Politique

Présidentielle américaine : le jour d’après chez les Africains pro-Trump

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Mis à jour le 12 novembre 2020 à 11h01
Un partisan de Donald Trump, le 3 novembre 2020, à Washington, aux États-Unis.

Un partisan de Donald Trump, le 3 novembre 2020, à Washington, aux États-Unis. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

Si Donald Trump fait figure d’épouvantail dans les communautés noires, des Africains installés aux États-Unis ont mené une campagne active en faveur du républicain, convaincus que ce dernier a beaucoup fait pour les minorités.

Il fait partie des rares Africains installés aux États-Unis à n’avoir pas exulté à l’annonce de la défaite de Donald Trump. Le verbe haut, une colère sourde qu’il semble entretenir, ce médecin de Richmond (Virginie), à quelque 150 kilomètres au sud de Washington, se dit prêt, avec une vingtaine de proches, tous Africains, à effectuer dix heures de route par jour s’il le faut pour participer aux meetings de contestation des résultats que pourrait organiser leur malheureux champion.

« Petit donateur » ayant requis l’anonymat, Hans B. a « de très bon cœur » versé une contribution de 1 000 dollars pour le financement de la campagne électorale et s’apprête à doubler la mise pour le « Fonds de défense électorale » destiné au combat judiciaire qu’entend mener le candidat républicain. Cet originaire de Kumasi, au Ghana, en est convaincu : le cauchemar que vivent ses partisans depuis l’aube du 4 novembre vaut bien la salve de recours promise par Trump, lequel a déjà engagé des actions en justice dans plusieurs États, dont le Michigan et la Pennsylvanie. Comme tous les partisans de Trump, le quinquagénaire s’insurge contre « les morts qui sont allés voter » dans les « swings states » – les États au vote indécis -, jure que Trump a déjà réuni une myriade de preuves et qu’il ira jusqu’à la Cour suprême.

Résignation

Trumpiste décomplexé de la première heure depuis 2016, mais sans l’incontournable casquette rouge – ni drapeau américain devant les portes de sa petite entreprise de transport qui emploie trois salariés -, le Camerounais André Nasser Mbouemboue aurait lui aussi voulu se montrer plus enthousiaste à la perspective de cette contre-attaque. Mais il n’y croit plus. Membre actif des « Minorities for Trump » – qui rassemble aussi bien des Noirs que des Chinois, des Vietnamiens et des Indiens -, après deux heures de débat lors d’un webinaire ce 9 novembre, résigné, comme la plupart des 1 200 participants, il dit avoir réalisé qu’il ne servait à rien de jouer les « jusqu’auboutistes ».

Les Africains de « Minorities for Trump » assument ouvertement leur attachement à Donald Trump, qui pourtant fait figure d’épouvantail dans les communautés noires

Une juriste leur a expliqué que les recours auraient peu de chance d’arriver jusqu’à la Cour suprême. Surtout, ils ont été informés du licenciement de tous les militants employés aux QG de campagne du candidat Trump. Preuve, selon eux, que les manifestations évoquées n’auront sans doute pas lieu. « L’erreur de Trump aura été de dissuader ses partisans de voter par correspondance dans les swings states », affirme le Camerounais, peu convaincu de l’existence des fraudes. Pour lui, il est donc temps d’arrêter les frais : ne pas concéder la victoire aux démocrates reviendrait à désacraliser la démocratie américaine, la faire perdre en crédibilité aux yeux du monde.

Conviction

Uniquement des hommes et majoritairement Nigérians, Ghanéens, Sierra-Léonais et Camerounais, les Africains de « Minorities for Trump » assument ouvertement leur attachement à Donald Trump, qui pourtant fait figure d’épouvantail dans les communautés noires. Ils revendiquent chacun pas moins dix meetings aux belles heures de la campagne dans plusieurs villes américaines, du Michigan au Minnesota en passant par le Wisconsin. Les raisons de leur mobilisation ? La conviction qu’en quatre années de présidence Trump, beaucoup a été fait pour les minorités.

André Nasser Mbouemboue énumère pêle-mêle « la création de plus de 3 millions d’emplois dans les zones où résident essentiellement des Noirs, une augmentation de salaire de 5 % chez les plus pauvres, la possibilité d’accéder à la propriété grâce à des crédits à des taux préférentiels, des subventions accordées à la police dans certains États pour lutter contre l’insécurité, et celles octroyées aux publics scolaires les plus en difficulté afin d’en finir avec des cartes scolaires qui les enferment dans des ghettos. »

Les contestations postélectorales font oublier que Trump a fait passer de 8 % à 12 % le vote des Noirs en sa faveur

Et le peu d’empathie manifestée par Trump lors des manifestations contre les violences policières ? « La mort de George Floyd a été une horreur, mais Trump a simplement souhaité qu’on laisse la justice trancher. » Pour l’informaticien nigérian Christ Ejulu, les contestations postélectorales en cours font oublier que Trump a attiré à lui 33 % des Latinos et fait passer de 8 % à 12 % le vote des Noirs en sa faveur, selon les sondages de sortie des urnes. Il tient à préciser que, outre « Minorities for Trump », d’autres mouvements en faveur du républicain accueillent des Africains.

C’est le cas du « Conservative Group » et du « Patriots for Trump ». « Fin connaisseur de la politique américaine », comme il se définit lui-même, Ejulu dit n’avoir pas cru aux sondages : de nombreux Africains ont voté Trump sans le clamer. Ramenée à l’échelle du pays tout entier, cette théorie expliquerait, toujours selon lui, pourquoi le raz-de-marée espéré par les démocrates n’a pas eu lieu.

De quoi irriter un peu plus partisans de Joe Biden, tel l’universitaire sénégalais Malick Ndiaye. Installé depuis quinze ans à Seattle dans l’État de Washington, il regrette que « l’Amérique [n’ait] pas sanctionné Trump de manière claire et définitive », mais se dit heureux qu’au final le vote noir ait quand même fait la différence. Avant de conclure : « Le parallèle avec ce que vivent les Africains sur le continent est magnifiquement tragique : l’indécision et l’absence de conscience politique sont toujours synonymes de rendez-vous manqué avec l’Histoire… »

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