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Isabel dos Santos mobilise son dernier carré de fidèles

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Depuis son départ de Luanda à la mi-2018, la milliardaire angolaise vit à Londres. Ici, en janvier 2020.

Depuis son départ de Luanda à la mi-2018, la milliardaire angolaise vit à Londres. Ici, en janvier 2020. © Toby Melville/REUTERS

Visée par des enquêtes pour détournement de fonds publics en Angola et au Portugal, la fille aînée de l’ex-président José Eduardo dos Santos organise sa riposte depuis Londres et Paris.

Malgré des rumeurs la disant à Moscou et des déplacements récents à Lisbonne, Isabel dos Santos semble avoir choisi Londres, où elle s’est installée depuis son départ de Luanda à l’été 2018, comme quartier général. Son père vit, lui, depuis avril 2018 à Barcelone, où il observe le plus strict silence tout en demeurant un soutien indéfectible de sa fille aînée. La femme d’affaires, qui a fêté ses 47 ans en avril, s’appuie aussi sur son mari, le collectionneur d’art congolais Sindika Dokolo, monté au créneau à ses côtés en début d’année pour contrer les révélations du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) dans le cadre des « Luanda Leaks ».

Défense sur les réseaux sociaux

Depuis l’arrivée au pouvoir, en septembre 2017, de João Lourenço, successeur de son père à la présidence angolaise, et le début de ses tracas judiciaires, Isabel dos Santos a fait des réseaux sociaux son premier moyen de défense. Elle y travaille son image via de fréquents messages mettant en avant la réussite de ses entreprises, son analyse de la situation économique de l’Angola, ses réflexions sur le monde de l’après-coronavirus. Les contre-attaques face aux accusations, sur Twitter, et les photos de famille, sur Instagram, sont plus ponctuelles. Les autres interventions sont gérées depuis plusieurs années par l’agence de relations publiques portugaise LPM Comunicação, et plus précisément par sa directrice générale, Catarina Vasconcelos, professionnelle de la communication disposant de plus de vingt années d’expérience.

Un bataillon de pointures du droit est mobilisé pour la défendre

C’est toutefois à un nouvel acteur, l’agence de relations publiques anglaise Powerscourt, spécialisée dans la gestion de crise et de réputation, qu’Isabel dos Santos a eu recours pour l’envoi, les 12 et 26 mai, de deux communiqués accusant la justice angolaise de s’être appuyée sur des documents falsifiés pour geler ses avoirs. Au sein de Powerscourt, créé en 2004 par l’ancien journaliste économique du Sunday Times Rory Godson, la directrice associée Victoria Palmer-Moore, passée par UBS, Merrill Lynch et Morgan Stanley, a supervisé l’opération. Il est à noter que Rory Godson est également l’un des principaux conseillers en communication du financier franco-ivoirien Tidjane Thiam.

Sur le volet communication comme sur le volet juridique, celle qui était surnommée « la princesse » en Angola a l’habitude de s’entourer des meilleurs conseils. C’est plus que jamais le cas en cette période difficile. Un bataillon de pointures du droit est mobilisé pour la défendre. Dans le dossier le plus médiatique, celui des « Luanda Leaks », Isabel dos Santos a mandaté le prestigieux cabinet anglo-saxon Schillings, expert de la gestion de crise (cyberattaques, demandes de rançon, saisie d’actifs, campagnes de diffamation…) et connu pour ses clients VIP comme Cristiano Ronaldo, le couple princier Harry et Meghan Markle, et la romancière J. K. Rowling (saga Harry Potter).

Une victoire dans le dossier Oi

Selon nos informations, à la fin de février, soit un mois après la publication des « Luanda Leaks », Gillian Duffy, associée du cabinet spécialisée en différends commerciaux offshore et protection de la vie privée, et Simon Brown, expert associé en gestion de la réputation, ont engagé la riposte. Dans une lettre adressée à la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAF), structure présidée par l’avocat français William Bourdon qui a permis la transmission des « Luanda Leaks », ils demandaient à avoir accès à l’ensemble des documents, invoquant l’article 15 du Règlement général sur la protection des données (RGPD) relatif au droit d’accès de la personne concernée. Un mois plus tard, ils recevaient toutefois une fin de non-recevoir de la part de PPLAF au motif que l’article invoqué ne s’applique pas aux activités journalistiques et assimilées.

