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Cet article est issu du dossier «Le Burkina à l'heure de la mobilisation générale»

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Politique

Présidentielle au Burkina : « Nous ferons élire Kaboré dès le premier tour », assure Simon Compaoré

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Mis à jour le 10 juin 2020 à 14h32
Simon Compaoré, président du MPP, à son domicile de Ouagadougou, le 11 mars 2020.

Simon Compaoré, président du MPP, à son domicile de Ouagadougou, le 11 mars 2020. © Sophie Garcia pour JA

Président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, au pouvoir), Simon Compaoré estime que, malgré la situation sécuritaire, les élections doivent se tenir « coûte que coûte ». Et son parti espère bien faire réélire Roch Marc Christian Kaboré dès le premier tour.

Confirmé au début de mars à la présidence du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, au pouvoir), dont il assurait l’intérim depuis le décès, en août 2017, de Salifou Diallo (le président de l’Assemblée nationale avec qui Roch Marc Christian Kaboré et lui-même avaient fondé le parti, en mars 2014), Simon Compaoré, 67 ans, assure vouloir aider le chef de l’État à parachever la mise en œuvre de son programme présidentiel et à briguer un nouveau mandat, mais aussi à consolider le leadership du MPP sur l’échiquier politique national à l’issue de la présidentielle et des législatives prévues le 22 novembre.

Fidèle compagnon de Roch Marc Christian Kaboré, avec qui il s’engage en politique, d’abord au sein de l’Association des étudiants voltaïques en France (actuelle Union générale des étudiants burkinabè) lorsqu’il étudiait l’économie à l’université de Dijon, puis au sein de l’Union des luttes communistes reconstruites (ULCR), Simon Compaoré a été de tous les combats politiques des trente dernières années au Burkina. L’ancien maire de Ouagadougou (1995-2012) et ex-ministre de la Sécurité intérieure (2016-2019) sait que la bataille pour les scrutins de 2020 sera ardue.

Jeune Afrique : Quelles sont vos priorités à la tête du MPP ?

Simon Compaoré : Mon élection est une étape de la vie de notre parti. Le bureau, mis en place en mars 2017, était en fin de mandat. Ce troisième congrès ordinaire [à l’issue duquel il a été élu, le 7 mars] a également pris acte de la stratégie électorale adoptée par le bureau politique national sortant. Nous avons renouvelé ce dernier, en attendant de revoir les statuts et les règlements intérieurs, après la prochaine présidentielle. Ce qui aboutira à la mise en place d’une nouvelle direction du parti. D’ici là, notre mission est d’aider le gouvernement à poursuivre et à mettre en œuvre le programme présidentiel et, surtout, de préparer la victoire du MPP aux élections couplées à venir.

Roch Marc Christian Kaboré au siège européen des Nations unies, à Genève, le 16 octobre 2017.

Roch Marc Christian Kaboré au siège européen des Nations unies, à Genève, le 16 octobre 2017. © Salvatore Di Nolfi/AP/SIPA

Nous escomptons faire élire notre candidat dès le premier tour

Comment comptez-vous « assurer » la réélection du président Kaboré ?

Notre stratégie électorale aborde la manière dont nous devons nous organiser, la structure à mettre en œuvre pour piloter la campagne électorale depuis le niveau national jusque dans les provinces et les villages. Pour la présidentielle, nous savons qui est notre joker, à savoir le président Roch Marc Christian Kaboré. Nous escomptons faire élire notre candidat dès le premier tour. Et pourquoi pas avec un score confortable d’au moins 60 % des voix. C’est une ambition réaliste. On se prépare sur le terrain pour relever ce défi.

Nous avons également défini les critères de choix des candidats aux législatives. Pour ce scrutin, nous visons là aussi la majorité, et, pour nous permettre d’avoir les coudées franches, nous espérons avoir plus d’élus qu’en 2015 [55 députés MPP élus, sur un total de 127 sièges].

