Politique

Guinée – Alpha Condé : « Pourquoi la question d’un troisième mandat ne se pose-t-elle que lorsqu’il s’agit de moi ? »

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Mis à jour le 05 juin 2020 à 11h33
Alpha Condé, président de la République de Guinée, lors d’une interview accordée à Jeune Afrique le 20 octobre 2016, au palais présidentiel à Conakry.

Alpha Condé, président de la République de Guinée, lors d’une interview accordée à Jeune Afrique le 20 octobre 2016, au palais présidentiel à Conakry. © Vincent Fournier/JA

Crise sanitaire et conséquences économiques, scrutins de mars et d’octobre, Constitution… Le président guinéen a donné à Jeune Afrique son opinion sur les sujets brûlants de l’actualité de son pays.

À moins de six mois d’une élection présidentielle à laquelle rares sont ceux qui doutent encore de sa candidature, Alpha Condé combat le coronavirus comme il avait combattu Ebola : heure par heure, le nez dans le guidon, jonglant entre appels incessants et messages répétés sur ses quatre ou cinq smartphones, jusqu’au cœur de la nuit.

Officiellement, ce président étonnamment alerte pour ses 82 ans ne fait que cela : gérer la crise sanitaire et économique dans un pays de 13 millions d’habitants brusquement stoppé en pleine phase de décollage par un virus importé. En réalité, cet ancien opposant couturé par tant de batailles a trop de politique dans le sang pour ne pas penser aussi, avec une même ardeur, aux échéances électorales à venir.

Voudrait-il s’en détacher que l’opposition guinéenne, vent debout contre son projet supposé de troisième mandat, ne lui en laisserait pas le loisir. Même si Alpha Condé a réussi à passer au forceps la première épreuve, le référendum du 22 mars instaurant une nouvelle Constitution, il est clair que ses adversaires regroupés au sein du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) n’entendent pas le voir se présenter en octobre. Il suffit pour s’en convaincre de lire ou d’écouter la surenchère sémantique du principal leader du FNDC, Cellou Dalein Diallo, dénonçant sur sa page Facebook « la main meurtrière » du chef de l’État, dont seul le départ permettra selon lui de « mettre un terme au carnage » (sic).

Surenchère verbale certes. Mais quand on sait qu’en Guinée toute manifestation est synonyme de violences, trop souvent de morts, et qu’aucunes prémices d’apaisement ne sont en vue tant les protagonistes semblent irréconciliables, les mois à venir risquent d’être tendus. Dans cet entretien recueilli par visioconférence, Alpha Condé se veut à la fois serein et combatif. Nul doute qu’il aura besoin de cette bipolarité pour mener ce qui pourrait être sa dernière bataille.

Jeune Afrique : La Guinée a dû faire face, entre 2013 et 2015, à l’épidémie d’Ebola, qui a fait plus de 2 000 victimes. Cette expérience vous sert-elle pour combattre la pandémie du coronavirus ?

Alpha Condé : C’est évident. D’abord parce qu’Ebola nous a obligés à multiplier par deux les fonds consacrés au secteur de la santé. Aujourd’hui, toutes les sous-préfectures disposent d’un centre de soins amélioré. Ensuite parce qu’au contact de cette maladie nos médecins ont acquis de précieuses compétences qui ont fait d’eux des spécialistes dont le savoir-faire est désormais requis ailleurs, notamment en RDC. Et les Guinéens en général l’ont aussi compris : depuis Ebola, ils savent que se désinfecter les mains est un geste capital, nul besoin de le leur répéter.

Cette expérience nous a appris à réagir vite. Dès l’apparition des premiers cas de coronavirus importés de Belgique puis de France, l’état d’urgence sanitaire, un couvre-feu nocturne et toute une série de mesures de prévention ont été décrétés. Si le nombre de cas dépistés est élevé en Guinée, c’est parce que nous multiplions les tests à l’échelon communautaire, famille par famille.

Nous exigeons aussi le port du masque : j’en ai fait moi-même fabriquer 1 million et demi, distribués gratuitement. Le résultat est que la Guinée peut se prévaloir d’un taux de létalité particulièrement bas et d’un taux de guérison en hausse constante, tout en maintenant autant que faire se peut l’activité économique. Conscients du fait que beaucoup de Guinéens vivent au jour le jour, nous n’avons pas instauré de confinement mais imposé un cordon sanitaire autour de la capitale. Pour sortir de Conakry, il faut avoir été testé négatif.

