Télécoms

Face aux géants MTN et Orange, Camtel avance ses pions

Le siège de Camtel à Yaoundé

Le siège de Camtel à Yaoundé © MABOUP

Six ans après sa première tentative, l’opérateur camerounais a décroché une licence mobile. Sa patronne, Judith Achidi, peut enfin déployer son plan stratégique sur un marché dominé par MTN, Orange et Nexttel.

Son lobbying a porté. Le 12 mars, Judith Achidi a obtenu trois licences pour Cameroon Telecommunications (Camtel) qu’elle dirige depuis un an et demi.

Les deux premiers titres d’exploitation confortent son monopole sur la téléphonie fixe – une concession provisoire octroyée en 2003 avait expiré en 2007 – et l’infrastructure de transport (12 000 km de fibre optique, l’ADSL, quatre points d’atterrissement des câbles sous-marin et deux téléports vers les réseaux satellites).

Sa principale victoire concerne la licence dans la téléphonie mobile, lui permettant de jouer dans la cour des grands. La précédente tentative, en 2014, s’était soldée par un échec du fait des conflits d’égos. Le régulateur avait estimé que David Nkoto Emane, l’ex-patron de Camtel, n’avait pas qualité pour solliciter une licence pour sa filiale en création. Alors ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey exigeait que l’opérateur s’acquitte d’un ticket d’entrée dans ce marché, comme ses potentiels concurrents, MTN, Orange et Nexttel.

L’histoire ne dit cependant pas si Louis-Paul Motaze, l’actuel grand argentier du Cameroun, s’est cette fois montré coulant.

Le petit poucet veut décoller

Ces faveurs que Yaoundé accorde à Judith Achidi visent à conforter sa stratégie quinquennale, entamée l’année dernière par une « stabilisation » opérée à la suite d’un audit. L’un des boulets que traîne l’entreprise étant une dette de 576,6 milliards de F CFA (879 millions d’euros). Les efforts de recouvrement, notamment auprès de l’État-client, et une bonne tenue des recettes ont permis d’éponger en partie la dette sociale, notamment les cotisations auprès de l’organisme de sécurité sociale.

Une remise en ordre de la facturation des liaisons spécialisées (connexions par fibre optique dévolues aux entreprises et aux administrations) a entraîné un gain de 118 milliards de F CFA. Après la stabilisation, le patronne amorce le « décollage » et se fixe cette année un objectif de 115,2 milliards de F CFA de chiffre d’affaires. Cela passe notamment par la poursuite du recouvrement et une fidélisation de 85 % de plus de 400 000 clients. La campagne commerciale agressive, entamée depuis le dernier trimestre de 2019, ponctuée notamment par une révision des tarifs de ses offres Internet, sera maintenue.

Mais, avec un chiffre d’affaires de 14,45 millions de dollars en 2019, soit 1,52 % de part de marché, Camtel demeure le petit poucet du marché camerounais des télécoms, selon le cabinet d’intelligence économique Omdia.

Le secteur est dominé par MTN avec des revenus de 379,64 millions de dollars (40 %). La filiale du groupe sud-africain est talonnée par celle d’Orange dont le chiffre d’affaires culminait à 347,19 millions de dollars (36,6 %). En dépit du conflit qui perdure entre ses actionnaires, Nexttel (groupe Viettel) s’en sort avec 206,77 millions de dollars (21,8 %).

Judith Achidi doit désormais s’atteler à une réorganisation de Camtel en trois entités commerciales qui devront déboucher sur la création de trois filiales en 2023. Le résultat attendu étant d’éviter un abus de position dominante dans la gestion du réseau de transport qu’utilise également la concurrence.

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