel Macron a ouvert la voie à l’abandon de cette monnaie héritée de la colonisation au profit de l’eco lors de son voyage de décembre 2019 à Abidjan, les décisions concernant son déploiement ont été reportées. « Les autorités françaises ont habilement annoncé qu’il revenait aux chefs d’États africains de décider, tout en sachant qu’il n’y a pas encore de consensus entre eux à ce sujet », rappelle Arthur Minsat, économiste en chef de l’OCDE chargé de l’Afrique. « À présent, tout dépendra des réunions de l’Union économique et monétaire ouest-africaine [Uemoa]. C’est à l’agenda et les gouverneurs des banques centrales peuvent décider de mettre la réforme en place ».

Ce nouvel élan est essentiel. Tant pour l’Afrique que pour la France, qui cherche à garder sa place. Au premier semestre 2021, le pays s’est retrouvé au cinquième rang derrière la
Grande-Bretagne, l’Allemagne ou encore le Nigeria au regard de ses émissions d’investissements directs étrangers (IDE) sur le continent. En 2020, il occupait encore la première position.