Croyez-vous en l’existence de « réponses africaines » à la maladie, à l’instar du Covid-Organics malgache ?

Une chose paraît sûre : la jeunesse de notre population, la longue présence du paludisme et d’autres maladies, ainsi que les conditions liées au climat font que l’Africain semble mieux résister au choc viral.

Pour ce qui est des remèdes, je n’exclus rien, ni la médecine dite moderne, ni la médecine traditionnelle basée sur les plantes dont nos guérisseurs connaissent les secrets. Je félicite le président Rajoelina pour son courage, et je crois aux vertus de l’Artemisia. Si ce produit avait été inventé en Europe ou en Amérique, il n’y aurait pas autant de polémiques.

Si la pandémie n’est pas éradiquée en Guinée, l’élection présidentielle d’octobre sera-t-elle reportée ?

Je ne peux pas répondre à cette question pour l’instant, d’autant que je ne suis pas décisionnaire en la matière. Cela revient à la Commission électorale nationale indépendante [Ceni]. Ce qui m’intéresse pour le moment, ce n’est pas l’élection, mais comment faire en sorte que l’économie guinéenne ne s’effondre pas.

Le double scrutin du 22 mars – référendum constitutionnel et législatives – a été boycotté non seulement par l’opposition regroupée au sein du FNDC, mais aussi par les observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie [OIF], de l’Union africaine [UA] et de la Cedeao. Comment en est-on arrivé là ?

Prenons les choses dans l’ordre. Alors que nous avions fixé ensemble la date des législatives au sein de la Ceni paritaire, l’opposition a décidé de les boycotter pour une raison simple : sa stratégie était de faire exploser la Guinée en jouant sur la concomitance avec le référendum. Elle a échoué.

Pour ce qui est des observateurs, je vous ferai remarquer que c’est moi qui ai demandé à ceux de l’UA et de la Cedeao de venir. Et ils sont venus à Conakry. L’UA en a dépêché une trentaine, et la délégation de la Cedeao était dirigée par l’ancien président nigérien Salou Djibo, accompagné du commissaire aux affaires politiques, le général Francis Behanzin. Brusquement, ils ont été rappelés et se sont donc retirés, sans qu’on nous en donne les raisons.

Et ceux de la Francophonie ?

Nous avons travaillé avec l’OIF sur le fichier électoral en 2018. Elle a fait des recommandations que nous avons suivies, et ses experts ont reconnu que le logiciel dont s’est dotée la Ceni était extrêmement performant, du jamais-vu en Afrique. Mais il n’a jamais été question que l’OIF nous envoie des observateurs. Elle était là pour un accompagnement.

Le nœud du problème, c’était ce fameux stock de quelque 2,4 millions d’électeurs douteux inscrits sur les listes…

Je vous arrête : il ne s’agissait pas d’électeurs douteux ou fictifs, mais d’électeurs réels qui avaient voté en 2013 et en 2015 et à qui il manquait, pour une partie d’entre eux, la carte d’identité biométrique, qui n’était pas exigée lors des précédents scrutins, et, pour d’autres, la photo ou l’empreinte digitale. Je vais vous faire une confidence : le secrétaire général de la présidence, Kiridi Bangoura, et mon directeur de cabinet, Khalil Kaba, étaient dans ce cas. Ce ne sont pourtant pas des électeurs fictifs ! Cela dit, conscients du problème, nous avons reporté les élections de trois semaines et retiré ces 2,4 millions d’électeurs des listes. C’est à ce moment-là que les observateurs de l’UA et de la Cedeao, que nous avions fait venir par esprit panafricaniste, ont été rappelés sans préavis ni explication.

En voulez-vous au président en exercice de la Cedeao, le Nigérien Mahamadou Issoufou ?

Je ne ferai aucun commentaire. L’Histoire jugera.

Vous dites que l’opposition, particulièrement le FNDC, voulait faire exploser la Guinée. C’est une accusation grave !

Oui, mais fondée. Ces gens étaient clairement dans une démarche insurrectionnelle de prise du pouvoir par la force. Leurs leaders l’ont dit dès avant le 22 mars : nous manifesterons lundi, mardi, mercredi, et jeudi nous serons au palais. L’un d’entre eux a même parlé de la nécessité d’une transition militaire, ce qui a donné des idées à un officier inconscient qui a entraîné une dizaine d’hommes dans un projet de coup d’État voué à l’échec. C’était oublier un peu vite que la Guinée d’aujourd’hui n’est plus la Guinée d’hier.

