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Cet article est issu du dossier «Le Burkina à l'heure de la mobilisation générale»

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Iron Biby, Koala et Zango, les trois champions qui font rêver le Burkina

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Mis à jour le 17 juin 2020 à 11h00
Les athlètes burkinabè Marthe Koala, Iron Biby et Hugues Fabrice Zango.

Les athlètes burkinabè Marthe Koala, Iron Biby et Hugues Fabrice Zango. © H. Ammar / SIPA/AP ; O. Demaismont/AFP; A/ Diboni/Icon Sport

Peu performant dans les disciplines collectives, le Burkina Faso se console avec les trajectoires individuelles de quelques champions de très haut niveau.

Depuis la qualification surprise des Étalons en finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2013, les supporters burkinabè ont rarement vu leurs équipes nationales briller à l’international. En football comme dans les autres disciplines, le Pays des hommes intègres doit composer avec tant de priorités budgétaires que le ministère des Sports et des Loisirs dispose de peu de moyens pour pérenniser les infrastructures, les compétitions, les formations ou les bourses.

Il reste alors l’incarnation individuelle, comme celle de l’ex-­champion d’Afrique de boxe Nabaloum Dramane, dit Boum-Boum, ou celle de l’as du ballon rond Bertrand Traoré, qui figure dans l’actuel top 30 des footballeurs les mieux rémunérés de France.

Pourtant, dans des sports moins médiatisés, trois athlètes burkinabè collectionnent les médailles et les records : Marthe Koala, Iron Biby et Hugues Fabrice Zango. Portraits.

Marthe Koala, coureuse déterminée

Marthe Kaola, la spécialiste de l'heptathlon, lors d'une épreuve de saut en longueur, à Doha en 2019.

Marthe Kaola, la spécialiste de l'heptathlon, lors d'une épreuve de saut en longueur, à Doha en 2019. © Hassan Ammar/AP/SIPA

Au début de février, au meeting Elite de Metz en salle, Marthe Yasmine Koala bat le record burkinabè du 60 mètres haies avec un temps de 8 secondes 13, remportant par la même occasion l’épreuve de la compétition.

En dehors des distances en haies, l’athlète est une spécialiste des épreuves combinées, en particulier de l’heptathlon, qui, sur deux jours, associe 200 m et 800 m, saut en hauteur, saut en longueur, 100 m haies, lancer de poids et lancer de javelot.

Née le 8 mars 1994 à Bobo-Dioulasso, orientée vers l’athlétisme dès son arrivée au collège, en 2005, Marthe Koala intègre l’équipe nationale en 2009. Après le baccalauréat, elle prend la direction de l’île Maurice pour entrer au Centre international d’athlétisme, où elle bénéficie de conditions d’entraînement de haut niveau et suit un cursus universitaire dans le management des sports.

Patiente et disciplinée, c’est à partir de 2014 qu’elle accumule les récompenses, dont des médailles d’or en heptathlon – depuis les championnats d’Afrique de Marrakech, en 2014, aux Jeux africains de Rabat, en août 2019, en passant par le TNT Express Meeting de Kladno (République tchèque), en 2018. Elle a par ailleurs décroché l’or au 100 m haies et saut en longueur lors des Jeux de la Francophonie d’Abidjan, en 2017.

Parfois confrontée à des conditions décourageantes, comme l’obtention tardive d’un visa européen en 2017 ou, la même année, l’annulation d’une épreuve aux Jeux de la Francophonie d’Abidjan par manque de participants, Marthe Koala ne se laisse pas abattre.

Présente dans de nombreuses compétitions internationales, elle attend toujours de décrocher un titre mondial ou olympique, mais a déjà participé aux Championnats du monde (Pékin en 2015, Londres en 2017) et aux Jeux olympiques (Rio en 2016).

Iron Biby, colosse au grand cœur

Cheick Ahmed Al-Hassan Sanou, alias Iron Biby, champion du monde de « log lift », chez lui, à Bobo-Dioulasso, en 2018.

