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Cet article est issu du dossier «Science-fiction : ils nous disent l'avenir»

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Science-fiction : ces écrivains africains qui imaginent le monde de demain

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Mis à jour le 03 juin 2020 à 18h15
N.K. Jemisin, Nnedi Okorafor, Sabri Louatah… Autant d’auteurs de fictions d’anticipation qui révèlent les pires travers de notre présent en dépeignant un futur souvent glaçant.

N.K. Jemisin, Nnedi Okorafor, Sabri Louatah… Autant d’auteurs de fictions d’anticipation qui révèlent les pires travers de notre présent en dépeignant un futur souvent glaçant. © Found Image Press/Corbis via Getty Images

La crise que le monde traverse actuellement n’est pas vraiment une surprise : elle était annoncée, non par les cartomanciens mais par des auteurs de science-fiction. Focus sur ces écrivains africains qui voient loin.

Rassembler les sombres éclats du présent pour imaginer le futur : nombreux sont les romanciers qui se sont glissés dans la peau de Cassandre. Franz Kafka avec Le Procès (publié en 1925), George Orwell avec 1984 (paru en 1949), Aldous Huxley avec Le Meilleur des mondes (sorti en 1932) comptent sans doute parmi les plus connus, mais il existe une vaste littérature dite de science-fiction tournant autour de la même question : de quoi demain sera-t-il fait ?

Auteurs anglophones

Riche de nombreux univers, peuplée d’êtres issus de planètes lointaines, illuminée d’incroyables fulgurances, cette littérature fut longtemps le domaine réservé d’écrivains blancs occidentaux. Et aujourd’hui encore, il est quasiment impossible de trouver dans les librairies des romans de SF ou des fictions dystopiques, pour employer un terme à la mode, écrits par des auteurs ou auteures francophones africain(e)s. Mépris pour un genre parfois méjugé, notamment en France ? Manque de vision prospective ? Difficile à dire, mais les choses pourraient bien changer avec l’influence d’auteurs anglophones de plus en plus visibles sur la scène littéraire.

La crise sanitaire que le monde est en train de traverser a mis en lumière le roman du Sud-Africain Deon Meyer, Fever, paru en 2016 (et traduit en français sous le titre L’Année du lion). Dans ce texte prémonitoire, l’auteur imaginait une pandémie provoquée par la rencontre entre un virus humain et un virus de chauve-souris. Il écrivait : « La chauve-souris est malade. Elle a la diarrhée et crotte sur le visage du dormeur, sur ses yeux, son nez ou sa bouche. Maintenant, l’homme a les deux coronavirus dans le sang et ils se multiplient dans ses voies respiratoires. Et leur matériel génétique se mélange. Un nouveau coronavirus est né – un virus qui se transmet facilement et qui cause une maladie très grave. » Cela vous rappelle quelque chose ? Chez Deon Meyer, le nouveau coronavirus tuait 95 % de la population mondiale…

Deon Meyer n’est pas le seul Africain à tenter l’aventure du futur : sa compatriote Lauren Beukes (Moxyland, Zoo City, Les Lumineuses, Les Monstres) s’y essaie, elle aussi. Mais c’est surtout aux États-Unis et au Royaume-Uni que de plus en plus d’auteurs africains-­américains, souvent d’origine nigériane, se propulsent vers l’avenir. Sans être exhaustif, on peut citer Tochi Onyebuchi, Nnedi Okorafor, Tade Thompson, Nora K. Jemisin et quelques autres, récompensés chaque année par les Nommo Awards depuis 2017…

Octavia E. Butler, pionnière visionnaire

Parmi eux, Nnedi Okorafor comme N. K. Jemisin rendent hommage à la pionnière que fut Octavia E. Butler (1947-2006), sans doute l’une des premières auteures de science-fiction à créer des héroïnes noires sortant des stéréotypes du genre. Dans un article de l’Idaho Statement du 8 mai 2020, Hillel Italie écrit ainsi : « [Butler] est aujourd’hui considérée comme une visionnaire qui anticipa nombre des problèmes qui font l’actualité aujourd’hui, du coronavirus au changement climatique en passant par l’élection de Donald Trump. » Dans La Parabole des talents (1998), Butler imaginait ainsi un candidat à la présidentielle américaine de 2032, de droite et peu porté sur la tolérance religieuse, dont le thème de campagne était « Help us to make America great again ». Peut-être Donald Trump a-t-il lu Octavia Butler ?

Aujourd’hui, il faut lire la science-fiction produite par les écrivains d’origine africaine. Que ce soit l’univers politique décrit par le Français d’origine algérienne Sabri Louatah ou les mondes imaginés par les Africaines-Américaines N. K. Jemisin et Nnedi Okorafor. Ils nous tendent un miroir, et nous mettent en garde. Sans doute serait-il sage de les écouter.

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