La Guinée n’a jamais connu de guerre civile, et elle n’en connaîtra pas

Le FNDC a envoyé ses nervis attaquer des bâtiments publics, verser de l’huile sur les routes, manifester avec des machettes, des frondes et des fusils de chasse. Une tentative d’attentat au véhicule piégé contre une station d’essence a été déjouée in extremis à Conakry. Dans la bouche des dirigeants du FNDC, il n’était question que de renverser le pouvoir et de rendre le pays ingouvernable.

Quand Cellou Dalein Diallo dit à ses jeunes militants : « Êtes-vous prêts à mourir ? » cela veut dire quoi ? La Guinée n’a jamais connu de guerre civile, et elle n’en connaîtra pas. J’ai moi-même été opposant pendant quarante-deux ans et, lorsque des militaires sont venus me voir après les élections de 1993 pour me proposer de me porter au pouvoir par la force, je leur ai répondu que je ne faisais pas de la politique pour gouverner des cimetières. Jamais je n’ai eu recours à la violence. Je suis profondément démocrate, mais mes adversaires ont une mentalité de putschistes.

L’opposition et des ONG de défense des droits de l’homme imputent aux forces de l’ordre la responsabilité des morts qui ont endeuillé le scrutin. Qu’avez-vous à répondre ?

Je ne dis pas que les forces de l’ordre n’ont aucune responsabilité. Il peut évidemment y avoir des bavures. Certains agents ont été arrêtés, et nous continuons les enquêtes. Mais il est difficile de prendre au sérieux des rapports d’ONG qui ont enquêté de façon unilatérale sans nous interroger et sans tenir le moindre compte du contexte de violence que je viens d’évoquer. C’est un peu comme si, lors de la crise des « gilets jaunes » en France, on n’avait enquêté que sur la police et pas sur les casseurs ou les black blocs – lesquels ont leurs équivalents guinéens : les « sections cailloux » du FNDC.

Ma première décision, quand je suis arrivé au pouvoir, a été de réformer l’armée et la police dans un sens républicain. Le chantier était colossal, mais les progrès accomplis sur la voie du maintien démocratique de l’ordre sont palpables : plus aucun militaire ne sort de son camp avec une arme, et la police a interdiction de tirer à balles réelles lors des manifestations.

Quand on constate que l’importante région du Fouta, qui est le fief du parti de Cellou Dalein Diallo, n’a pratiquement pas voté le 22 mars, n’y a-t-il pas lieu de redouter une dérive intercommunautaire en Guinée ?

D’abord je vous rappelle que les deux scrutins ont eu lieu au niveau national, malgré les sabotages et les intimidations, avec un taux de participation honorable d’environ 58 % pour chacun d’eux.

C’est exact, on a beaucoup moins voté dans le Fouta que dans les trois autres régions, et ce pour une raison évidente : l’UFDG [Union des forces démocratiques de Guinée] de Cellou y a multiplié les menaces envers ceux qui n’étaient pas de son camp, allant jusqu’à attaquer des bâtiments de l’État et à incendier la maison du candidat de mon parti, à Labé. Plutôt que d’aller à l’affrontement, ce que souhaitaient nos adversaires, nous avons donc décidé de fermer des bureaux de vote.

Je souhaite qu’une discussion franche s’instaure afin que l’élection à venir soit inclusive

Faut-il pour autant conclure à une dérive intercommunautaire ? Non. Les Guinéens ont dépassé ce stade. Ils savent faire la différence entre les deux catégories d’hommes politiques. D’un côté les hommes d’État, dotés d’un programme crédible, qui s’adressent à l’intelligence et aux facultés de raisonnement. De l’autre les politiciens démagogues, qui s’adressent au subjectif, c’est-à-dire à l’ethnie et à la religion.

Un dialogue est-il encore possible avant l’élection présidentielle avec une opposition qui, de facto, ne reconnaît plus votre légitimité ?

Partout, la démocratie, c’est la voix du peuple. Le peuple s’est exprimé. La Cour constitutionnelle a statué. La question de la légitimité ne se pose donc absolument pas. Cela étant dit, j’ai toujours été ouvert au dialogue et je souhaite qu’une discussion franche s’instaure afin que l’élection à venir soit inclusive.