Cheick Ahmed Al-Hassan Sanou, alias Iron Biby, champion du monde de « log lift », chez lui, à Bobo-Dioulasso, en 2018. © Olympia de Maismont / AFP

Premier Burkinabè à figurer au Guinness Book des records, en 2019, pour avoir soulevé 82 fois une personne de 60 kg en une minute, Cheick Ahmed al-Hassan Sanou, 27 ans, a remporté le 6 avril 2019 à Leeds, au Royaume-Uni, le titre de champion du monde de log lift (discipline qui consiste en un « porté d’épaule » de charges en forme de tronc d’arbre) en soulevant un poids de 220 kg, après en avoir été champion du monde ex aequo en 2018. Le colosse bobolais de 1,90 m, 187 kg et 66 cm de tour de bras espère un jour tirer un avion de la compagnie nationale Air Burkina.

Complexé par sa corpulence pendant son enfance, Cheick Sanou part étudier l’administration des affaires au Canada à l’âge de 17 ans, en même temps qu’il occupe des postes de vigile. À 21 ans, il découvre le powerlifting (« force athlétique »), une discipline proche de l’haltérophilie, mais où les charges sont plus lourdes et les gestes d’une amplitude plus réduite.

« L’homme le plus fort du monde » entend ouvrir un centre sportif à Bobo-Dioulasso

Rapidement, il impressionne et se qualifie pour des compétitions internationales. Devenu « Iron Biby », il domine aujourd’hui ce sport de force grâce à un entraînement quotidien de trois à quatre heures et à une alimentation aussi pantagruélique qu’étudiée – il lui arrive de dévorer huit poulets par jour.

Même s’il utilise des bancs classiques de musculation, l’« homme de fer » aime construire son propre matériel d’entraînement à partir de pneus de tracteurs, de pierres d’Atlas ou de bûches démesurées.

Il tient aussi à transmettre sa passion aux enfants de son quartier, et, sensible à la situation de la jeunesse du pays, « l’homme le plus fort du monde » entend ouvrir un centre sportif à Bobo-Dioulasso. D’ici là, son objectif est d’atteindre un porté d’au moins 230 kg en compétition de log lift.

Hugues Fabrice Zango, triple sauteur et doctorant

L'athlète burkinabè de triple saut Hugues Fabrice Zango lors du Paris Meeting Indoor, le 2 février 2020.

L'athlète burkinabè de triple saut Hugues Fabrice Zango lors du Paris Meeting Indoor, le 2 février 2020. © Anthony Dibon/Icon Sport

Le 2 février, lors du Meeting de Paris, Hugues Fabrice Zango a réalisé une performance de 17,77 mètres, battant son propre record d’Afrique du triple saut en salle et devenant ainsi le quatrième meilleur « performeur » mondial de tous les temps dans la discipline (laquelle consiste à couvrir la plus longue distance possible en sautant à partir d’une marque fixe après une course d’élan et en exécutant une séquence de trois sauts).

Il est le premier Burkinabè à remporter une médaille aux Championnats du monde d’athlétisme

Ce sacre est loin d’être inédit pour l’athlète, qui a obtenu son premier titre d’envergure aux Jeux de la Francophonie de Nice, en 2013, et a été le premier Burkinabè à remporter une médaille aux Championnats du monde d’athlétisme – le bronze à Doha (Qatar), en septembre 2019. Et c’est avec l’or qu’il a conclu les Jeux africains 2019 de Rabat, les Championnats d’Afrique 2018 d’Asaba (Nigeria) et les Jeux de la Francophonie 2017 à Abidjan.

Né à Ouagadougou, le sportif de 26 ans fait la fierté d’un pays qui possède très peu d’infrastructures d’athlétisme et qui n’avait jamais enfanté, dans ce domaine, de champion de niveau mondial. Réputé sérieux, rapide et « élastique », l’athlète de 1,80 m garde la tête froide.

Déjà titulaire d’un master en ingénierie électrique, le sociétaire de l’Artois Athlétisme (Pas-de-Calais, nord de la France) pense à sa reconversion et prépare un doctorat à Lille dans cette discipline académique.

Reste que Hugues Fabrice Zango conserve une marge de progression, incarnée par le record en salle de son coach français, Teddy Tamgho – 15 centimètres de plus que son élève –, et il espère s’imposer davantage lors des Jeux olympiques de Tokyo, en 2021.

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