Le recentrage de sa défense juridique illustre sa difficulté à disposer de soutiens ouverts dans le monde lusophone

En attendant d’éventuelles suites dans cette affaire, Isabel dos Santos a récemment enregistré une victoire dans un autre dossier, celui qui l’oppose au groupe brésilien Oi, ex-actionnaire à ses côtés de l’opérateur de téléphonie angolais Unitel. Les deux parties, qui s’opposent depuis plusieurs années sur le versement de dividendes, ont vu leur différend tranché en 2019 par un arbitrage en faveur d’Oi. Mais la décision est contestée par Isabel dos Santos, qui s’oppose à son exécution (règlement de plusieurs centaines de millions de dollars) et a fait appel. Dans ce cadre, un tribunal des îles Vierges britanniques, où la sentence pouvait s’appliquer, a déclaré recevable une partie de ses arguments à la fin de mars. Avant la pandémie de Covid-19, un tribunal de cette juridiction devait se prononcer en juillet et l’audience de révision de l’arbitrage, menée à Paris, était prévue pour décembre.

Encore du poids dans les télécoms

Dans cette affaire, si des avocats aux îles Vierges britanniques (Tamara Cameron et Yegâne Güley, de Walkers) et à Londres (Jonathan Adkin, de Serle Court, et Michelle Duncan, de Joseph Hage Aaronson) sont à pied d’œuvre, c’est le bureau parisien du cabinet Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan qui est en première ligne, préparant le recours en révision. Mandaté dès le début du différend, il avait été remercié par Isabel dos Santos en 2015 au profit de deux cabinets ibériques (le portugais PLMJ et l’espagnol Uría Menéndez), avant d’être finalement rappelé après le rendu de l’arbitrage défavorable pour le contester. Vu son importance, le dossier est conduit par deux associés chevronnés, Philippe Pinsolle, à Genève, et Isabelle Michou, à Paris, avec le concours de trois autres membres du bureau parisien du cabinet.

Le recentrage de la défense juridique à Londres et à Paris illustre la difficulté d’Isabel dos Santos à disposer de soutiens ouverts dans le monde lusophone. Cette perte d’influence se double de la réduction de sa fortune, estimée par Forbes à 1,5 milliard de dollars en avril, au-dessous de son niveau de 2013 (2 milliards) – qui lui avait valu d’être sacrée par le magazine première Africaine milliardaire – et du pic de 2014 (3,7 milliards).

Sur le plan politique, les soutiens aux dos Santos se font officiellement rares

Au Portugal, Isabel dos Santos semble encore avoir du poids dans le secteur des télécommunications. Actionnaire du groupe de premier plan NOS, elle a, au début d’avril, reçu le soutien de son coactionnaire, la société Sonaecom, qui a annoncé contester la décision du gel de ses actifs au motif que celle-ci la pénalise aussi injustement. Par ailleurs, si trois membres du conseil d’administration de NOS proches d’Isabel dos Santos ont dû quitter leur poste, les trois nouveaux entrants – José Carvalho de Freitas, Ana Rita Cernadas, Cristina Maria de Jesus Marques – ne lui sont pas étrangers, ces deux derniers ayant officié au sein de sociétés dans son giron (Santoro Finance et Fidequity).

Isabel dos Santos aux côtés de son époux Sindika Dokolo, au Portugal en mars 2015 (photo d'illustration).

Isabel dos Santos aux côtés de son époux Sindika Dokolo, au Portugal en mars 2015 (photo d'illustration). © Paulo Duarte/AP/Sipa

Statut de quasi-opposants

À Lisbonne, la femme d’affaires peut aussi compter depuis des années sur certains fidèles, dont le juriste José Miguel Júdice, fondateur du cabinet PLMJ qu’il a quitté à la fin de 2019 pour se consacrer à l’arbitrage international, et sur certains alliés, notamment l’avocat Daniel Proença de Carvalho, ancien président du cabinet Uría Menéndez-Proença de Carvalho. Historiquement, la famille dos Santos bénéficie de sa proximité avec nombre de personnalités politiques, dont l’ex-président de la Commission européenne José Manuel Barroso, aujourd’hui président non exécutif du CA de Goldman Sachs.

En Angola, la situation est moins lisible. Face à la pression des autorités, l’agence LPM Comunicação, qui dispose de relais à Luanda, et, selon des informations parues dans la presse locale, l’avocat Sérgio Raimundo, défenseur de plusieurs personnalités incriminées dans le cadre de la lutte contre la corruption, poussent discrètement leurs pions au nom d’Isabel dos Santos. Sur le plan politique, les soutiens à l’ancien président dos Santos (et par ricochet à « la princesse ») se font officiellement rares. Le général « Dino » (Leopoldino Fragoso do Nascimento), très proche de José Eduardo dos Santos, ne semble plus prendre la peine de se rendre à Barcelone. Au sein du MPLA, s’il y a de nombreux mécontents de João Lourenço, aucun n’a encore franchi le cap d’un soutien affiché aux dos Santos, devenus de quasi-opposants à l’exécutif.

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