Sécurité

Diomandé Vagondo, le « Monsieur sécurité » d’Alassane Ouattara

Diomandé Vagondo, ministre de la sécurité, à Abidjan le 3 mars 2020

Diomandé Vagondo, ministre de la sécurité, à Abidjan le 3 mars 2020 © Issam Zejly pour JA

Ancien chef d’état-major particulier d’Alassane Ouattara et désormais ministre de la Sécurité, Diomandé Vagondo a vécu toutes les crises qui ont émaillé l’histoire récente de la Côte d’Ivoire. Il raconte.

Alassane Ouattara aurait-il voulu donner l’image d’une grande fermeté qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Nommé le 4 septembre 2019 par le chef de l’État à la tête du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, Diomandé Vagondo n’a aucun mal à imposer le respect avec sa mâchoire carrée et son regard perçant. L’ancien chef d’état-major particulier du président ivoirien goûte pourtant autant l’humour que l’ordre. C’est un militaire disert, qui parle d’une voix douce et aime raconter des anecdotes avec une précision d’horloger.

« Rien dans ma vie ne m’a amené à imaginer que je serais un jour ministre », explique-t-il, alors qu’il nous reçoit dans son bureau du quartier du Plateau, à Abidjan. Originaire de Sokourala, un village du nord-ouest de la Côte d’Ivoire, et fils d’une famille de paysans, il a toujours été fasciné par la prestance des hommes en uniforme.

Militaire chevronné, diplômé de l’École normale supérieure, puis de l’École des forces armées, Diomandé Vagondo, 60 ans, est un fidèle d’Alassane Ouattara, dont il fut l’aide de camp du 16 février 1991 jusqu’à la mort de Félix Houphouët-Boigny, en décembre 1993. « Mes liens avec Ouattara sont familiaux, explique-t-il fièrement. Il est comme mon père. Il a fait de moi ce que je suis. Je lui dois tout. Personne ne me détournera de lui, je lui resterai fidèle jusqu’au bout. »

Entre armée et politique

Le 21 janvier 1991, il revient d’une mission de sécurisation à Yamoussoukro avec le bataillon parachutiste quand il est convoqué par Robert Gueï, alors chef d’état-major. « Je m’attendais à être jeté en prison. J’y suis allé la peur au ventre. Mais, à ma grande surprise, il m’a posé des questions assez personnelles, puis m’a dit : “Ça fait trois mois qu’on enquête sur toi. Le nouveau Premier ministre a besoin d’un aide de camp. Tu ne bois pas, tu ne fumes pas, tu n’as pas de casseroles. Parmi tous les jeunes capitaines de l’armée, tu as le bon profil”. » Le nouveau Premier ministre en question s’appelle Alassane Ouattara.

Entre Alassane Ouattara et moi, il s’est créé une grande complicité, une véritable estime

Aide de camp est un métier à part. Il demande de la discrétion et une confiance absolue. « On pénètre dans le monde politique alors qu’on ne lui appartient pas, explique-t-il. On entend beaucoup de choses dont on n’a pas le droit de parler. On est dans l’intimité de l’autorité que l’on sert. J’étais l’une des premières personnes qu’Alassane Ouattara voyait le matin, et l’une des dernières qu’il quittait le soir. Entre nous, il s’est créé une grande complicité, une véritable estime. »

Témoin de beaucoup d’épisodes qu’il ne pourra peut-être jamais raconter, Vagondo fut présent lors des différentes crises qui ont frappé la Côte d’Ivoire après la mort de Félix Houphouët-Boigny. Henri Konan Bédié, alors président de l’Assemblée nationale, succède à Houphouët, et Ouattara quitte la primature. Vagondo atterrit au Groupement des sapeurs-pompiers militaires (GSPM). « J’ai été traqué par le régime Bédié, se souvient-il. Les services de renseignements me convoquaient régulièrement. Je n’étais pas libre. J’ai passé sept années très difficiles. »

Vagondo dit pourtant ne pas avoir pris part au coup d’État du 24 décembre 1999, qui renversa Bédié en à peine vingt-quatre heures. « Compte tenu de la très grande surveillance à laquelle j’étais soumis, j’ai tout fait pour ne pas y être mêlé », confie-t-il. Dans la nuit du 25 au 26 décembre, il est appelé par Robert Gueï. Le général putschiste l’attend à l’École militaire préparatoire technique (EMPT), à Bingerville. Autour de la table, les acteurs du Comité national de salut public (CNSP), tout juste constitué. « C’est lui ? » « Oui, c’est lui », entend Vagondo alors qu’il se met au garde-à-vous. Il sera chargé par les putschistes de canaliser les soldats encore dans la rue.

