Le Français Denis Lavagne, sélectionneur de l'équipe de football du Cameroun, le 28 octobre 2011.
© Archives/AFP
Un sélectionneur (Denis Lavagne) suspendu par le ministre des Sports sans en avoir été averti, un autre (Jean-Paul Akono) qui n’a pas entraîné depuis dix ans et qui est nommé par le même ministre, lors d’une intervention à la radio, moins d’une semaine après une défaite au Cap Vert (0-2) en qualifications pour la CAN 2013. Le football camerounais se donnerait-il (encore) en spectacle ?
Cela se passe comme ça au Cameroun. Un ministre des Sports – Adoum Garoua – peut intervenir sur la radio d’État pour annoncer que le sélectionneur des Lions Indomptables est limogé… et rendre public le nom de son successeur, sans que l’intéressé n’ait été informé au préalable de son éviction. Ce genre de procédé pourrait d’ailleurs attirer l’attention de la Fifa, qui déteste que les gouvernements fourrent leur nez dans les affaires du football.
Depuis jeudi soir, Denis Lavagne, actuellement en France, n’a toujours pas été informé officiellement de sa suspension. « C’est un journaliste qui m’a appris la nouvelle. Je n’ai pas reçu le moindre coup de fil ni du ministre, ni de la Fédération camerounaise de football. À ce jour, je me considère encore comme le sélectionneur des Lions, et apte à la diriger contre le Cap Vert le mois prochain (13 ou 14 octobre à Yaoundé). »
Sans cesse critiqué par une partie des médias depuis sa nomination en octobre dernier, Lavagne a beaucoup ri en prenant connaissance du communiqué du ministère des sports, précisant qu’il « bénéficiera de son salaire jusqu’à la fin de son contrat », c’est-à-dire le 31 octobre prochain. « Depuis que je suis en poste, je n’ai pas été payé. On me doit douze mois de salaire. Je n’ai signé mon contrat d’un an – au lieu de deux comme cela était prévu - que le 4 juin. Je pense que je vais saisir rapidement la Fifa sur ma situation, qui n’est pas acceptable. »
Eto’o a-t-il joué un rôle ?
L’ancien entraîneur de Cotonsport Garoua, nommé en octobre 2011 par Mohammed Iya, le président de la Fecafoot, se présente « comme une victime collatérale des conflits entre la fédération et le ministère. Depuis des mois, j’entends dire qu’on me cherchait un successeur [les noms du Français Joël Muller et du Croate Robert Prosinecki ont circulé, NDLR]. »
Selon nos informations, Adoum Garoua aurait à plusieurs reprises exercé des pressions sur Mohammed Iya pour obtenir la tête de Lavagne avant le déplacement au Cap Vert. Et d’autres sources, qui préfèrent également rester anonymes, évoquent le rôle joué en coulisses par Samuel Eto’o, qui a décliné la convocation de Lavagne pour le match de Praia après avoir purgé sa suspension de huit mois.
« Il a des comptes à régler avec Iya et Rigobert Song, le team manager [lui-aussi très menacé, NDLR]. Et au sein du groupe, il y a des conflits extrasportifs entre les joueurs », affirme l’une d’elles, alors que Lavagne assure que « l’ambiance au sein du groupe est excellente. »
Pour Romarin Billong, l’ancien défenseur des Lions Indomptables, « le problème, ce n’est pas le sélectionneur. Denis Lavagne est critiqué, mais avec Paul Le Guen ou Javier Clemente avant lui, ce n’était pas mieux. Le Cameroun est dans une phase de transition générationnelle. Il y a de bons joueurs, mais ça ne fait pas une grosse équipe. Il y a trop d’attentes autour d’elle. C’est difficile de vivre le présent et de parler d’avenir quand on fait toujours référence au passé… »

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