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26/03/2010 à 12:50
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Les pistes de danse du quartier Sénégambia à Banjul, lieu de rencontre privilégié. Les pistes de danse du quartier Sénégambia à Banjul, lieu de rencontre privilégié. © Tiphaine Réto

Ils sont jeunes, beaux et ont besoin d’argent. Elles sont seules, en quête d’attention et plus si affinités. Ils se retrouvent sur les plages, et finissent parfois ensemble en Europe.

Badou a 24 ans et cherche une Blanche. Son terrain de chasse, c’est la plage. Il fait partie des groupes de bumsters, un terme local qui désigne les gigolos. Ils sont jeunes, travaillent leur musculation sous le soleil de Gambie et font fondre les quadras et les quinquas venues d’Europe s’encanailler sur les côtes africaines.

Les Européennes, selon Badou, « elles sont mieux, car au moins elles partagent ». Alors il drague du matin au soir. En journée, les jeunes gens exhibent leurs corps sculptés en bord de mer. À la nuit tombée, direction les salles de gym, fréquentées aussi par les Européennes, attirées là par le bouche-à-oreille. Plus tard, enfin, pendant la nuit, ils se retrouvent sur les pistes de danse, où ils rivalisent en déhanchements pour attirer le regard. L’objectif : faire connaissance, et plus si affinités. Les plus chanceux récupèrent en fin de journée un numéro de chambre où ils pourront retrouver leur belle, sous l’œil complaisant des hôteliers.

Avoir les faveurs de l’une de ces touristes, c’est accéder à l’un des quatre V : « villa, voiture, virement, visa ». « Je suis avec les Blanches pour l’argent », admet Boubacar, 27 ans et en quête d’une relation sérieuse depuis cinq ans. « Ici, il n’y a pas de boulot, et nous ne pouvons rien espérer d’autre. Je veux épouser une Blanche pour me tirer d’affaire et aider la famille. » En ligne de mire : un billet pour l’Europe.

« Le tourisme sexuel existe depuis toujours, indique le patron d’une des discothèques de Sénégambia, un quartier de Banjul, mais j’ai l’impression qu’il a pris une certaine ampleur depuis quelques années. » Le nombre de touristes qui arrivent avec l’idée précise de s’offrir une aventure exotique est de plus en plus important. Selon une étude de l’Unicef, environ 10 % des touristes cherchent une aventure sexuelle, soit plus de 80 millions de voyageurs. En Gambie, 70 % des touristes, selon une enquête auprès du personnel hôtelier, auraient le sexe pour principal motif de voyage.

Choisir la facilité

« Bien qu’encore marginal, le tourisme sexuel féminin augmente en Gambie, au Sénégal, en République dominicaine et en Jamaïque, où les femmes représenteraient jusqu’à 20 % des touristes sexuels, contre 5 % à 6 % dans le reste du monde », écrit la sociologue Mélanie Claude dans Prostitution et traite des êtres humains, paru en 2009.

Les femmes, de leur côté, parlent de solitude en Europe et de jeunesse retrouvée auprès de leurs amants. Ainsi, au Chosaan, restaurant réputé de Sénégambia, les couples se font et se défont à longueur d’année au rythme des percussions. « Imaginez une femme d’un certain âge, veuve ou divorcée, dont les enfants sont déjà partis, qui ne s’éclate pas dans son boulot ou qui s’ennuie à la retraite… Elle arrive ici et se trouve au centre des attentions, loin de toute contrainte sociale. Pourquoi ne pourrait-elle jouir de sa liberté ? » s’interroge Carmen, une Berlinoise de 51 ans, en vacances en Gambie.

« Il est vrai qu’on ne peut pas en vouloir aux femmes de venir prendre du plaisir, concède Junior Sam, un jeune chanteur de 25 ans, mais on peut en vouloir aux Gambiens de choisir la facilité. » Tous les soirs, il joue au Chosaan. Il est aux premières loges pour observer la valse des amants. « Je suis vraiment déçu que certains se laissent influencer par l’argent au point de ne plus se respecter. Mes chansons leur rappellent qu’il y a d’autres moyens de s’en sortir et, surtout, qu’ils doivent penser à se protéger en utilisant des préservatifs », poursuit-il.

Vu la manne financière de ce genre de tourisme, les pouvoirs publics ferment les yeux. « Je paie de nombreuses taxes à l’État, qui n’hésite pas à œuvrer en notre faveur », explique le patron de la discothèque à Sénégambia. « Pour preuve, il y a quelques semaines, les policiers sont venus ici pour contrôler et arrêter les prostituées et les bumsters. Pour nous qui vivons du tourisme, cela voulait dire un important manque à gagner. Nous sommes allés nous plaindre et avons été entendus », raconte-t-il.

Il n’y a pas que les professionnels du tourisme qui profitent de cette nouvelle clientèle. Les marabouts, également, consultés par les bumsters pour envoûter les toubabs, se frottent les mains. « Nous avons un pic de fréquentation à la saison touristique », reconnaît un de ces faiseurs de charmes. Bénéficiaire aussi, la famille, parfois même la petite amie, l’officielle. Celle qui un jour sera l’épouse et surtout la mère. Plus âgée, l’Européenne n’est pas une concurrente, elle ne donnera vraisemblablement pas de descendance.

« Même si aujourd’hui il fréquente des toubabs, je sais que Ndiaye me reviendra tôt ou tard », assure Codou, une jeune Gambienne de 22 ans, en parlant de son fiancé. « Il ne veut pas partir pour l’Europe, il travaille juste pour améliorer notre quotidien. » Les parents de Ndiaye, quant à eux, préfèrent éviter le sujet. Le tabou existe toujours.

Rêve de migration

Les hommes n’obtiennent pas toujours d’argent en échange de leur service, mais sont copieusement nourris le temps de la relation et reçoivent des cadeaux. Parfois, la relation ne dure que le temps des vacances, mais elle peut se prolonger et durer jusqu’à plusieurs années. Les plus chanceux se voient offrir un logement, une moto, voire une petite affaire. C’est le cas d’Ebrima, 25 ans. Sa « fiancée », une Hollandaise de 49 ans, pourtant peu fortunée, lui a donné de quoi ouvrir un café internet.

Vraies histoires d’amour ou simples histoires d’argent ? Il arrive que parfois les rêves s’effondrent. Des femmes abandonnées quelque temps après avoir réussi à faire venir en Europe leur jeune compagnon, ou qui se lassent de leur bel amant quand il n’est plus sous le soleil africain mais dans la grisaille de l’hémisphère Nord. Il y a aussi les bumsters qui s’accrochent pendant des années à leur rêve de migration, sans jamais parvenir ni à quitter leur terre ni à y fonder une famille. D’autres encore finissent en Europe, au service de leur maîtresse, privés de tout ou partie de leur liberté. « Après s’être envolé il y a deux ans pour la Grande-Bretagne au bras d’une épouse excessive, mon frère ne donne jamais de nouvelles, raconte Ahmed, 23 ans. Il est convaincu que “sa femme lui a confisqué ses papiers et le bloque en Europe”. »

Les candidats restent malgré tout nombreux. Ainsi, Boubacar, qui attend plein d’espoir le retour de l’un de ses amis, marié en Europe : « Il rentre au pays avec sa femme et des amies de sa femme. Il leur a déjà montré ma photo ! J’ai hâte de les rencontrer. »

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