Cameroun : l’opération Épervier reprend du service

L’activité est intense, ces derniers jours, autour du Tribunal criminel spécial et de la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé. L’ancien ministre Basile Atangana Kouna a finalement été arrêté au Nigeria ce 22 mars, et il n’est pas le seul. Au Cameroun, l’opération anti-corruption Épervier déploie à nouveau ses serres…

Basile Atangana Kouna, ancien ministre de l’Énergie et de l’Eau au Cameroun, en 2011. © Vincent Fournier pour JA.

Basile Atangana Kouna, ancien ministre de l’Énergie et de l’Eau au Cameroun, en 2011. © Vincent Fournier pour JA.

MATHIEU-OLIVIER_2024

Publié le 23 mars 2018 Lecture : 4 minutes.

Si l’épervier est un volatile qui se nourrit généralement de rongeurs ou de lézards de petite taille, son cousin camerounais, qui a donné son nom à une opération emblématique en matière de lutte anti-corruption, n’hésite pas à s’attaquer à des mastodontes ayant leurs habitudes dans la jungle politico-financière des collines de Yaoundé ou de Douala.

Dernier exemple en date de ce régime alimentaire un brin particulier, initié voici douze ans par le président Paul Biya, le cas de Basile Atangana Kouna. Depuis plusieurs jours, l’ancien ministre de l’Énergie et de l’Eau, limogé le 2 mars, était l’homme le plus recherché du Cameroun. Des rumeurs ont prétendu qu’il avait été arrêté à Kribi ou qu’il serait en fuite au Canada. Mais c’est finalement au Nigeria que cet ancien dignitaire a été interpellé par Interpol.

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Dans la soirée du 22 mars, menottes aux poignets, Basile Atangana Kouna a été rapatrié à Yaoundé par jet spécial. Cité dans plusieurs scandales de détournement de fonds public, l’ancien ministre, en fuite depuis le début de la semaine, était interdit de sortie du Cameroun depuis le 8 mars. Il devrait prochainement être entendu par le Tribunal criminel spécial (TCS), chargé des affaires en lien avec l’opération anti-corruption Épervier.

Louis Max Ayina Ohandja en cellule

Mise en sommeil depuis quelque temps, celle-ci a repris intensément du service, envoyant dans des cellules de Kondengui plusieurs anciens cadres du régime, qui attendent désormais un passage devant le TCS. Bruno Bekolo Ebe, ancien recteur de l’université de Yaoundé II, interpellé le 20 mars, est ainsi accusé de détournement de fonds publics, en complicité avec Louis Max Ayina Ohandja.

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Ancien directeur de l’Institut supérieur de technologie de Douala et ex-secrétaire d’État chargé des routes, ce dernier est lui aussi incarcéré et poursuivi pour sa gestion de l’Institut universitaire des technologies de l’université de Douala, entre 2003 et 2014. Ohandja avait été interdit de sortie de territoire le 19 mars.

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Camwater prend l’eau

Selon l’accusation, les deux hommes seraient complices d’un détournement de plusieurs milliards de francs CFA. Ils sont accompagnés à Kondengui par Dieudonné Oyono, l’ancien recteur de l’université de Douala, arrêté suite à une dénonciation anonyme, et Jean William Sollo.

Ce dernier, ancien directeur général de la Camwater, a été interpellé lundi 19 mars. Il est accusé de malversations financières, entre 2011 et 2016, dans la gestion de la Camwater, tout comme l’ancien ministre Basile Atangana Kouna, qui a dirigé la société de 2006 à 2012. Jean Dieudonné Mah, ex-directeur des affaires administratives et financières de Camwater, et Stanislas Atangana, chef d’entreprise interdit de sortie de territoire depuis le 19 mars, sont également détenus en lien avec la même affaire.

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File d’attente devant Kondengui ?

L’Épervier pourrait ne pas en rester là. Edgar Alain Mebe Ngo’o, ex-ministre des Transports est attendu devant le TCS ce 23 mars, tout comme la directrice de publication de Cameroon Tribune et directrice générale de la Sopecam Marie-Claire Nnana et André Noël Essiane, maire de Sangmélima. Robert Nkili Atyam, ancien ministre des Transports, est lui aussi dans le viseur de l’opération. Il devait être entendu par le TCS, le 22 mars, au sujet de soupçons de surfacturation de deux aéronefs de fabrication chinoise pour le compte de la Camair-Co. Le préjudice reproché s’élèverait à plus de 20 milliards de francs CFA.

>>> A LIRE – Cameroun – Opération Épervier : ces poids-lourds qui restent en prison

Elie Claude Ndam Njitoyap devait, lui aussi, être entendu le 22 mars par le TCS. Il lui est reproché des malversations financières dans sa gestion de l’hôpital général de Yaoundé, dont il était le directeur général. Enfin, Jean Louis Beh Mengue, ancien directeur général de l’Agence de Régulation des Télécommunications, faisait également partie des personnalités attendues le 22 mars au TCS. Il est accusé de mauvaise gestion dans le recouvrement des créances de l’État auprès d’opérateurs tels qu’Orange et MTN. Les trois hommes sont en liberté… mais surveillés de près.

Prière de patienter et de ne pas quitter le territoire

L’Épervier ayant repris sa chasse, ses futures proies sont invitées à se tenir tranquilles. Le 19 mars, outre Stanislas Atangana et Louis Max Ohandja, incarcérés depuis à Kondengui, 20 personnes ont ainsi été interdites de sortie de territoire par la Sûreté nationale dans la seule région du Sud-Ouest (voir document). Deux d’entre elles, Kenneth Agbor Enow (ancien directeur des finances et du budget de Camtel) et Jean-Claude Mfou’ou (commissaire aux comptes) faisaient déjà l’objet d’une même mesure depuis le 2 mars.

David Nkoto Emane, directeur général de Camtel, accusé de malversations financières entre 2010 et 2015, Richard Maga, directeur général adjoint, Boris Judicaël Nganou, coordinateur du programme MCN, Evariste Dieutoss, ex-directeur des ressources humaines, Benjamin Gérard Assouzo’o, chef de service de marche, et Marcellin Tsaam Gah, ingénieur, ont eux aussi été priés, le 2 mars, de ne pas quitter le territoire camerounais.

Interdictions de sortie de territoire camerounais émises le 19 mars.

Interdictions de sortie de territoire camerounais émises le 19 mars.

Interdictions de sortie de territoire camerounais émises le 19 mars.

Interdictions de sortie de territoire camerounais émises le 19 mars.

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