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13/06/2012 à 08:43
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Affrontements entre policiers et manifestants à Tunis, le 12 juin 2012. Affrontements entre policiers et manifestants à Tunis, le 12 juin 2012. © AFP

Après les violences qui ont explosé lundi et mardi, le gouvernement a décrété un couvre-feu dans le grand Tunis et dans quatre autres régions de Tunisie. Une première depuis mai 2011, mais qui ne résout rien : les groupes salafistes ont annoncé une nouvelle mobilisation vendredi après la prière.

Mis à jour à 15h01.

Un simple appel du leader d'Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, à se soulever pour imposer la charia en Tunisie et c'est tout le pays qui s'enflamme... Après de violentes émeutes provoquées par des délinquants et des salafistes lundi et mardi, le gouvernement dirigé par l'islamiste modéré Hamadi Jebali (Ennahdha) a été contraint d'imposer un couvre-feu nocturne (de 21 heures à 5 heures du matin) sur le grand Tunis, qui comporte quatre gouvernorats, et dans quatre régions du pays : Sousse (est), Monastir (est), Jendouba (nord-ouest), et Medenine (sud).

Premier enseignement de ce nouvel épisode particulièrement violent du bras de fer engagé depuis plusieurs semaines par les salafistes avec les autorités tunisiennes : les attaques semblent préméditées, malgré les démentis de quelques chefs religieux radicaux. « Le fait que les violences aient éclaté en plusieurs endroits au même moment laisse à penser que c'était organisé », a concédé le porte-parole du ministère de l'Intérieur Khaled Tarrouche.

"Actes terroristes"

De fait, dans la nuit de lundi à mardi, les salafistes ont violemment affronté les forces de l'ordre dans les cités populaires de l'ouest de Tunis, mais aussi la banlieue chic du nord de la capitale. Un tribunal a été incendié et des postes de police ont été pris d'assaut. Simultanément, à Jendouba, Sousse et Monastir, des sièges régionaux de la puissante centrale syndicale UGTT ainsi que des locaux de partis politiques d'opposition ont été attaqués. Bilan officiel : un mort, une centaine de blessés, dont 65 membres des forces de l'ordre, et plus de 160 personnes arrêtées. Fehmi El Aouini, un jeune homme de 22 ans, est décédé de ses blessures mardi soir après avoir été atteint d'une balle dans la tête au cours d'affrontements avec les forces de l'ordre, a-t-on appris mercredi auprès de l'hôpital de Sousse. Le gouvernement a dénoncé des « actes terroristes » et promis de juger les auteurs présumés en vertu des loi anti-terroristes de 2003 établies sous Ben Ali.

Ce n'est que le jour de la la diffusion de l'appel au soulèvement du leader d'Al-Qaïda, dimanche, que les salafistes se sont "réveillés".

Le prétexte avancé pour justifier leurs actes par les milieux salafistes - et habilement utilisé pour galvaniser la base – est constitué par la principale exposition tunisienne d'arts plastiques, « Le printemps de La Marsa » (banlieue nord de Tunis), dont des œuvres ont été jugées offensantes pour l'islam. Mais la manifestation s'est tenue du 2 au 10 juin au Palais Abdellia sans provoquer de troubles, du moins jusqu'au dernier jour. En fait, les salafistes se sont « réveillés » dès la diffusion de l'appel au soulèvement du leader d'Al-Qaïda, dimanche. Cette même journée, un huissier de justice a réclamé le décrochage de certains tableaux et, dans la soirée, des salafistes se sont introduits dans le palais pour dégrader les oeuvres incriminées.

Le lendemain, le palais était attaqué par vagues successives de salafistes et des tags fustigeant les « mécréants » inscrits sur les murs du bâtiments. Avec un message clair : les non-musulmans, ou les mauvais croyants, doivent quitter la Tunisie... Bref tous les non-salafistes, qui sont sans doute nombreux - y compris au gouvernement !

Grafitis sur le mur du Palais Abdellia le 11 juin 2012 : "Dieu est grand, les non-croyants n’ont pas leur place en Tunisie et Vous êtes les ennemis de Dieu"

© AFP

Réaction ambigüe

De fait, les autorités tunisiennes sont devant un défi de taille, qui se superpose à celui d'une croissance économique juste et équitable. Mais leur réaction est pour l'instant ambigüe. Elle est d'abord ferme sur le respect de l'ordre public : le ministère de la Justice a annoncé mardi soir la mobilisation des gardiens de prison pour « protéger les tribunaux à travers le pays. (...) Ils ont reçu des ordres pour utiliser tous les moyens y compris les tirs à balle réelle pour déjouer toute éventuelle attaque », a-t-il déclaré. Une situation conforme à l'État d'urgence toujours en vigueur dans le pays depuis la révolution de janvier 2011.

Parallèlement, le ministre tunisien de la Culture Mehdi Mabrouk a annoncé son intention de porter plainte contre les organisateurs de l'exposition controversée pour « atteinte aux valeurs du sacré », et a décrété la fermeture du palais Abdellia jusqu'à nouvel ordre. Le gouvernement compte également inscrire le respect des valeurs du sacré dans la future Constitution.

La base du parti islamiste Ennahdha n'est pas insensible aux revendications des salafistes, dont l'instauration de la charia.

En clair, l'exécutif donne l'impression de comprendre les violences, sans doute car la base du parti islamiste Ennahdha qui dirige le gouvernement n'est pas insensible aux revendications des salafistes. Ce n'est qu'après beaucoup d'hésitations que le parti a renoncé, en mars dernier, à sa volonté de faire inscrire la charia dans la Constitution en cours d'élaboration. Mais le sujet revient régulièrement dans les commissions de travail de l'Assemblée constituante. De quoi donner du grain à moudre à ceux qui accuse Ennahdha de double discours.

Nouvel appel "au soulèvement"

Autre signe révélateur : lors d'une conférence de presse mardi, le porte-parole du gouvernement Samir Dilou, n'a même pas osé condamner les propos d'Ayman al-Zawahiri. « Je ne crois pas qu'il existe en Tunisie un espace pour des appels de ce genre », a-t-il simplement réagi à la question d'un journaliste évoquant la coïncidence entre le message du numéro un d'Al-Qaïda et les violences en Tunisie.

Les salafistes ne comptent d'ailleurs pas s'arrêter en si bon chemin. Le mouvement radical Ansar Al Charia, dirigé par Abou Iyadh, un homme issu de la tendance djihadiste, a appelé « tous les Tunisiens » à manifester vendredi prochain après la prière. Par ailleurs, dans une vidéo circulant sur Facebook, jeune imam radical, Abou Ayoub, a appelé « au soulèvement ». Il s'était rendu célèbre récemment pour avoir appelé en octobre 2011 à attaquer la chaîne Nessma après la diffusion du film franco-iranien Persepolis.

(Avec AFP)

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