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Maroc : qui est vraiment Othman El Ferdaous, le plus jeune membre du gouvernement ?

Membre de l'Union constitutionnelle (UC), Othman El Ferdaous a été nommé secrétaire d'État auprès du ministre de l'Industrie, chargé de l'investissement. © DR

Technocrate et militant, moderne et féru de culture islamique, le benjamin du gouvernement, Othman El Ferdaous est une tête bien faite qui dépasse les clivages classiques de la scène politique chérifienne.

«Bien né, intelligent, cultivé, un certain charisme… Il a tout pour lui, c’est sûr. Mais sa mission n’est pas aisée ! » C’est en ces termes qu’un ancien collaborateur dépeint le benjamin du nouveau gouvernement marocain, Othman El Ferdaous, 38 ans, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Industrie, chargé de l’investissement. Jusque-là, El Ferdaous était, pour quelque sept mille Marocains, celui dont ils recevaient chaque mois, avec une régularité d’horloge suisse, une revue de presse mêlant articles universitaires et sujets d’actualité, et qu’il était de bon ton de commenter en société.

Un fort intérêt pour l’Europe

Son nom a été proposé par Mohamed Sajid, ministre du Tourisme et secrétaire général de l’Union constitutionnelle (UC), dont il est membre. « Othman est un enfant du parti, son père en est l’un des fondateurs », nous précise Sajid. El Ferdaous était devenu le ministrable type.

Il rêve d’un mécanisme qui permette un rapprochement institutionnel réel entre le Maroc et l’UE » raconte le ministre du Tourisme

En 2016, il a agrémenté sa solide formation d’un passage par l’École nationale d’administration (ENA), à Paris, l’une des plus prestigieuses du monde, pour un « cycle de hautes études européennes ».

La construction européenne est l’un des sujets de prédilection d’Othman El Ferdaous qui, selon un proche, « rêve d’un mécanisme qui permette un rapprochement institutionnel réel entre le Maroc et l’UE ». Ce thème n’est pas sans rappeler le sujet de thèse de l’actuel monarque portant sur la coopération entre la Communauté économique européenne (CEE) et l’Union du Maghreb arabe (UMA).

Technocrate mais militant

 Il a une vision politique, pas seulement un savoir-faire technique » selon un militant de gauche

De prime abord, on pourrait croire, à la lecture du CV d’El Ferdaous, à un profil de pur technocrate. Pourtant, un militant de gauche qui le connaît bien assure qu’« il a une culture qu’ont peu de ses pairs marocains et, surtout, une réelle indépendance d’esprit et un attachement aux valeurs démocratiques. Il a une vision politique, pas seulement un savoir-faire technique ».

El Ferdaous, malgré son appartenance à un parti peu connu pour sa clarté idéologique, brise ainsi l’un des clivages classiques et profonds de la vie politique marocaine opposant techniciens et militants, ceux qu’on appelle parfois respectivement « administrateurs » et « démocrates ».

Un large réseau de relations

L’autre atout d’El Ferdaous, c’est un réseau influent. En 2008, il rejoint Mena Media Consulting, entreprise de relations publiques fondée par Fouad Ali El Himma, conseiller du roi, et alors dirigée par Karim Bouzida, chargé de mission au cabinet royal. El Ferdaous y officie jusqu’en 2016, entre veille stratégique et conseil en communication institutionnelle.

Il s’y tisse un réseau de décideurs de premier ordre, qui vient s’ajouter à celui qu’il s’est constitué à l’école de journalisme, à Sciences-Po Paris, et à la faveur duquel il a publié des articles dans les colonnes du quotidien Le Monde ou tutoie des membres de directions de journaux étrangers.

Un passionné de culture islamique

El Ferdaous est doté d’une solide connaissance de la culture islamique. « C’est un passionné d’histoire arabe et maghrébine qui parle berbère et arabe couramment, et cela lui permet sans aucun doute de mieux dialoguer avec les ministres ou les députés issus du pôle conservateur de la majorité », note Ismaïl Hariki, président de l’Association des anciens élèves de Sciences-Po au Maroc, dont Othman El Ferdaous a été secrétaire général.

Et un proche de confier que ce dernier est sûrement plus conservateur que ce que pourrait laisser croire son profil. Si El Ferdaous est de prime abord l’archétype de l’élite marocaine, il a su dépasser les clivages classiques à l’heure où la cohabitation entre la nouvelle élite islamiste – incarnée par le Parti de la justice et du développement (PJD) – et les élites modernistes – dont la francophonie est l’un des signes distinctifs – est devenue un enjeu majeur de la vie politique marocaine.