Trois scientifiques ont lancé jeudi une initiative de la dernière chance pour sauver les rhinocéros de l'extinction, proposant de réglementer le commerce --interdit depuis 1975-- de leur corne pour décourager le braconnage industriel qui les décime en Afrique.
L'interdiction mondiale du commerce de la corne du rhinocéros a échoué en encourageant la chasse illégale, affirment ces trois éminents environnementalistes, dont Duan Biggs du Centre of Excellence for Environmental Decisions (CEED) et de l'Université de Queensland en Australie.
Selon lui, la 16e conférence la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES) organisée à Bangkok du 3 au 14 mars "est une bonne occasion de commencer de sérieuses discussions sur la mise en place d'un commerce légal de la corne de rhinocéros".
Le taux de mortalité dans la population restante des rhinocéros noirs et blancs explose à cause du braconnage destiné à satisfaire la demande pour sa corne, surtout en Chine, soulignent ces experts dans la revue américaine Science datée du 1er mars.
"Les stratégies actuelles pour préserver ces animaux magnifiques ont clairement échoué et le temps est venu d'une réglementation très serrée du commerce de sa corne", insiste Duan Biggs.
Les deux autres co-signataires sont Hugh Possingham, professeur de Biologie à l'Université de Queensland et Frank Courchamp, directeur de recherche au Centre national français de la recherche scientifique (CNRS).
"En tant qu'environnementalistes engagés nous n'aimons pas l'idée d'un commerce légal (. . . ), mais nous voyons bien qu'il faut faire quelque chose de radicalement différent pour préserver les rhinocéros en Afrique", expliquent-ils.
Explosion des prix
Ces scientifiques rappellent que le rhinocéros noir occidental a été déclaré éteint en 2011. Il ne reste plus que 5. 000 rhinocéros noirs et 20. 000 rhinocéros blancs dont la vaste majorité se trouvent en Afrique du Sud et en Namibie.
"Le braconnage en Afrique du Sud a en moyenne plus que doublé chaque année depuis cinq ans, alors que le prix de détail de la corne de rhinocéros s'est envolé, passant d'environ 4. 700 dollars le kilo en 1993 à 65. 000 dollars en 2012 (. . . ), soit plus que l'or", selon les auteurs de cette initiative.
Cette explosion des prix est surtout attribuée à la demande croissante de riches consommateurs asiatiques pour fabriquer des médicaments traditionnels.
Son commerce est interdit depuis 1975 mais en réduisant l'offre, cette interdiction a fait grimper les prix et encouragé le développement d'une industrie du braconnage recourant à des technologies sophistiquées, dont la chasse avec des hélicoptères, soulignent-ils.
Des tentatives pour éduquer les consommateurs de médecines chinoises pour les convaincre de cesser d'utiliser ces remèdes n'ont pas eu d'effet non plus, précisent-ils.
Selon ces scientifiques, la demande mondiale pour la corne de rhinocéros pourrait être entièrement satisfaite en les retirant de l'animal vivant sans aucun traumatisme. La corne du rhinocéros pousse d'environ 900 grammes chaque année. Ces cornes peuvent aussi être prélevées sur des animaux morts de cause naturelle.
Le commerce légal des peaux de crocodile d'élevage est un exemple de la légalisation d'un marché qui a sauvé ces espèces de l'extinction, avancent aussi ces environnementalistes.
En outre, si des rhinocéros sont élevés légalement pour leur corne, plus d'espace leur seront octroyés dans la savane, contribuant en même temps à la préservation d'autres espèces animales menacées.
Ils préconisent aussi la création d'une centrale d'achat pour superviser mondialement la récolte et la vente des cornes, permettant aussi d'en vérifier l'origine et de mieux combattre le commerce illégal.

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