Musique

Sofiane Pamart, l’ambitieux pianiste du rap français

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Le musicien est issu d’une famille de mineurs.

Le musicien est issu d’une famille de mineurs. © Universal Publishing EazyFeurz

Après avoir obtenu la médaille d’or du Conservatoire de Lille, Sofiane Pamart est devenu le pianiste préféré du rap français.

«Depuis tout petit, je sais que je vais tout péter quand je serai grand. » Sofiane Pamart ne s’excuse pas d’être ambitieux. Après tout, le jeune pianiste a déjà un beau tableau de chasse. À 28 ans, il a collaboré avec les plus grands du rap français : Kery James, Nekfeu, Vald…

« Je suis très à l’aise avec le fait d’avoir de l’ambition. Ce n’est pas de l’arrogance, c’est de l’honnêteté », lâche celui qui s’est même surnommé le Piano King. Rien, pourtant, n’annonçait qu’il monterait un jour sur le trône.

Un pianiste invétéré

À Hellemmes, dans la banlieue de Lille, il ne grandit pas entouré de musiciens, mais dans une famille de mineurs. Ses deux arrière-grands-pères ont creusé la terre pour nourrir les leurs. Son grand-père maternel a même traversé la Méditerranée depuis le Maroc pour donner un peu d’espoir à ses prochains.

Avec le Maroc, je me mets trop de pression

« Le sentiment du sacrifice pour la génération d’après est très fort dans notre famille, comme dans beaucoup de familles d’origine populaire », décrit avec poésie Sofiane, la langue aussi alerte que ses doigts sur un piano. Tout petit, il bluffe ses parents en reproduisant sur un jouet la musique qu’il entend à la radio, lesquels décident de le mettre au piano, car, selon sa mère, c’est « le roi des instruments ».

Très vite, il y excelle et goûte à la reconnaissance qu’il reçoit. Son oncle l’emmène parfois dans les galeries marchandes qui disposent de pianos en libre accès : Sofiane joue, épate la galerie, et l’oncle récupère quelques numéros de téléphone de jeunes femmes… Le jeune garçon n’oubliera pas.

À 7 ans, il entre au conservatoire de Lille, où ses prédispositions naturelles viennent rattraper le manque de régularité dans sa pratique… « J’aimais surtout me dépasser pour les auditions, les concerts. » Comme un champion qui se transcende pour un grand match.

En 2007, c’est la consécration. Il obtient la médaille d’or du conservatoire de Lille pour son interprétation d’Alborada del grazioso, de Ravel, une pièce très technique.

Sans filet

Malgré le prix, il se détourne du classique. Le jeune ambitieux veut jouer ses propres compositions. Il monte un groupe de rap avec des amis d’enfance, avant de se faire repérer et de commencer à collaborer avec des rappeurs aguerris : Médine sera le premier à lui faire confiance, l’entraînant avec lui des studios d’enregistrement jusqu’à la scène de l’Olympia.

Depuis, Sofiane Pamart est devenu le pianiste du rap français. Avec son manteau pink panther chiné à Séoul et ses petites lunettes de soleil bleu électrique, c’est vrai qu’il a davantage le profil d’un rappeur fan de manga que d’un concertiste classique…

En novembre 2019, il a sorti son premier album solo, Planet. Plus besoin des rappeurs, Sofiane Pamart peut s’exprimer sans filet. On y entend aussi bien les inspirations du pianiste canadien Gonzales que celles du Japonais Joe Hisaishi, compositeur des bandes originales des films d’animation de Hayao Miyazaki. C’est à Taroudant, la ville de son grand-père, que la photo de l’album a été prise.

Un premier clin d’œil avant de dédier peut-être un jour une chanson au Maroc, après avoir composé sur la Corée (le titre « Seoul »), le Japon (« Nagasaki ») ou encore la Colombie (« Medellín ») ? « C’est plus facile de composer quand tu as de la distance. Avec le Maroc, je me mets trop de pression… », admet le pianiste, finalement faillible.

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