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"Cet article est issu du dossier" «Cop 22 : quand le Maroc passe au vert»

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COP22 : contre l’injustice climatique

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Nadia Lamlili est responsable de la section Maghreb/Moyen-Orient de l'hebdomadaire. Elle est en particulier spécialiste du Maroc.

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Une plage près de Rabat. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

L’une des grandes batailles de la COP22, organisée en novembre à Marrakech, va être de rendre justice à l’Afrique.

Selon le rapport 2015 du cabinet d’études britannique Maplecroft, qui analyse chaque année la vulnérabilité des pays et des villes au changement climatique, le continent compte sept des dix pays les plus menacés au monde par le réchauffement : la Sierra Leone, le Soudan du Sud, le Tchad, le Nigeria, la Centrafrique, l’Érythrée et l’Éthiopie.

En réalité, le changement se fait déjà sentir en Afrique, où les premiers dégâts sont déjà constatés. La montée du niveau des mers, les sécheresses et les inondations à répétition ont jeté des populations entières sur les routes de la migration au sein du continent comme à l’extérieur. Selon l’ONU, il y aurait quelque 250 millions de migrants climatiques dans le monde à l’horizon 2050. Et l’Afrique est largement menacée.

Pourtant, elle n’a aucune responsabilité historique dans le réchauffement climatique mondial, sur lequel elle influe également peu. Représentant à peine 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l’Afrique paie en fait la dette des pays industrialisés, tout en assistant, plus grave encore, à l’exploitation effrénée de ses ressources naturelles.

La bataille des pays africains est, dorénavant, de faire en sorte que les financements prévus par la 21e conférence climat de l’ONU (la COP21), notamment le fonds vert, n’aillent pas engraisser les pollueurs mais, au contraire, aider les populations des pays en développement à trouver et à appliquer leurs propres solutions de résistance.

Car les recettes du sauvetage sont en partie entre les mains des Africains, qui savent depuis la nuit des temps que les chocs environnementaux provoquent des chocs sociaux, que chaque bout de terre inondé ou désertifié les obligera inéluctablement à aller ailleurs pour y chercher une vie meilleure.

Là où les vulnérabilités climatiques se manifestent, des solutions simples et efficaces émergent. Au Maroc, à 50 km de Rabat, un village du nom de Brachoua est sorti de la misère grâce à la permaculture (méthode s’inspirant de l’écologie naturelle), qui a permis à ses habitants de cultiver leur terre, selon l’exemple proposé par l’association française Les incroyables comestibles, et d’assurer leur autosuffisance alimentaire.

Dans le delta du Saloum, au Sénégal, les villageois se sont interdit de pêcher pour préserver une ressource piscicole en dégradation constante. Ils ont construit une aire marine protégée, et développé autour d’elle des activités touristiques qui leur permettent de vivre. Grâce à cette gestion solidaire, ces villageois sont devenus autonomes et peuvent mieux se protéger face aux périls climatiques.

Partout sur le continent, des voix alternatives commencent à se faire entendre et des citoyens se battent pour réconcilier l’homme avec la nature. Ce qu’il faut maintenant, c’est que cette parole puisse nourrir les sommets internationaux et relancer un débat qui se doit de démarrer, afin que ces initiatives puissent recevoir les financements dont elles ont besoin. Plus qu’un enjeu climatique, c’est une question de justice tout court.

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