Quelques jours plus tard, Gueï fait de lui son aide de camp. À ce poste, il doit gérer au moins deux tentatives de contre-coup d’État. Longtemps, raconte Vagondo, il a cru que Robert Gueï était son oncle. « Ma mère est de Kabakouma, le village dont il était originaire. Mais en fait, nous ne sommes pas de la même famille, ni du même quartier. Peut-être un cousinage éloigné. »

D’aide de camp à chef d’état major

Très vite, Vagondo est suspecté par l’entourage de Gueï d’être un pion d’Alassane Ouattara. En septembre 2000, il est accusé d’avoir pris part au « complot du cheval blanc », du nom de la monture du général retrouvée égorgée après l’attaque de sa résidence par un petit groupe armé. Vagondo est jeté en prison, torturé. Ses compagnons de cellule se nomment Issiaka Ouattara, alias Wattao, Chérif Ousmane ou Tuo Fozié. Pour lui, l’épisode Robert Gueï est un grand gâchis : « Il aurait pu être le Amadou Toumani Touré ivoirien, mais sa gestion a été calamiteuse. »

Si l’élection de Laurent Gbagbo lui permettra d’être libéré, il n’entrera jamais dans les bonnes grâces du nouveau pouvoir. Lorsque la rébellion démarre, en septembre 2002, Vagondo hésite à rejoindre le mouvement, puis renonce. Il demeurera au GSPM jusqu’à la fin de la crise postélectorale, en 2011. Un mois avant la bataille d’Abidjan, il est arrêté par des éléments du « commandant Tracteur », l’un des principaux chefs de guerre présents dans la capitale ivoirienne. On le soupçonne de travailler contre la rébellion et de transmettre des informations au régime Gbagbo, notamment à son ministre de la Défense, Kadet Bertin. Certains veulent en finir avec lui, et Vagondo ne devra sa vie qu’à l’intervention de certains chefs rebelles.

Il est à l’origine de la perquisition du domicile de plusieurs ex-comzones ces dernières années

À la fin de la crise, Alassane Ouattara, avec qui il est resté en contact, le nomme commandant du Groupement de sécurité présidentiel (GSPR), unité chargée d’assurer la sécurité du chef de l’État. Puis en 2013, il en fait son chef d’état-major particulier. Des postes stratégiques auxquels Diomandé Vagondo ne s’est pas fait que des amis. « Il a tout fait pour écarter les anciens rebelles du palais. Il a manœuvré en répandant de fausses informations et il est à l’origine de la perquisition du domicile de plusieurs ex-comzones ces dernières années », assure un ex-responsable des Forces nouvelles, l’ancienne rébellion. « Je n’ai jamais rien eu contre eux, rétorque l’intéressé. Mais c’est vrai que cela n’a pas été facile et que ma nomination ne les arrangeait pas. On a tout fait pour que je ne réussisse pas ma mission. »

A-t-il joué un rôle lors du coup d’État manqué au Burkina Faso, en septembre 2015 ? Devant les juges, le général burkinabè Gilbert Diendéré, l’un des protagonistes, condamné à vingt ans de prison, a affirmé avoir reçu de l’argent et du matériel de maintien de l’ordre de sa part. Vagondo refuse d’aborder le sujet, mais dément toute implication. Il connaît pourtant bien Diendéré : après la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, le Burkinabè était chargé de l’aider dans sa mission de sécurisation du président Ouattara, et lui avait même envoyé soixante éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Le RSP a également participé à la formation des gardes du corps d’Alassane Ouattara.

Le dossier Soro et surtout le Covid-19

Le général Vagondo est désormais au cœur du dispositif sécuritaire ivoirien. Ses hommes participent à l’opération mise en place dans le nord du pays pour renforcer la sécurisation de la frontière avec le Burkina Faso. À la fin de décembre 2019, il fut l’une des personnes chargées de superviser le retour (avorté) de Guillaume Soro à Abidjan. Sous la menace d’une arrestation pour « atteinte à la sûreté de l’État, recel de détournement de deniers publics et blanchiment de capitaux », l’ancien président de l’Assemblée nationale a finalement préféré renoncer.

Depuis, plus d’une quinzaine de ses proches – des députés, des membres de sa garde rapprochée – ont été arrêtés et demeurent en prison sans avoir encore été jugés. L’enquête est toujours en cours, et Vagondo assure ne pas avoir outrepassé son rôle de ministre de la Sécurité.

Si Soro et ses proches le démentent en bloc, lui estime « que tout avait été préparé minutieusement pour que ce retour constitue un problème à gérer pour le gouvernement, et que l’objectif était de créer une insurrection ». « Sinon, pourquoi certains de ses partisans réunis à son quartier général se sont-ils enfermés derrière une porte blindée pour faire des directs sur Facebook en appelant la population à sortir ? » poursuit-il.

Le voici aujourd’hui en première ligne d’une mission inattendue : la gestion de l’épidémie de Covid-19. Si la Côte d’Ivoire est pour le moment relativement épargnée (73 cas confirmés au 25 mars), les autorités ont décidé d’instaurer l’état d’urgence.

Tous les maquis et restaurants sont fermés. Un couvre-feu a été instauré entre 21h et 5h du matin. Les transports sont désormais régulés, les déplacements non-autorisés entre Abidjan et l’intérieur du pays sont interdits. Enfin, les frontières du pays sont fermées. Des mesures qu’il lui revient de faire appliquer.

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