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Cet article est issu du dossier «Les économies africaines face au coronavirus»

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Mines

RDC – Louis Watum : « Je ne suis pas inquiet pour le secteur des mines »

La mine de cuivre Frontier Sakania, à la frontière avec la Zambie en RDC, le 3 mars 2015.

La mine de cuivre Frontier Sakania, à la frontière avec la Zambie en RDC, le 3 mars 2015. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Pour Louis Watum, patron des miniers congolais, le secteur dispose des ressources et de l’expérience pour résister face à la crise du coronavirus. Alors que la province du Haut-Katanga sort de 48 heures de confinement lié à la détection de trois cas de Covid-19 qui ont voyagé dans un vol Kinshasa-Lubumbashi.

Les groupes extractifs de cette zone minière clef de la RDC, cœur de la filière cuivre-cobalt, redémarrent progressivement leurs activités ce mercredi 25 mars, même s’ils craignent de nouvelles mesures en cas d’épidémie avérée.

Si les cours du cuivre et du cobalt ont moins chuté que celui du pétrole, le prix du métal rouge a tout de même connu une baisse de près de 25 % depuis le début de l’année 2020. Les temps pourraient aussi devenir difficiles pour les compagnies aurifères, essentiellement actives en Ituri, dans le nord-est du pays : le statut de valeur refuge de l’or semble désormais lui aussi menacé, après une chute des cours inattendue depuis le 13 mars, alors que le précieux métal avait bien résisté jusque-là.

Auparavant directeur général de la mine d’or de Kibali – la plus importante du pays – pour Randgold (devenu Barrick), Louis Watum pilote depuis 2014 le mégaprojet de cuivre et de cobalt de Kamoa, mené par le canadien Ivanhoe Mines, avec Zijin Mining et le fonds Citic, tous deux chinois.

Il a été désigné président de la Chambre des mines depuis février 2020. Joint avant le confinement des 23 et 24 mars, il analysait pour JA l’impact de la crise sanitaire sur l’évolution des cours et sur les activités extractives de son pays.

Jeune Afrique : Comment les groupes miniers en RD Congo sont-ils affectés par l’épidémie de Covid-19 ?

Louis Watum : Sur le plan sanitaire, les choses sont abordées avec calme et responsabilité. Avec la Chambre des mines, nous diffusons les informations sur les bonnes pratiques, en lien avec les autorités nationales. Celles-ci ont une stratégie solide de protection des populations, qui prend en compte aussi bien le contrôle des mouvements de personnel au niveau national et international que les règles d’hygiène et de sécurité. L’État et les compagnies minières ont déjà l’expérience de l’épidémie d’Ebola, nous ne sommes pas inquiets.

Le rythme de production du cuivre et du cobalt, qui représentent la principale filière minière du pays, est-il affecté par cette crise ?

Non, la production continue aux mêmes cadences : nous sommes sur la même lancée qu’en 2019, année durant laquelle nous avons extrait 1,4 million de tonnes de cuivre. Des réajustements sont toutefois opérés, notamment concernant le personnel expatrié, le calendrier des cycles de rotation sur les sites extractifs et celui des congés.

Les expatriés chinois sont restés travailler ici quand l’épidémie touchait leur pays, puis ils y sont retournés en vacances.

Quant à ceux qui étaient chez eux à ce moment-là, ils ont prolongé leurs congés jusqu’à ce que les choses aillent mieux. Ils commencent seulement à revenir en RD Congo, notamment chez China Nonferrous Metal Mining [CNMC, qui mène le projet de Desiwa, près de Kolwezi, en coentreprise avec la Gécamines]. Ils respectent cependant strictement les quarantaines imposées : ils doivent être testés négatifs au Covid-19 avant d’être autorisés à pénétrer de nouveau sur les sites miniers congolais.

Y aura-t-il un impact sur le développement de nouveaux projets extractifs, tels que celui que vous menez à Kamoa ?

Pour bâtir l’infrastructure d’une grande mine de cuivre et de cobalt telle que celle de Kamoa, nous avons besoin de certains équipements fabriqués en Chine, dont l’industrie a été à l’arrêt pendant presque un mois à cause du coronavirus. Il y a donc un petit impact sur nos délais, mais les équipements chinois seront produits prochainement et transportés ici, et nous serons prêts à entrer en production en 2021.

Êtes-vous préoccupés par la chute des cours ?

Contrairement aux traders, nous, les miniers, ne nous intéressons pas aux soubresauts des cours, mais plutôt aux perspectives sur le long terme, compte tenu de la durée d’exploitation de nos mines. Sur la durée, les prix du cuivre sont sur une tendance inflationniste, grâce aux plans d’infrastructures massifs de la Chine, mais aussi de l’Europe ou encore du Japon.

Et je ne vous parle même pas de la révolution verte en cours, qui va nécessairement amener une plus grande consommation de cobalt, pour les batteries des véhicules électriques, mais aussi de cuivre. Et cette demande en hausse ne pourra pas être satisfaite par la production des pays sud-américains – Chili et Pérou notamment –, dont les mines de cuivre sont vieillissantes et dont la teneur en minerai est dix fois moins élevée que la nôtre.

Alors qu’on pensait le cours de l’or préservé, il a montré des signes de faiblesse ces derniers jours…

Là encore, ce sont des soubresauts, et je ne suis pas inquiet : l’or reste une valeur refuge. Quand l’économie est en crise, quand il y a des conflits, les gens veulent préserver leurs économies, et il y a un consensus pour acheter de l’or, ce qui fait monter son prix.

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