Musique

Tiwa Savage, une héritière de Fela Kuti au firmament de la scène afrobeats

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Mis à jour le 24 mars 2020 à 15h49
Tiwa Savage, musicienne, chanteuse et figure de l'afrobeats.

Tiwa Savage, musicienne, chanteuse et figure de l'afrobeats. © VINCENT FOURNIER/JA

Le nom de Tiwa Savage est associé à la scène afrobeats nigériane depuis plus d’une décennie. Mais rares sont ceux qui connaissent les différentes étapes de son ascension.

Si, dans son dernier single – ballade R’n’B teintée d’afrozouk – Tiwa Savage somme un éventuel petit ami de lui prêter plus d’attention, dans la vraie vie, la chanteuse nigériane n’en aura pas manqué au cours de l’année écoulée. Le 2 mai 2019, elle fait une entrée fracassante, à la faveur d’un contrat exclusif, au sein du géant Universal Music.

Quelques mois plus tard, elle met le cap sur moult événements européens – Wireless Festival, au Royaume-Uni ; Afropunk Fest, en France ; ou Oh My! Music Festival, aux Pays-Bas – et, surtout, prépare un quatrième album – dont trois titres ont déjà été dévoilés – ainsi qu’une tournée internationale prévue dans le courant de 2020. Et ce trois ans après sa dernière livraison, Sugarcane, multirécompensée.

Un nouveau cap

À l’époque, celle qui chante en anglais, en yoruba et « un peu en pidgin » appartient encore à l’écurie nigériane Mavin Records, fondée par le chanteur et producteur Don Jazzy. « Faire désormais partie de la famille Universal est une énorme étape vis-à-vis de ma carrière, nous confiait-elle à l’occasion d’un passage éclair à Paris. Ma musique va être distribuée à l’international et toucher un public qui n’écoute pas forcément d’afrobeats. »

À 39 ans, Tiwatope Savage en paraît dix de moins. Une question de look, peut-être, pour celle qui dit ne jurer que par le streetwear. Pourtant, lorsque Edward Enninful, rédacteur en chef du Vogue britannique, fait appel à elle pour un showcase privé à l’occasion d’une soirée, à Londres, en novembre 2019, Tiwa range joggings, baggys et baskets pour une simple veste de smoking blanche, un body noir et des talons aiguilles.

C’est une référence directe à une chanson de Fela sortie en 1978, Shuffering and Shmiling

Ce genre de tenue lui vaut d’être accusée de vulgarité par certaines gazettes people nigérianes… quand ces dernières ne spéculent pas sur son éventuelle relation sentimentale avec Wizkid, de dix ans son cadet. Rumeur qu’elle n’hésite d’ailleurs pas à alimenter sans jamais la commenter. En témoigne un baiser simulé sur scène lors du dernier concert de Wizkid, à Paris. Mais, au-delà des apparences, Tiwa Savage est loin d’être une starlette écervelée. Et comme ses pairs, Wizkid et Davido en tête, elle se dit le fruit de l’héritage de Fela Kuti.

Le premier extrait de son prochain album, intitulé « 49-99 » et écrit avec le rappeur nigérian Olamide, en témoigne. « “49-99” fait référence au fait que beaucoup de Nigérians ont la vie dure. Dans les autobus bondés qu’ils empruntent, il n’y a que 49 places assises. La plupart des gens restent donc debout. C’est une référence directe à une chanson de Fela sortie en 1978, Shuffering and Shmiling, dans laquelle il évoque la pauvreté endémique en parlant de “49 assis, 99 debout”. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Les gens souffrent encore. »

Diplômée en commerce

Autant dire que Tiwa Savage ne fait pas que dans la ballade sucrée. Dans le clip du morceau, réalisé par Meji Alabi, les références à l’histoire culturelle africaine fusent. Tiwa Savage cultive cette identité forte qui lui a valu de nombreuses railleries lorsqu’à l’âge de 10 ans elle a quitté le Nigeria pour Londres. « À cette époque, être Africain n’avait rien de cool. » Quand, après le lycée, cette passionnée de musique décide qu’il est temps de se lancer, elle se heurte au refus catégorique de ses parents. Elle finit par intégrer l’université de Kent, dont elle sort diplômée en commerce et comptabilité avant de commencer à travailler pour la Royal Bank of Scotland. « Cela me sert pas mal aujourd’hui vis-à-vis des contrats que je signe. Il y a aussi la gestion de mes finances. Cela dit, cela ne m’empêche pas d’acheter des choses folles et superchères », sourit-elle.

J’ai appris le jazz et le classique auprès de trompettistes, de violonistes, de trombonistes et j’en passe

C’est en tant que choriste pour de nombreux chanteurs d’envergure internationale que Tiwa Savage revêt la casquette de chanteuse professionnelle. Et ce grâce à un premier casting pour accompagner le chanteur anglais George Michael, alors qu’elle n’a que 16 ans.

Ensuite, les contrats s’enchaînent : Sting, Mary J. Blige, Chaka Khan, Blu Cantrell… Gageons que sa voix chaude, presque de velours, y est pour beaucoup. En 2007, elle sort diplômée de la très prestigieuse Berklee College Of Music de Boston. « Au début, je disais à mes parents que les gens n’avaient pas à étudier la musique, qu’ils devenaient juste des stars. Ils m’ont rétorqué que j’étais africaine, et donc qu’il me fallait étudier, se souvient la jeune femme en s’esclaffant. J’ai passé des auditions, obtenu une bourse. J’ai appris le jazz et le classique auprès de trompettistes, de violonistes, de trombonistes et j’en passe. »

Forte de ses rencontres au sein de l’industrie à New York, elle signe un contrat d’auteur avec Sony/ATV Music Publishing en 2010. Cap sur Los Angeles, où elle écrit pour les chanteuses américaines comme Mya, Fantasia, Monica ou Kat Deluna, tout en côtoyant, en studio, des stars du R’n’B tels Frank Ocean ou Babyface. Femme de l’ombre à l’époque, Tiwa Savage était loin de se douter que son retour au bercail, en 2010, lui ouvrirait les portes du succès. Il ne s’agissait pas pour autant d’un pur hasard. Outre-Atlantique, on lui aurait soufflé qu’il se passait quelque chose au Nigeria avec l’afrobeats. Il ne restait plus qu’à prendre le train en marche.


Un look très personnel

Lanre Da Silva Ajayi, Orange Culture, Bridget Awosika, Lisa Folawiyo : ce sont les quelques designers nigérians que Tiwa Savage dit adorer. « J’ai un look très urbain la plupart du temps. Je suis souvent en baskets. J’aime le look des stars du R’n’B des années 1990 comme TLC ou Aaliyah. Cela ne m’empêche pas de porter des talons de temps en temps. » Tout juste revenue de Londres, elle dit s’être offert des vêtements et des accessoires chez Louis Vuitton, Fendi, Dior mais aussi chez Zara et H&M. « J’ai aussi craqué pour une nouvelle paire de Nike Air Force 1. » Sur un post Instagram, elle apparaît dans une courte robe de soirée blanche dont les manches sont agrémentées de plumes. Une tenue signée David Koma, styliste géorgien installé à Londres. Une paire d’escarpins roses Amina Muaddi aux pieds et, à la main, le minuscule Chiquito Jacquemus en blanc.

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