Agroalimentaire

Le poulet importé sème la discorde entre l’Afrique du Sud et les États-Unis

Des poulets dans une ferme à Hartbeesfontein en Afrique du Sud.

Des poulets dans une ferme à Hartbeesfontein en Afrique du Sud. © Siphiwe Sibeko/REUTERS

La décision de Pretoria d’augmenter les droits de douane sur les importations de poulets en provenance du Brésil et des États-Unis a relancé un bras de fer en cours depuis 2015.

En Afrique du Sud, la bataille du poulet est relancée. Depuis le 13 mars, le gouvernement a fortement augmenté les droits de douane sur les importations de volailles en provenance des États-Unis et du Brésil, de 37 % à 62 % pour la viande non désossée et de 12 % à 42 % pour la viande désossée. Annoncée par le président Cyril Ramaphosa lors de son discours sur l’état de la nation, à la mi-février, la mesure est portée par le ministre (ANC) du Commerce et de l’Industrie, Ebrahim Patel, et saluée par l’organisation patronale du secteur, l’Association de l’industrie avicole sud-africaine (Sapa).

Selon elle, les importations, qui ont doublé entre 2008 et 2018, engendrent un manque à gagner de 6,5 milliards de rands (351 millions d’euros) par an pour l’industrie locale, qui emploie près de 110 000 personnes mais connaît des difficultés ces dernières années. En novembre dernier, la Sapa s’est engagée auprès du gouvernement à investir plus de 90 millions d’euros en 2020 pour moderniser les usines, relancer la filière et faire face à la concurrence étrangère, accusée de longue date de dumping.

Les États-Unis relativisent l’effet de concurrence

D’où le bras de fer engagé avec les États-Unis, deuxième exportateur de volailles dans le pays (avec 86 000 tonnes en 2018) derrière le Brésil. Sans surprise, l’ambassade américaine à Pretoria, dirigée par Lana Marks, a déploré la décision, soulignant que l’accès au marché sud-africain est « crucial » pour ses producteurs, avec 94 millions de dollars d’exportations de produits avicoles (viande et œufs) en 2018. Les Américains, comme tous les exportateurs, soulignent que la marchandise venant de l’étranger ne représente que 20 % de l’offre totale, relativisant l’effet de la concurrence sur le manque de compétitivité chronique de la filière sud-africaine.

Américains et Sud-Africains ont l’habitude de s’affronter sur le terrain volailler. En 2015, une hausse des tarifs douaniers décrétée par l’Afrique du Sud avait conduit les États-Unis de Barack Obama à menacer d’exclure le pays de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), qui lui permet d’exporter ses produits agricoles outre-Atlantique. Pour sortir de l’impasse, Pretoria avait dû céder, accordant à Washington une exemption de taxe jusqu’à 65 000 tonnes par an, une règle toujours en vigueur.

En août 2018, le sujet est revenu sur la table : après l’annonce par Donald Trump d’une augmentation de la taxation des exportations sud-africaines d’aluminium et d’acier, la Sapa a tenté de supprimer l’exemption de taxe sur les importations américaines de poulets. L’actuel coup de force sud-africain pourrait entraîner des représailles, alors que l’Administration Trump revoit, depuis le début de janvier, l’ensemble des avantages commerciaux octroyés par le pays, appelé « régime de préférences généralisées ». Celui-ci concerne pas moins de 2,4 milliards de dollars d’exportations venant d’Afrique du Sud, soulignent plusieurs acteurs économiques locaux, qui craignent également de voir le prix du poulet grimper pour les consommateurs.

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