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Cet article est issu du dossier «Le Burkina à l'heure de la mobilisation générale»

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Politique

Burkina Faso : la méthode Dabiré, chef d’orchestre et négociateur prudent

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Mis à jour le 08 juin 2020 à 09h48
Le chef du gouvernement burkinabè Christophe Joseph Marie Dabiré dans son bureau, à la primature.

Le chef du gouvernement burkinabè Christophe Joseph Marie Dabiré dans son bureau, à la primature. © Olympia de Maismont pour JA

En poste depuis janvier 2019, Christophe Joseph Marie Dabiré, le chef du gouvernement burkinabè, mène une politique prudente et rigoureuse. Sa feuille de route : préserver la stabilité et réussir les élections.

Si certains analystes n’ont pas manqué de souligner son « mutisme » dans la gestion de la crise du Covid-19, laissant le devant de la scène au chef de l’État, Christophe Joseph Marie Dabiré, 71 ans, n’en a pas moins imprimé sa marque dans la conduite de l’action gouvernementale depuis sa nomination à la primature, le 21 janvier 2019.

Économiste, ancien ministre de la Santé (1992-1997), des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique (1997-2000), puis commissaire chargé du Commerce à la commission de l’Uemoa (2007-2017), le Premier ministre burkinabè est tout aussi expérimenté que réservé.

Pourtant, selon le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Harouna Kaboré, Christophe Dabiré est un véritable chef d’orchestre. « Il donne des orientations précises sur le traitement de nos dossiers. Ses relations avec les différents ministres reposent sur des rapports structurés, et cela nous permet d’engranger des résultats. Dès lors qu’il considère certaines revendications comme légitimes, il nous demande d’y apporter des solutions », souligne le ministre. « Sa méthode, c’est la connaissance, le dialogue et l’écoute », ajoute l’un de ses collaborateurs.

Négociateur

Résultat, il a su contenir les grèves des syndicats qui minaient le pays depuis le début du quinquennat. « Concernant la fronde sociale, en tenant compte des capacités réelles de l’État, je me suis engagé à ce que les protocoles d’accord déjà signés soient mis en œuvre. Et je demande à mon gouvernement de ne prendre aucun nouvel engagement tant que la remise à plat des rémunérations des agents publics de l’État n’est pas effective », explique Christophe Dabiré.

Un réel capital sympathie auprès des syndicats

Ce dernier entretient une relation empreinte de complicité avec Roch Marc Christian Kaboré. Contrairement à Paul Kaba Thieba, son prédécesseur à la primature qui était novice en politique et ne disposait que du seul soutien du chef de l’État, Christophe Dabiré bénéficie d’un réel capital sympathie auprès du parti présidentiel et des syndicats. Ce technocrate connaît bien les acteurs et les rouages de la vie politique, économique et sociale. « On lui reconnaît aussi de solides qualités de négociateur. D’aucuns se rappellent sa gestion de la crise universitaire et de la santé en 1997, lorsqu’il était ministre de la Santé, puis de l’Enseignement supérieur », souligne un observateur politique.

Beaucoup de prudence

S’il a su apaiser le dialogue social, le Premier ministre doit encore résoudre l’épineuse question de la remise à plat des salaires des fonctionnaires et de la réduction de la masse salariale, qui a augmenté de 85 % entre 2016 et 2019, pour atteindre 836 milliards de F CFA (plus de 1,27 milliard d’euros). Il va notamment devoir convaincre les syndicats du bien-fondé de l’impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS) dans le secteur public. Cette mesure controversée pourrait mettre fin à l’accalmie actuelle… et placer le Premier ministre face à une crise sévère.

« Dabiré est un homme de dialogue à qui on a fixé des limites objectives. Il a hérité des revendications sociales et gère la situation pour qu’elle n’explose pas. Il essaie de ne pas faire de vagues en restant dans la ligne tracée par le parti et le président du Faso », glisse un proche du chef de l’État. « Je vois mal le Premier ministre, à son âge, se mêler d’une quelconque bataille ou s’engager dans une politique volontariste pour faire bouger les lignes. Il gère les choses avec beaucoup de prudence », poursuit un patron burkinabè.

Alors que la plupart de ses indicateurs étaient au vert, avec un taux de croissance moyen supérieur à 6 % de 2016 à 2019, l’économie burkinabè va, comme celles de tous les autres pays, pâtir de la crise sanitaire liée au Covid-19. Aussi, au-delà des bons résultats obtenus dans la gestion des finances publiques, le chef du gouvernement sait qu’il doit désormais accélérer la concrétisation des différents volets du Plan national de développement économique et social (PNDES).

Crise sécuritaire et la fronde sociale

Son action est d’ores et déjà fragilisée par la crise sécuritaire et la fronde sociale. « La performance de Christophe Dabiré est tributaire du palais de Kosyam, décrypte le politologue burkinabè Abdoul Karim Saidou. Or le président Kaboré n’est pas dans une logique de rupture. Je pense que le Premier ministre a un agenda réaliste et modeste, son objectif est de préserver la stabilité du pays et de réussir les élections de 2020. »

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