Politique

Burundi : Evariste Ndayishimiye et Agathon Rwasa prêts à s’affronter dans les urnes

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Le dauphin du président Nkurunziza, Evariste Ndayishimiye, et le chef de la principal force d’opposition, Agathon Rwasa, s’affronteront dans les urnes pour la première fois le 20 mai prochain.

Il plane sur l’élection présidentielle du 20 mai un air de déjà-vu. Comme attendu, Évariste Ndayishimiye, porte-étendard du CNDD-FDD, la formation du président sortant, Pierre Nkurunziza, et Agathon Rwasa, chef de file du Congrès national pour la liberté (CNL), la principale force d’opposition, seront les deux poids lourds du scrutin. Leurs dossiers de candidature font partie des six retenus par la Commission électorale le 10 mars, avec notamment celui du premier vice-président, Gaston Sindimwo, qui représente l’Union pour le progrès national (Uprona).

Les deux hommes ne se sont jamais affrontés dans les urnes, mais leurs trajectoires se sont croisées à de multiples reprises – du maquis à l’arène politique – au cours des deux dernières décennies.

Deux anciens maquisards

Jeune diplômé en psychologie poussé à l’exil, Rwasa prend les armes dès la fin des années 1980. Alors qu’il se trouve dans le camp de réfugiés de Kigwa, en Tanzanie, il rejoint les rangs de la rébellion hutue du Palipehutu-FNL (Parti pour la libération du peuple hutu-Forces nationales de libération). Il y monte très vite en grade – jusqu’à en devenir le chef, en 2000 – et jouit d’une réelle aura auprès des combattants, tout en cultivant l’image d’un rebelle intransigeant, qui ne tolère pas la contradiction.

Sa mission n’était alors pas de discuter mais plutôt d’obtenir notre reddition

Diplômé en droit, Ndayishimiye ne prendra quant à lui le maquis qu’en 1995, après avoir échappé à une purge à l’université du Burundi. Il s’engage alors au sein des Forces de défense de la démocratie (FDD), où opère déjà un certain Pierre Nkurunziza.

Agathon Rwasa à Bujumbura.

Agathon Rwasa à Bujumbura. © Landry Nshimiye pour JA

Pour les FDD, la lutte prend fin en 2003. Rwasa, pour sa part, n’acceptera de dialoguer avec le pouvoir burundais qu’en 2006, à Dar es-Salaam. À l’époque, c’est Évariste Ndayishimiye, alors ministre de la Sécurité intérieure, qui est chargé de mener, au nom du CNDD-FDD, les négociations de paix avec le FNL d’Agathon Rwasa. « Sa mission n’était alors pas de discuter mais plutôt d’obtenir notre reddition, comme il l’avait martelé dans son discours à l’ouverture des pourparlers », nuance aujourd’hui l’ancien chef de guerre, passé dans l’opposition politique en 2009 après la fin officielle de la lutte armée.

Le passé trouble de Rwasa

Aujourd’hui, les deux hommes se retrouvent face à face. Dans ce duel d’anciens maquisards aux parcours politiques asymétriques, Ndayishimiye se présente indéniablement dans la peau du favori. Homme du sérail, discret membre du club fermé des influents généraux du CNDD-FDD, « Neva », comme il est surnommé depuis son passage dans le maquis, a été désigné le 26 janvier, après plusieurs mois de suspense.

Son parcours politique est moins tumultueux que celui de son futur adversaire. Depuis la fin de la lutte armée, il a su, au sein d’un CNDD-FDD rompu aux règlements de comptes, rester au centre du jeu. Il a été tour à tour ministre et chef de cabinet du président Nkurunziza, avant d’être propulsé, en 2016, au poste de secrétaire général du parti. En plus de bénéficier de l’appui de la machine CNDD-FDD, dont le maillage sur le terrain – qu’il soit politique ou sécuritaire – n’a pas d’équivalent chez ses concurrents, le général Évariste Ndayishimiye a pour atout de n’être impliqué dans aucun des nombreux dossiers accusant de répression ou de corruption le régime actuel.

Le changement ne proviendra pas du CNDD-FDD, quel que soit son candidat

Pour Rwasa, l’équation est plus complexe. Malgré son statut de principal opposant, voilà plusieurs années que son nom revient lorsqu’on évoque de sanglants épisodes tels que le massacre du bus Titanic Express, en 2000, ou celui de Gatumba, en 2004. Lui a toujours nié son implication et fait valoir son immunité d’ancien rebelle, mais certains de ses détracteurs l’accusent d’avoir rejoint les institutions pour se protéger.

Après la fin de la lutte armée, Agathon Rwasa a présenté une première candidature, à la présidentielle de 2010, avant de se retirer d’un processus électoral jugé frauduleux. Un pari politique qui s’avérera perdant puisque, quelques mois plus tard, il est évincé de la direction des FNL. Suivent alors trois nouvelles années d’exil, avant un retour définitif en 2013.

Militants persécutés

Décrit par certains de ses collaborateurs comme « jusqu’au-boutiste », Rwasa revoit finalement sa stratégie en 2015 : il se porte candidat à la présidentielle – et obtient 19 % des suffrages – puis accepte, dans le tumulte de l’après-scrutin, de « jouer le jeu » des institutions. Élu premier vice-président de l’Assemblée avec des votes du CNDD-FDD, il laissera dans cet épisode une partie de son crédit politique, mais réussira une nouvelle fois à rebondir.

Parviendra-t-il à bousculer le parti au pouvoir et à battre le dauphin de Pierre Nkurunziza ? « Le changement ne proviendra pas du CNDD-FDD, quel que soit son candidat », martèle-t-il. La tâche s’annonce pourtant ardue. Depuis la création officielle de son parti, le CNL, en février 2019, Rwasa n’a cessé de dénoncer la persécution de ses militants par les Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, qualifiée de milice par l’ONU.

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