BTP & Infrastructures

Eiffage plaide pour « des consortiums compétitifs face aux groupes chinois »

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Mis à jour le 17 juin 2020 à 15h59
Chantier du terminal gazier du champ Grand Tortue Ahmeyim pour BP Sénégal-Mauritanie

Chantier du terminal gazier du champ Grand Tortue Ahmeyim pour BP Sénégal-Mauritanie © Eiffage

Présent au Sénégal depuis 1926, le groupe français a étendu sa présence en Afrique de l’Ouest, sa principale zone d’activité à l’international. Il vise particulièrement les chantiers liés à l’énergie.

Troisième groupe français de BTP derrière Vinci et Bouygues, Eiffage a étendu son empreinte ouest-­africaine à partir du Sénégal, où il est établi depuis près d’un siècle. Alors qu’il achève les travaux du TER Dakar-Diamniadio, il commence ceux du mégaprojet gazier de Grand-Tortue, au large du Sénégal et de la Mauritanie. À Abidjan, il poursuit ceux du pont Félix-Houphouët-Boigny, après avoir livré, à la fin de 2019, le terminal portuaire ghanéen de Tema. Pour poursuivre sa croissance, le groupe mise sur le développement d’infrastructures liées à l’électrification, indiquent à JA Ludovic Duplan, son directeur général international à l’énergie, et Guillaume Sauvé, son président de la branche génie civil.

Jeune Afrique : Le Sénégal constituait, il y a quelques années encore, le seul bastion d’Eiffage en Afrique. Estimez-vous avoir réussi votre développement au-delà ?

Guillaume Sauvé : La majeure partie de nos revenus à l’international est réalisée en Afrique. Ces marchés sont complexes et de plus en plus concurrentiels. C’est projet par projet que nous nous développons dans les pays, chaque fois sur des ouvrages qui nous permettent de combiner une technicité particulière avec du génie civil : usines de dessalement, de traitement d’eau et de déchets, barrages hydrauliques…

Les projets prospectés sont représentatifs de ceux sur lesquels nous avons déjà travaillé. Après le barrage ivorien de Singrobo-Ahouaty, nous regardons de près tous les projets liés à l’hydroélectricité. Notre développement dépend de notre capacité à, chaque fois, associer des équipes locales avec des experts venus d’ailleurs. C’est ce que nous réalisons avec succès sur le chantier de la digue du projet gazier Grand-Tortue, pour laquelle nous devons immerger à 10 km en mer une vingtaine de caissons aussi gros que l’Arc de Triomphe.

Ludovic Duplan : Les états veulent densifier les réseaux de transmission d’énergie et accélérer la distribution dans les villages. Le Sénégal, où nous venons de livrer l’une des premières fermes éoliennes d’Afrique de l’Ouest, est très avancé dans le domaine ; la Côte d’Ivoire s’est mise en ordre de marche ; le Bénin et le Togo suivent. Avec nos centrales clé en main, nous sommes bien positionnés.

Ludovic Duplan, directeur général international à l'Énergie, Eiffage

Ludovic Duplan, directeur général international à l'Énergie, Eiffage © Jean Chiscano/Eiffage

Nous n’opérons que sur des projets qui, au plus fort de la crise, ont été considérés d’utilité publique

Pensez-vous qu’après la crise la commande publique se maintiendra ?

G.S. : Nous ignorons ce qui se passera dans les prochains mois et s’il y aura toujours des projets sur la table. Nous espérons qu’il n’y aura pas de pause dans les investissements. Nous cherchions à construire des hôpitaux : l’importance de ce marché va peut-être grandir.

L.D. : À la différence de ce qui s’est passé en France, où l’activité s’est complètement arrêtée, nous avons maintenu nos chantiers africains, ce qui facilite le redémarrage. Nous ne sommes que sur des projets liés à l’électricité, à l’eau, au traitement de déchets et qui, au plus fort de la crise, ont été considérés d’utilité publique.

CA annuel

CA annuel © Jeune Afrique

Vous avez commencé en avril le chantier de Grand-Tortue. Son entrée en exploitation devrait être retardée. Cela en affecte-t-il la construction ?

G.S. : Le projet continue. Nous nous adaptons aux décisions prises par BP, notamment aux ajustements demandés. L’économie du gaz et du pétrole n’est plus ce qu’elle était. Quand vous perdez trois ou quatre mois dans un projet maritime, vous vous retrouvez avec des conditions météorologiques bien moins favorables. Et il faut attendre encore plusieurs mois.

Vous détenez pour vingt ans la concession de l’autoroute Dakar-Diamniadio. Les autorités comptaient renégocier à la baisse le prix du péage. Allez-vous accéder à leur demande ?

G.S. : Il peut toujours y avoir des ajustements, mais il faut que cela soit équilibré. Rien n’interdit que les deux parties fassent évoluer leur contrat, c’est habituel pour ce type de concession.

Guillaume Sauvé, président de la branche Génie civil, Eiffage

Guillaume Sauvé, président de la branche Génie civil, Eiffage © Olivier Seignette/Eiffage

Nous serons attentifs aux opportunités dans les pays où nous sommes déjà intervenus

Regardez-vous d’autres dossiers autoroutiers ?

G.S. Nous serons attentifs aux opportunités dans les pays où nous sommes déjà intervenus. Cela ne peut fonctionner que si la confiance et le dialogue avec les autorités sont au rendez-vous. Le fait que nous soyons présents sur l’ensemble des segments de la chaîne de valeur, en matière de conception, de construction et d’exploitation, nous permet d’être compétitifs.

Le nom d’Eiffage circulait pour une entrée au capital de l’aéroport international Blaise-Diagne, de Dakar. Êtes-vous intéressés ?

G.S. : Ce secteur est encore plus compliqué que ceux des autoroutes et de la construction. Le trafic aérien est l’une des activités qui souffre le plus de la crise. On se demande si l’équilibre économique de ce projet peut être tenu.

Vous avez concouru l’an dernier pour des barrages au Gabon et en Guinée-Bissau remportés par Sinohydro. Comment vous positionnez-vous face à la concurrence de ces géants qui bénéficient des aides d’Eximbank ?

G.S. : Nous devons bâtir des consortiums capables de mobiliser des financements et d’être compétitifs. Eximbank constitue un vrai outil pour les groupes chinois. Côté français et européen, d’autres instruments peuvent être mobilisés. Mais répondre à une offre coûte plusieurs millions d’euros à chaque fois. Nous ne le ferons que si nous avons nos chances.

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