Tunisie : face à la crise du tourisme, les maisons d’hôtes essayent de tirer leur épingle du jeu

Par Jeune Afrique

Le Verger des montagnes, un gîte rural en Tunisie. © Verger des montagnes/Facebook

Face à la crise touristique et sécuritaire qui secouent la Tunisie, les maisons d’hôtes misent sur le côté rassurant pour attirer les voyageurs. Mais si leur nombre a augmenté ces dernières années, leur charme ne suffit pas toujours à assurer leur pérennité… Mue par l’espoir d’un renouveau touristique, ce concept a aujourd’hui du mal à faire chambres combles.

Niché sur les hauteurs du Mont El Hindi, le « Verger des Montagnes »  offre une vue imprenable sur les montagnes et la ville de Testour. Ouvert depuis moins de deux mois aux visiteurs, ce havre de paix qui se fond dans la nature offre le gîte et le couvert dans une intimité conviviale.

Les propriétaires des lieux espèrent que le bouche-à-oreilles et les réseaux sociaux feront leur effet. Comme une centaine d’autres sur tout le territoire. Né d’abord discrètement il y a près de dix ans en Tunisie, ce concept s’est développé depuis, juridiquement et socialement, et permet, entre autres, aux visiteurs de (re)découvrir des villes et des régions moins touristiques, offrant peu, voire pas, d’hôtels.

Une autre image de la Tunisie

« Comme il n’y avait pas encore de maisons d’hôtes ou de gîtes ruraux à Testour, nous avons décidé d’exploiter notre verger », expliquent Farouk et Fadhel, jeunes initiateurs du projet avec l’aide de leur famille. Produits du terroir, visites guidées, élevages d’animaux, apiculture biologique, potager, chauffe-eau solaires et silos de compostage ; les heureux propriétaires misent sur les richesses et le charme naturels des lieux, ainsi que de nombreuses activités culturelles, agricoles et sportives pour attirer les visiteurs.

Verger des montagnes/Facebook

Le Verger des montagnes, un gîte rural en Tunisie. © Verger des montagnes/Facebook

Une façon différente de découvrir et de profiter du pays proposée aussi par d’autres demeures diverses et variées. Parmi elles : les gîtes troglodytes de Matmata, les chalets d’Aïn Draham, la maison-musée Dar Hassine Allani à Kairouan, Dar Fatma à Sidi Bousaïd ou encore Dar Benabdallah, au Cap Bon.

Sans compter les centaines de chambres d’hôtes proposées sur des sites d’hébergement comme AirBnB. D’après une enquête de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT), publiée en décembre 2015, il existait alors autour de 823 unités d’hébergements touristiques en Tunisie, dont 570 hôtels classés et 253 hébergements alternatifs (comprenant des maisons d’hôtes, gîtes, résidences touristiques et hôtels de charme).

Concurrence pour les hôtels ?

L’objectif de ce type d’hébergement, c’est de « proposer une alternative à l’offre touristique de masse », une offre plus personnalisée et de qualité, sans pour autant faire concurrence aux hôtels, explique Sabri Oueslati, propriétaire de « Dar Sabri » à Nabeul et président de l’association Edhiafa, qui regroupe des promoteurs d’hébergements alternatifs en Tunisie.

« Les modes d’hébergement alternatifs s’adressent à de nouveaux segments sans porter préjudice aux hôtels », confirme un membre de la fédération tunisienne de l’hôtellerie.

Dar Bibine/Facebook

La maison d'hôte Dar Bibine, à Djerba. © Dar Bibine/Facebook

Secteur du tourisme en crise

Flou législatif, peu de contrôle, manque d’information, crise touristique et fermeture de lignes aériennes sont autant de freins au développement de ces hébergements alternatifs en Tunisie, estiment les propriétaires. Une situation de plus en plus délicate qui pousse plusieurs hôtes à mettre finalement la clé sous la porte.

Isabelle, propriétaire de « Dar Bibine » à Djerba depuis 2008, une paisible maison d’hôtes dans la médina d’Erriadh, a d’abord vu les logements alternatifs exploser. « Mais plusieurs ont dû fermer à cause du manque de touristes et beaucoup ne sont pas déclarés », déplore-t-elle.

Moins d’étrangers

« Avec les attaques terroristes, nous avons connu une baisse phénoménale de fréquentation, au point que l’on envisage, à contrecœur, de cesser cette activité. Ce qui nous fait tenir pour l’instant, c’est le tourisme interne, avec surtout les voyages de noce et les vacanciers du week-end », nous confie Isabelle.

Une baisse du nombre de touristes en Tunisie qui a atteint les -21,5 % au premier semestre 2016, et dont pâtissent également les commerces et sites alentour (monuments touristiques, restaurants, artisans, taxis, etc.). Et le peu d’étrangers qui viennent encore le font surtout dans un cadre professionnel. L’an dernier, le pays a enregistré le nombre le plus bas de visiteurs étrangers depuis plusieurs décennies (5,5 millions).

Tout en voulant sortir des sentiers battus, plusieurs « dar » tunisiens craignent donc de se retrouver dans l’impasse…

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