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« Retours d’histoire. L’Algérie après Bouteflika », de Benjamin Stora : les prémices du Hirak

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Des Algériens manifestent contre le gouvernement à Alger, le 3 janvier 2020.

Des Algériens manifestent contre le gouvernement à Alger, le 3 janvier 2020. © Fateh Guidoum/AP/Sipa

Dans son nouvel ouvrage, l’historien décrypte les nombreux signes avant-coureurs du soulèvement populaire, qui a débuté le 22 février 2019.

Auteur d’une bonne cinquantaine d’ouvrages, dont une très grande majorité consacrée à l’histoire contemporaine de l’Algérie, l’étonnant eût été que le prolifique Benjamin Stora n’écrive pas sur le Hirak. Il a donc sans surprise entrepris de replacer dans son contexte ce mouvement populaire de protestation qui, commencé en février 2019, a obtenu le départ d’Abdelaziz Bouteflika et réclame toujours l’avènement d’un régime pluraliste et démocratique. Était-il judicieux sinon utile d’analyser si vite « une histoire en train de s’accomplir », selon une formule de l’auteur lui-même ? Une histoire dont l’issue est incertaine et dont bien des ressorts ne peuvent être établis avec certitude ?

Les sources, notamment étatiques, ne sont guère accessibles, et le temps de la distanciation permettant un examen critique n’est pas encore venu. Mais on en sait déjà assez, pense Stora, sur les causes du Hirak et sur ses caractéristiques les plus frappantes pour que le regard de l’historien puisse éclairer un mouvement qui remet en question les fondements de la société et surtout d’un régime politico-militaire resté inchangé, pour l’essentiel, depuis 1962. D’autant que le moment est selon lui authentiquement révolutionnaire, tout retour en arrière étant pratiquement exclu.

Enthousiasme

Les pages les plus intéressantes de Retours d’histoire. L’Algérie après Bouteflika sont sans doute celles qui montrent que les signes avant-coureurs du soulèvement étaient nombreux. Qu’il s’agisse des nouvelles aspirations d’une jeunesse de plus en plus individualiste voulant fuir la misère sociale autant que l’ennui du quotidien, de mouvements sociaux mobilisant des représentants des classes moyennes (le corps médical, les enseignants), jusqu’ici peu remuantes, de crises internes au régime concernant aussi bien les « services » que les partis dominants, qui ne pouvaient plus jouer leur rôle de récepteurs de l’information, ou, enfin, de la montée en puissance des « oligarques » profiteurs des marchés publics autour du clan Bouteflika.

L’essai, on l’a compris, n’est ni le plus original ni le plus documenté de l’auteur. Mais il a le grand mérite de faire partager son enthousiasme évident pour le Hirak sans perdre de vue que seuls, comme l’indique le sous-titre, des « retours d’histoire » permettent de ne pas être aveuglé par ce même enthousiasme pour comprendre le présent et s’interroger, autant que possible, sur l’avenir de l’Algérie.

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