Mais pour dialoguer il faut être deux, or je constate que si cette opposition a refusé d’aller aux élections le 22 mars, c’est parce qu’elle était convaincue que le pouvoir serait renversé. D’un côté, il y a une logique démocratique, de l’autre une logique putschiste.

Alpha Condé, président de la République de Guinée, lors d'une interview accordée à Jeune Afrique le 20 octobre 2016, à Conakry.

Alpha Condé, président de la République de Guinée, lors d'une interview accordée à Jeune Afrique le 20 octobre 2016, à Conakry. © Vincent Fournier/JA

Néanmoins, je suis prêt à débattre – de ma gestion, bien sûr, mais aussi de celle de ces anciens Premiers ministres du régime militaire qui dirigent aujourd’hui le FNDC. Beaucoup de jeunes ne se souviennent pas de ce qu’ils ont fait ni dans quelle situation désastreuse se trouvait la Guinée en 2010. Beaucoup ne savent pas qu’un certain Cellou Dalein Diallo était, en 2001, l’un des principaux zélateurs d’un projet de réforme de la Constitution octroyant au président de l’époque un septennat renouvelable à vie. Tout cela doit être mis sur la table, non pas afin d’éliminer tel ou tel candidat, mais pour que chacun assume ses responsabilités.

Votre projet de référendum était tout de même clivant. Pourquoi l’avoir maintenu ?

Parce que c’était devenu indispensable. Nous vivions depuis dix ans avec une Loi fondamentale promulguée dans l’urgence après les accords de Ouagadougou et adoptée sans référendum par une Assemblée non élue. On ne peut pas vouloir être un État de droit et accepter ce genre d’anomalie. La Constitution que nous venons d’adopter est une avancée historique. Elle instaure la parité de genre, interdit les mutilations génitales et les mariages précoces, abolit la peine de mort, abaisse l’âge de l’éligibilité, protège l’environnement, consacre 15 % des ressources minières aux collectivités territoriales, etc. Je pense que c’est l’une des meilleures d’Afrique.

Cette Constitution vous donne le droit d’être à nouveau candidat pour un troisième mandat, et c’est d’ailleurs pour cela que l’opposition la rejette. Le serez-vous ?

Pourquoi poser cette question quand il s’agit de la Guinée et ne pas la poser dans d’autres pays où les chefs d’État peuvent être réélus indéfiniment ? Donc, quand il s’agit d’Alpha Condé, le traitement devrait être particulier ? Donc certains présidents seraient autorisés à modifier la Constitution et à se présenter trois, quatre, six fois, et pas celui de la Guinée ? Cette forme de géométrie variable qui prétend se substituer à la volonté populaire n’est pas acceptable.

Vous n’avez pas répondu à ma question…

Mon opinion sur une éventuelle candidature importe peu. C’est le Rassemblement du peuple de Guinée, ou plus exactement la mouvance RPG–Arc-en-Ciel, dans laquelle siègent d’anciens leaders de l’opposition, comme les ministres Aboubacar Sylla et Mouctar Diallo, qui décidera le moment venu de l’identité de son candidat.

Au lendemain du double scrutin du 22 mars, le ministère français des Affaires étrangères a évoqué le caractère « non inclusif » de ces élections, ainsi que le rôle « excédant la simple sécurisation du processus » joué par les forces de l’ordre. Y a-t-il une crise de confiance entre Paris et Conakry ?

Ce type de communiqué démontre une évidente méconnaissance de la situation. Je n’y prête guère d’attention. Je connais bien la France. J’y ai suivi mes études, j’y ai enseigné, j’y ai des relations dans tous les milieux politiques. J’ai aussi de très bons rapports avec le président Macron, que j’ai été le seul chef d’État africain à recevoir alors qu’il était en campagne électorale. Et je me félicite que l’intervention de l’AFD [Agence française de développement] en Guinée, qui était de l’ordre de 8 à 10 millions d’euros par an avant mon accession au pouvoir, ait régulièrement augmenté depuis, pour atteindre 140 millions d’euros en 2019.

Je considère Macky Sall comme un jeune frère

Nos relations avec la France doivent être basées sur le respect mutuel que se vouent des partenaires majeurs. Chacun doit respecter la souveraineté de l’autre. Lorsque j’ai expliqué lors d’un discours tenu à Abidjan qu’il fallait « couper le cordon ombilical », c’est à cela que je faisais allusion.

Lors de la dernière crise électorale en Guinée-Bissau, vous n’étiez pas sur la même longueur d’onde que le président sénégalais Macky Sall. Ce différend est-il résorbé ?

Je considère Macky Sall comme un jeune frère. Le fait que nous soyons amis n’empêche pas que nous ayons parfois des divergences d’analyse, comme à propos de la Guinée-Bissau, où j’étais le médiateur de la Cedeao. Mais je n’ai aucun problème avec lui. À preuve, tout le monde sait le rôle que j’ai joué auprès de l’ancien président Wade, que j’ai fait venir à Conakry, afin que l’élection présidentielle sénégalaise de 2019 se passe bien.

Il y a tout un débat autour de l’eco, la future monnaie unique d’Afrique de l’Ouest, entre le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Au-delà de la querelle de leadership régional, où vous situez-vous ?

Il ne devrait pas y avoir débat. Cette monnaie sera celle des quinze États de l’espace Cedeao, ainsi que nous l’avons décidé lors du dernier sommet de la Cedeao. Elle sera une monnaie basée sur un panier de devises et pas uniquement sur l’euro. Telle est notre position. La Guinée n’a jamais fait partie de la zone franc, elle dispose de sa propre monnaie, mais, en tant que panafricains, nous sommes prêts à nous fondre dans un ensemble plus vaste. Je crois en l’eco, tout comme je rêve qu’un jour l’ensemble de l’Afrique ait une monnaie unique.

Un récent rapport du FMI prédit que si la pandémie du coronavirus s’arrête avant la fin de 2020, la Guinée fera partie des cinq pays du continent qui résisteront le mieux en 2021, avec un taux de croissance de 5,6 %. Cela a dû vous rassurer…

Je n’ai jamais perdu confiance. Depuis dix ans et malgré Ebola, notre taux de croissance moyen avoisine les 6 %. La Guinée possède des richesses minières, agricoles et énergétiques considérables, trop longtemps inexploitées ou trop souvent gaspillées par cupidité et incompétence. En 2010, le taux d’inflation était de 21 %, le déficit budgétaire de 12 % et la Banque centrale n’avait pas de quoi couvrir trois semaines d’importations. En 2010, la Guinée produisait 13 millions de tonnes de bauxite par an.

Alpha Condé, en campagne en Haute-Guinée, en vue du double scrutin du mois de mars 2020.

Alpha Condé, en campagne en Haute-Guinée, en vue du double scrutin du mois de mars 2020. © DR / Présidence guinéenne de la République

Si vous me coupez les veines et que vous coupez celles d’un paysan, c’est le même sang qui coulera

Aujourd’hui, elle en produit 100 millions. Idem pour le fer : l’appel d’offres pour l’exploitation de Simandou 1 et 2, qui en recèle la plus importante réserve au monde et le minerai le plus riche, a été lancé avec succès. Lorsque je suis arrivé, l’économie de ce pays, c’est à la petite cuillère que j’ai dû la ramasser, comme tout le reste d’ailleurs. À moins d’être d’une totale mauvaise foi, qui oserait dire que la Guinée n’a pas changé en dix ans ?

Et vous-même, avez-vous changé ? On vous reproche parfois votre tendance au micro­management, votre accessibilité aussi, laquelle n’est pas sans risques : certains peuvent en profiter pour vous influencer…

Je ne suis pas quelqu’un à qui on peut venir raconter n’importe quoi, et vous ne verrez pas un seul membre de ma famille se mêler de politique. Je sais vérifier et je ne suis pas influençable, les Guinéens le savent. Pour le reste, j’ai toujours été un militant, et le fait d’être devenu le chef de l’État n’a rien changé à ma façon de vivre. Si vous me coupez les veines et que vous coupez celles d’un paysan, c’est le même sang qui coulera.

En tant que président, j’estime que je dois m’intéresser à tous les dossiers, et cette attention de tous les instants me semble indispensable aujourd’hui, tout comme elle a été précieuse à l’époque de l’épidémie d’Ebola. Alors va pour micromanagement si vous voulez. Après tout, dans « micromanagement », il y a « management ». C’est ce mot que je retiens.

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