Économie

Carlos Lopes : « L’Europe doit traiter l’Afrique en adulte »

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 27 juin 2020 à 12h00
L'économiste bissau-guinéen Carlos Lopes

L'économiste bissau-guinéen Carlos Lopes © Eric Piermont / AFP

Conseiller à la présidence de l’Union africaine, l’économiste bissau-guinéen Carlos Lopes veut faire évoluer la relation entre le continent et l’Union européenne.

Depuis le 2 juillet 2018 et le sommet de Nouakchott, l’Union africaine (UA) a très officiellement appointé Carlos Lopes pour l’épauler lors des délicates négociations avec la Commission européenne.

En tant que conseiller à la présidence, l’économiste bissau-guinéen dispose de l’oreille attentive de Cyril Ramaphosa et travaille en étroite collaboration avec la commission dirigée par Moussa Faki. Un avis qui compte à Addis-Abeba et irrite parfois Bruxelles.

Jeune Afrique : Qu’attend aujourd’hui l’Afrique de l’Europe ?

Carlos Lopes : Nous voulons sortir d’une relation asymétrique, entre une partie qui a les moyens, et donc décide des priorités, et une autre qui doit s’adapter. La relation doit changer de mode de fonctionnement. Et nous attendons pour cela de disposer d’un instrument de gouvernance de continent à continent qui aujourd’hui n’existe pas.

Nous ne voulons plus d’une relation centrée sur l’aide mais sur les intérêts communs

Nous ne voulons plus d’une relation centrée sur l’aide mais sur les intérêts communs en matière de commerce, de paix et de sécurité, de migration et de changement climatique. Dans ces quatre domaines sur lesquels nous pouvons introduire des conditionnalités nouvelles, nous devons pouvoir discuter en direct, sans intermédiaire, dans un cadre aux responsabilités bien établies, avec des obligations de part et d’autre selon des engagements mutuels.

Et je constate avec satisfaction qu’après avoir longtemps résisté, la Commission européenne semble prête à en accepter le principe.

Que pensez-vous justement de cette nouvelle commission ?

Les positions prises par Ursula von der Leyen [présidente de la Commission européenne] sont très encourageantes. Elle a réservé son premier déplacement officiel à l’UA et elle est venue à Addis-Abeba avec 23 commissaires, ce qui n’était encore jamais arrivé, pas même à Bruxelles.

Les déclarations de Josep Borrell [haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité] vont également dans le bon sens en ce qui concerne la mobilité et la relation politique entre les deux continents. Maintenant, il reste à mesurer cette évolution de manière concrète.

Et la stratégie africaine présentée à Bruxelles au début de mars ?

Ils ont fait leurs propositions, nous ferons les nôtres, et nous trouverons le meilleur chemin entre les idées des uns et des autres. L’histoire entre nos deux continents est toujours très émotionnelle. Et cela peut rapidement provoquer un déficit de confiance.

Pour éviter cela, il faut traiter l’Afrique en adulte, et j’espère que la nouvelle commission le fera.

L’Afrique peut-elle se passer du soutien de l’UE ?

Les Africains ont toujours regardé ailleurs. C’est dans leur intérêt. L’Afrique a actuellement de fortes relations d’un point de vue économique avec la Chine. Et il est dans son intérêt de les maintenir, car elles injectent beaucoup de capital et provoquent donc d’importantes transformations à travers le continent.

Mais cela ne se fait pas au détriment de l’Europe. Au contraire, nous aimerions qu’elle soit, en matière de progression de ses investissements et de ses échanges commerciaux, au même niveau que la Chine.

L’UE ne semble pas saisir l’opportunité apportée par la pandémie pour voir au-delà

Qu’est-ce que l’Europe devrait faire pour redonner confiance à l’Afrique et montrer qu’elle est bien le partenaire particulier qu’elle assure être ?

Elle semble déjà ne pas saisir l’opportunité apportée par la pandémie pour voir au-delà. Peut-être devrait-elle simplement écouter les dirigeants de certains de ses pays membres, partager par exemple l’enthousiasme pour l’Afrique que semblent vouloir communiquer Angela Merkel et Emmanuel Macron aux acteurs économiques de leurs pays.

Même si le rôle le plus important reste tenu par la Commission. C’est la direction que prendra Bruxelles qui permettra de combler ou non ce déficit de confiance.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3094_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte