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Cet article est issu du dossier «Les économies africaines face au coronavirus»

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Politique économique

Coronavirus : « Il faut revoir les règles de la mondialisation »

Siège de l'Uemoa à Ouagadougou (Burkina Faso).

Siège de l'Uemoa à Ouagadougou (Burkina Faso). © Sputniktilt/Wikipedia

Selon Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes français, les gouvernements africains n’ont pas le choix : pour faire face à la crise, ils devront s’affranchir des règles qui prévalent en matière de déficits ou d’endettement.

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes français et co-initiateur, avec le président du Sénégal et le FMI, de la Conférence organisée le 2 décembre 2019 à Dakar sur le thème « Développement durable et dette soutenable : trouver le juste équilibre » estime que la crise sanitaire impose de revoir les règles de la mondialisation, notamment en matière d’endettement.

Jean-Hervé Lorenzi, du Cercle des Economistes

Jean-Hervé Lorenzi, du Cercle des Economistes © JACQUES WITT/SIPA

Jeune Afrique : L’épidémie du Covid-19 commence à se diffuser en Afrique. Par quels canaux va-t-elle affecter ses économies ?

Jean-Hervé Lorenzi : La peur du virus commence à faire de l’effet, et l’Afrique se confine peu à peu. C’est une bonne nouvelle, car ces restrictions permettent de gagner du temps sur la maladie et d’en atténuer la virulence.

Reste que l’Afrique sera inévitablement impactée par le biais de plusieurs canaux. Le premier est la crise sanitaire, contre laquelle le continent est mal armé. Espérons que les paralysies qui s’ensuivront n’auront pas un impact trop lourd. Le second est le canal des matières premières. Les pays africains sont d’importants exportateurs de produits de base. Le ralentissement de la demande internationale en raison de la mise à l’arrêt des capacités productives mondiales les affectera considérablement.

La troisième cause est l’endettement massif des pays riches de l’OCDE, qui aura une contrepartie négative pour l’Afrique. En effet, compte tenu de la rigueur qui leur a été imposée après la crise financière de 2008, ils se montreront moins généreux quand il s’agira de soutenir l’Afrique face aux difficultés dues à l’épidémie.

Que doivent faire les gouvernements africains pour affronter cette crise ?

Il va falloir revoir les règles de la mondialisation, qui ont leurs limites. Et les gouvernements doivent repenser leur développement. Il leur faut retrouver un peu d’autonomie en privilégiant la production locale, mais aussi se libérer des règles qui contraignent leurs investissements au moment où leurs besoins en infrastructures de toutes sortes sont criants.

Il faudra que les pays africains se concentrent sur des investissements massifs dans les infrastructures etc.

Pour amortir le choc du coronavirus, les pays de l’OCDE sont en train d’annoncer qu’ils vont s’affranchir des règles qui prévalent en matière de déficits ou d’endettement. Il faut que les États africains procèdent de la même façon et qu’on les laisse faire. Il faut être lucide : de toute façon, ce sera très difficile pour eux.

Ma conviction est que, pour préparer l’avenir, il faudra que les pays africains et leurs bailleurs de fonds se concentrent plus que jamais sur des investissements massifs dans les infrastructures, les routes, l’énergie, l’eau, la santé, afin de leur permettre d’attirer enfin les capitaux qui leur font défaut.

Certains États africains devraient connaître une récession. Auront-ils besoin d’un accroissement des aides pour la surmonter ?

Cela sera indispensable ! Malheureusement, au sortir de l’épidémie, les habituels pays donateurs risquent d’être trop mal en point pour consentir à cet effort. Ce seront les organismes multilatéraux, comme la Banque mondiale ou le FMI, qui seront en première ligne pour faciliter le rebond.

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