Vie des partis

Burkina – Zéphirin Diabré : « Je suis le seul à pouvoir rassembler tous les bords politiques »

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Mis à jour le 07 septembre 2020 à 16h33
Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition au Burkina Faso, président de l’UPC, le 9 mars 2020.

Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition au Burkina Faso, président de l’UPC, le 9 mars 2020. © Sophie Garcia pour JA

À moins de six mois de la présidentielle, le président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), principal parti d’opposition, est en campagne. Il prône la réconciliation avec l’ancien régime, dans le cadre d’un dialogue national inclusif.

Jeune Afrique : Compte tenu de la crise sanitaire, le maintien des élections en novembre n’est-il pas risqué ?

Zéphirin Diabré : Pour nous, le calendrier électoral doit être maintenu. Plusieurs indices laissent à penser que la crise sanitaire n’est pas de nature à remettre en cause les scrutins. Les gens se rendent au travail, les marchés ont rouvert, et ce sera bientôt au tour des écoles. Si on peut faire tout cela, on peut aller voter un dimanche.

La Commission électorale nationale indépendante a recommencé l’enrôlement des électeurs depuis le 8 mai en prenant les mesures nécessaires – distanciation sociale, gel hydroalcoolique –, et les opérations se déroulent bien. Le même dispositif pourrait être mis en place le jour des élections.

Sur quel thème allez-vous faire campagne ?

Nous avons eu une alternance en 2015, mais elle n’a pas apporté de réel changement. Ce thème reste donc d’actualité, même si de nouveaux défis sont apparus : celui de la sécurité, du vivre-ensemble, etc.

Aujourd’hui, je suis le seul candidat à pouvoir rassembler tous les bords politiques. Avec moi, la réconciliation est possible. Demain, je peux gouverner en invitant à mes côtés le MPP [Mouvement du peuple pour le progrès] et le CDP [Congrès pour la démocratie et le progrès].

Pourquoi faut-il une réconciliation ?

Notre pays traîne nombre de vieux contentieux. Certains se sont sentis lésés par l’ancien régime et d’autres par l’insurrection. Dans le contexte actuel d’insécurité, des pans entiers de nos populations, tels les Peuls, s’estiment stigmatisés. Beaucoup de raisons nous obligent donc à aller vers cette réconciliation. Pour l’opposition, c’est une question éminemment politique, qui conditionne l’avenir du pays.

Un pays ne peut pas vivre dans la sérénité quand deux de ses anciens présidents sont exilés

Comment y parvenir ?

Cette démarche doit être largement inclusive et associer toutes les forces vives. L’opposition à fait des propositions en ce sens. Il faut que l’on s’asseye entre Burkinabè, y compris avec les anciens chefs d’État en exil, Blaise Compaoré et Yacouba Isaac Zida, sinon cela n’aura pas de sens. Un pays ne peut pas vivre dans la sérénité quand deux de ses anciens présidents sont exilés.

Il est clair que la fracture entre l’ancien système en exil et l’actuel exécutif est importante, le second passant son temps à accuser le premier d’être de connivence avec les terroristes. Ce sera l’occasion d’un grand déballage, afin que l’on sache la vérité. Et à toutes les étapes, il faudra que tous les acteurs qui ont joué un rôle important dans ce pays soient présents.

Vous êtes-vous réconciliés avec le CDP et d’autres partis de l’ex-majorité, qui étaient vos adversaires en 2014 ?

Le conflit autour de l’ancien article 37 de la Constitution fait désormais partie du passé. Des partis de l’ancien régime siègent aujourd’hui avec l’UPC au sein de l’opposition. D’autres partis de l’ex-majorité sont aux côtés du MPP et gèrent le pouvoir. Cela veut dire que le pardon et la réconciliation sont bel et bien possibles.

Alors que le vote de la diaspora a cristallisé le débat pendant des mois, comment expliquez-vous le faible taux d’enrôlement ?

Les documents demandés aux Burkinabè établis à l’étranger étaient difficiles à obtenir pour la plupart d’entre eux, qui n’avaient pas la possibilité de revenir au pays. Nous pensons que cela était volontaire pour qu’il n’y ait pas une grosse affluence. Et 50 000 personnes enrôlées sur un potentiel de 2 millions d’électeurs, c’est très faible. Le pouvoir en place pensait peut-être que leur vote allait lui être défavorable.

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