BTP & Infrastructures

Transsaharienne : l’Algérie ouvre la voie

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L’autoroute de 4500 km entre Alger et Lagos permettra d’augmenter les échanges intra-africains. Ici près de la wilaya d’Aïn Defla, en Algérie.

L’autoroute de 4500 km entre Alger et Lagos permettra d’augmenter les échanges intra-africains. Ici près de la wilaya d’Aïn Defla, en Algérie. © ANDBZ/ABACA

L’achèvement d’un tronçon stratégique dans les gorges de la Chiffa donne un coup d’accélérateur décisif au projet – né il y a plus de cinquante ans – de route reliant Alger et Lagos.

Sept petits kilomètres. C’est la taille du segment de l’autoroute situé entre Haouch Messaoudi et Médéa qui doit être livré dans les prochaines semaines. Si cette section focalise autant l’attention, c’est qu’elle est la dernière du tronçon Chiffa-Berrouaghia (53 km), le plus stratégique de la voie rapide en cours de réalisation entre Alger et El Menia, sur plus de 800 km, essentiellement en doublant la route nationale 1. Se ferme ainsi un chantier important de la Transsaharienne, qui doit un jour relier Alger à Lagos, grâce à une autoroute de 4 500 km, dont 2 500 en Algérie.

Traverser cette région montagneuse, où les routes sinueuses des gorges de la Chiffa ont toujours constitué un goulot d’étranglement entre l’Algérois et le sud du pays, représentait un grand un défi technique. Pour y parvenir, 5 km de tunnels et 14 km de ponts et viaducs, dont les piles les plus hautes atteignent 70 m, ont été réalisés depuis avril 2013 par China State Construction Engineering Corporation, notamment associé aux groupes publics algériens Sapta et Engoa. Habitué de l’Algérie, le géant chinois du BTP y a conçu depuis 1982 des dizaines de milliers de logements, des barrages, des portions d’autoroute, la grande mosquée d’Alger ou encore l’extension de l’aéroport de la capitale.

Six pays reliés

Le délai de réalisation du tronçon entre Chiffa et Berrouaghia, fixé à l’origine à trente-six mois, a depuis longtemps été dépassé. Le coût du chantier – 608 millions d’euros initialement – a aussi été revu à la hausse, même si le montant de la nouvelle enveloppe n’est pas connu. Les retards et surcoûts ont régulièrement provoqué l’ire des autorités, obligeant depuis 2017 les constructeurs à livrer les segments dès leur achèvement. L’un des plus importants, entre Sidi Madani et Hamdania (12,5 km), dont les tunnels font la jonction entre les wilayas de Blida et de Médéa, a été ouvert au public en juillet 2019.

Une bonne nouvelle pour les automobilistes

L’achèvement du projet est une bonne nouvelle pour l’Algérie, notamment pour les automobilistes de la vallée de la Chiffa – environ 20 000 par jour –, qui vont y gagner près d’une heure. Comme prévu dans le Schéma national d’aménagement du territoire (Snat), l’autoroute nord-sud, dont 300 km sont encore en travaux, rejoint à Alger l’autoroute est-ouest (1 216 km), livrée depuis 2008, et les ports que cette dernière dessert.

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C’est aussi une bonne nouvelle pour l’Afrique, assure Mohammed Ayadi, secrétaire général du Comité de liaison de la route transsaharienne (CLRT), qui compte six pays, puisque si l’artère principale de cette voie traverse l’Algérie, le Niger et le Nigeria plusieurs embranchements rejoignent le Mali, la Tunisie et le Tchad. « Une étude de faisabilité montrait il y a dix ans que les opérateurs du nord du Niger et du nord du Mali, qui feraient passer leurs marchandises par la transsaharienne depuis les ports méditerranéens plutôt que par le golfe de Guinée, feraient l’économie de onze jours », indique-t-il.

Changer de paradigme

Le Nigeria et la Tunisie ont achevé leurs portions, parfois en double voie, et « en général sur leurs propres budgets », comme l’Algérie (où il reste 200 km de routes à bitumer en direction du Mali), précise Mohammed Ayadi, alors que le Mali, le Niger et le Tchad ont recours à des institutions financières internationales. Parmi les dernières à devoir être achevées, la section Arlit-Assamaka (225 km, Niger) devrait être livrée cette année par ETPBHGT (Algérie) et Gepco (Niger).

Tout cela, veut croire Mohammed Ayadi, « vient accompagner la volonté des chefs d’État d’augmenter le volume des échanges intra-africains, qui demeure faible (3 %), au moment où l’accord portant création de la Zleca est entré en vigueur et où l’Algérie, soucieuse de changer de paradigme dans son approche du développement économique, donne les signaux d’une plus grande ouverture vers le continent ».

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