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Festival international de Carthage : la venue de Michel Boujenah fait polémique

Michel Boujenah, invité de l'émission Vivement Dimanche. © PJB/SIPA/

La participation de Michel Boujenah, humoriste, acteur et réalisateur franco-tunisien, au Festival international de Carthage a suscité diverses réactions dans le pays. Une frange de la société civile ainsi que l’UGTT, la principale force syndicale en Tunisie, ont lancé un appel à l’annulation du spectacle. Ils reprochent au comédien son positionnement assumé en faveur d’Israël.

« Je suis super content parce que, depuis la révolution, je n’y ai pas joué. J’y suis allée très souvent, mais pas pour jouer. » C’est avec émotion que Michel Boujenah a annoncé dans l’émission « On n’est pas couchés » du 17 juin 2017, sur France 2, sa venue au Festival international de Carthage. La programmation de son spectacle prévu pour le 19 juillet 2017 n’a toutefois pas reçu le même émoi de l’autre côté de la Méditerranée… Depuis quelques jours, la venue de Michel Boujenah suscite en effet des réactions hostiles au sein de la société tunisienne. En cause : des positions pro-sionistes et pro-Israël tenues par l’artiste.

Ce n’est ni un grand sioniste, ni un leader du sionisme.

Interrogé par la radio Mosaïque FM, le 24 juin 2017 sur la polémique autour de l’humoriste, le Directeur du festival de Carthage, Mokhtar Rassaa, s’est défendu en rappelant que Michel Boujenah était avant tout un artiste tunisien qui n’a jamais nui à son pays, et qui au contraire le soutenait souvent dans les médias internationaux. « C’est un juif, il a un attachement à Israël, comme nous, musulmans, avons un attachement à la Mecque (…) Ce n’est ni un grand sioniste, ni un leader du sionisme ! » a-t-il expliqué.

Nous ne voulons pas de sionistes, quel que soit leur nationalité, sur nos scènes et dans nos festivals !

L’argumentaire du Directeur du festival n’a toutefois pas convaincu une partie de la société civile. Suite à l’interview, une campagne appelant à l’annulation du spectacle a été lancée par la filiale tunisienne de la campagne internationale « Boycott, désinvestissement et sanctions » (BDS) œuvrant à exercer des pressions économiques sur Israël pour défendre la cause palestinienne. Une lettre ouverte a notamment été adressée au ministre de la Culture et à Mokhtar Rassaa le 26 juin 2016.

« Nous ne voulons pas de sioniste, quel que soit leur nationalité, sur nos scènes et dans nos festivals ! » Un intitulé pour le moins explicite. « Michel Boujenah est connu comme l’une des plus grandes figures franco-tunisiennes sionistes qui ont toujours défendu Israël, ses guerres et son armée », affirme le BDS.

La lettre évoque, entre autres, l’assassinat sur le sol tunisien du « martyre » Mohamed Zouari, un tunisien, cadre de la branche armée du Hamas. Ce meurtre, qui a secoué le pays et dont le Hamas accuse Israël d’être l’instigateur, fait actuellement l’objet d’une enquête menée par le gouvernement tunisien.

Un spectacle anticonstitutionnel ?

Plus encore, la campagne considère la tenue du spectacle comme anticonstitutionnel. Le préambule de la constitution tunisienne s’y engage à défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à combattre toutes les formes d’occupation et de racisme. « Le sionisme » étant « la pire forme de racisme et de colonialisme de l’ère moderne », l’Etat se doit d’interdire une manifestation culturelle de ce type, selon les signataires.

L’Union général du travail (UGTT) a elle aussi appelé le ministère des affaires culturelles, dans un communiqué rendu public le 4 juillet 2017, à annuler le spectacle de Michel Boujenah. C’est encore une fois les positions « sionistes » du comédien qui constituent les motivations de cet appel, le communiqué évoquant un soutien à « l’assassin Sharon » ainsi que « la futilité artistique et l’absence de contenu dans ses spectacles ». L’UGTT recommande plutôt au ministère des Affaires culturelles de favoriser les spectacles tunisiens « dans ce contexte de crise économique ».

L’appel au calme du gouvernement

Le gouvernement a fini lui aussi par s’exprimer sur cette affaire. Dans un communiqué publié ce mercredi 5 juillet 2017, il rappelle d’abord que « conformément aux valeurs de la révolution du 14 janvier », il ne peut intervenir dans le choix de la programmation du Festival de Carthage et qu’il n’en a donc pas la responsabilité. Il confirme également le « soutien inconditionnel » de la Tunisie à la cause palestinienne.

Le ministère annonce néanmoins vouloir mener des consultations « avec la société civile et les personnes impliquées » afin de prendre une décision allant dans le sens de « l’intérêt national ». Il justifie cette implication par le caractère désormais politique de l’affaire suite au communiqué de l’UGTT.

Et nombreux sont les Tunisiens à désapprouver cette campagne menée contre l’artiste, comme le rappellent par exemple la présidente de l’Association Tunisienne de Soutien des Minorités (ATSM), Yamina Thabet, ou encore le réalisateur Moncef Dhouib.

Michel Boujnah, un amoureux de la Tunisie

Le comédien, au cœur de la controverse, a cependant été souvent remarqué pour ses déclarations d’amour faites à son pays natal sur les plateaux de télévision. Le soir même de l’annonce de son spectacle en Tunisie, il avait déclaré sur France 2 : « Je me bats beaucoup pour que l’on aide la Tunisie. Je trouve que c’est dingue, insensé, irresponsable, fou… de la part des gouvernants européens, français, américains, de ne pas aider la Tunisie financièrement. »

Déjà le 17 janvier 2011, dans l’émission du « Grand Journal » diffusée sur Canal + – soit trois jours après le départ de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali – Michel Boujenah avait martelé que « le peuple tunisien est un grand peuple. Je l’ai toujours dit, je l’ai toujours pensé ». L’artiste a ensuite fondu en larmes en faisant l’éloge la société civile qui a mené, selon lui, à la réussite de la révolution tunisienne.

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