Qui est votre principal challenger, l’Union pour le progrès et le changement (UPC), principal parti d’opposition avec 33 députés, ou le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), qui tente de se reconstruire ?

Nous les prenons l’un et l’autre très au sérieux. C’est pourquoi nous nous mobilisons sur le terrain pour maximiser nos chances de succès auprès de l’électorat. Il revient au terrain de commander la manœuvre.

Craignez-vous une alliance de l’opposition ?

Cela n’est pas une priorité pour nous. Nous abordons ces échéances avec sérénité et confiance. Nous nous attendons à une bataille de longue haleine. Cette campagne sera difficile pour nous. Mais nous exposerons nos acquis et nos faiblesses, nous allons nous expliquer, et ce sera aux Burkinabè de juger et de trancher. S’agissant, par exemple, de la fronde sociale, c’est sous le mandat du président Kaboré que les fonctionnaires, toutes catégories confondues, ont bénéficié d’évolutions substantielles de leurs salaires.

Des militaires burkinabè en patrouille (image d'illustration).

Des militaires burkinabè en patrouille (image d'illustration). © DR / Etat-major des forces armées burkinabè

La situation est difficile, mais nous devons coûte que coûte organiser les élections

La situation sécuritaire, qui continue de se dégrader, n’est-elle pas un frein à l’organisation des élections ?

Nous ne sommes pas le seul pays confronté à une telle crise. La situation est difficile, je le reconnais, mais, pour la bonne marche de notre démocratie et la stabilité du Burkina, nous devons coûte que coûte organiser les élections. Ne pas tenir ces scrutins créerait un vide juridique et institutionnel à même de déstabiliser les institutions. Nul ne peut prévoir les conséquences d’un tel scénario sur la vie politique.

Que répondez-vous quand l’opposition critique la mauvaise gestion de la crise sécuritaire ?

La situation sécuritaire actuelpole n’arrange personne, pas même l’opposition. Nous avons besoin de tranquillité pour que le développement soit au rendez-vous. Mais c’est de bonne guerre que l’opposition nous critique. Encore faut-il savoir apprécier les efforts consentis et les conditions difficiles auxquelles sont confrontées nos forces armées. Et malgré la multiplication des attaques meurtrières, je dois dire que notre pays a cultivé une résilience hors du commun.

Comment les déplacés internes, dont le nombre est estimé à plus de 850 000, vont-ils pouvoir participer aux scrutins ?

Je puis vous assurer que nous sommes déterminés à ne laisser personne sur le bord de la route. La participation des déplacés internes pour l’élection du président du Faso et pour celle des députés est une question dont nous discutons avec l’opposition politique. Nous sommes d’accord sur le fait que ces déplacés internes doivent voter. Le consensus est clair sur ce sujet.

La grande interrogation reste de savoir comment les faire participer. Faut-il les enrôler dans leur ancienne circonscription électorale ou faut-il les enregistrer dans leur lieu de résidence actuel ? On pense majoritairement qu’il est plus simple de les faire exercer leur droit là où ils sont.

Pour l’élection des députés, étant donné que les déplacements se font d’une commune à une autre, l’incidence est marginale. Par contre, pour les élections des conseillers municipaux, prévues en 2021, l’enjeu sera important, et nous espérons donc que les choses se seront calmées.

Et qu’en est-il du référendum constitutionnel censé permettre le passage à la Ve République, qui aurait dû être organisé en mars 2019 ?

L’an dernier, lors du dialogue politique, nous avions en effet convenu de consacrer la nouvelle Constitution à travers un référendum. Mais je ne sais pas quand celui-ci aura lieu. Nous avions laissé le choix du moment à la discrétion du chef de l’État. Il avisera en temps opportun. Pour l’heure, la classe politique accorde la priorité à la tenue des élections couplées de novembre. L’écriture d’une nouvelle Constitution fait partie du programme présidentiel et a été élaborée, il reste maintenant à l’adopter. Elle le sera, tôt ou tard.

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