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Alpha Barry : « Les membres du G5 Sahel attendent des gestes concrets de la France et de l’Allemagne »

Par - à Ouagadougou

Alpha Barry, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Burkinabè de l’extérieur. © Sophie Garcia/ Hanslucas.com pour JA

Les chefs d'États des pays du G5 Sahel se rencontrent dimanche 2 juillet à Bamako pour peaufiner les modalités de mise en place d'une force conjointe de 10 000 hommes pour combattre les groupes terroristes qui sévissent dans la région. Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alpha Barry, revient pour JA sur les enjeux de ce sommet.

Jeune Afrique : le G5 Sahel se réunit dimanche 2 juillet à Bamako. Quel est l’enjeu de cette rencontre qui intervient après la résolution du Conseil de Sécurité de Nations-Unies ?

Alpha Barry : Ce sommet va se pencher sur l’accompagnement que la France pourrait apporter au G5 Sahel dans sa lutte contre le terrorisme. Nous avions déjà rencontré en avril dernier la chancelière allemande, Angela Merkel et le président Hollande, ainsi que le ministre de la Défense de l’époque, Jean-Yves Le Drian. Après cela, nous avons reçu un message conjoint de la part de Paris et Berlin indiquant leur décision commune d’appuyer le G5 Sahel dans son combat contre les groupes terroristes.

Paris et Berlin ont promis au G5 Sahel un appui sera concret, en matériel. Nous nous réjouissons que le Président Emmanuel Macron se soit d’ores et déjà mis dans le même axe que son prédécesseur. Je dirais même qu’il s’est engagé beaucoup plus, puisqu’il s’est aussitôt déplacé sur le terrain au Mali, et a convenu de l’idée de ce sommet avec les chefs d’État. Évidemment, la réunion va nous permettre de voir ce qui peut être fait côté français au-delà de la présence de la force Barkhane qui fait un travail remarquable dans la région.

La mise en place d’une force conjointe de 10 000 hommes n’entame pas la présence française ?

Pas du tout. La force Barkhane qui couvre les cinq pays demeure. Le G5 Sahel vient en complément à tout ce dispositif existant, étant entendu que cette force conjointe va particulièrement opérer le long des bandes frontalières entre les pays.

Comment la force conjointe sera déployer sur le terrain, et son quel agenda ?

Le plus rapidement possible. Nous avons déjà obtenu le déblocage d’une aide de 50 millions d’euros de l’Union européenne. Nous attendons désormais des gestes concrets de la part de la France et de l’Allemagne.

Qui va supporter le budget d’environ 400 millions, prévu pour le déploiement opérationnel du G5 Sahel ?

Dans la foulée de la résolution du conseil de sécurité des Nations Unies, il a été décidé l’organisation d’une conférence internationale pour collecter des fonds auprès des donateurs et des partenaires internationaux.

La résolution des Nations Unies saluant le déploiement de la force conjointe sans mandat onusien sonne-t-elle pour vous comme une déception ?

Les États-Unis ont défendu l’idée qu’il ne fallait pas placer cette force sous le chapitre sept des Nations-Unies, lequel recommande l’usage de la force. Cela ne nous pose aucun problème. D’autant plus que les armées des pays concernés vont opérer sur leur propre territoire. Il n’est donc pas utile d’avoir un mandant onusien.

Pour les opérations dans un pays tiers, il est prévu des ententes et des accords qui règlent cette question. Nous reprenons l’idée qui avait prévalu pour le Liptako Gourma en signant des mémorandums d’entente pour les interventions des différentes armées au sein du G5 Sahel.

Le Burkina a décidé de débloquer une enveloppe de 413 milliards pour le développement du nord du pays, en proie aux attaques terroristes. Pourquoi ?

Le gouvernement a toujours porté une attention particulière au développement équilibré des régions. Vous savez que la région sahélienne de notre pays est moins dotée naturellement, donc, il faut consentir à plus d’efforts pour réduire le risque naturel.

C’est ce qui sous tend la volonté du président Roch Marc Christian Kaboré d’y apporter des investissements massifs dans cette région, via un programme d’urgence en faveur des populations pour les sortir de la crise dans laquelle elles sont ou elles en sortent. Il s’agit aussi de contrer le discours des prêcheurs radicaux qui surfent sur l’absence de développement, de services sociaux de base pour asseoir leur idéologie djihadiste. Ce programme va éviter que nos jeunes soient des proies faciles pour les terroristes.