Politique

Alassane Ouattara : « J’aurais pu manipuler les textes, mais ce n’est pas ma manière de faire de la politique »

Le président Alassane Ouattara, à Abidjan le 9 mars 2020.

Le président Alassane Ouattara, à Abidjan le 9 mars 2020. © C.Ibou.T/Présidence

Le bilan de ses deux mandats, la réforme du franc CFA, ses relations avec Bédié, Soro et Gbagbo… Dans sa première interview depuis qu’il a annoncé qu’il ne briguerait pas sa propre succession, le chef de l’État ivoirien revient sur sa carrière politique et explique les raisons qui l’ont poussé à choisir son dauphin.

En annonçant, le 5 mars, sa décision de ne point briguer de troisième mandat, Alassane Ouattara a surpris tout le monde, à part quelques initiés triés sur le volet. Un acte fort, historique, disent certains, car, pour la première fois en Côte d’Ivoire, un président élu démocratiquement organisera une passation de pouvoirs avec un autre président élu démocratiquement. C’est également une pierre dans le jardin des autres chefs d’État africains qui seraient tentés de jouer les prolongations.

Ce choix, en réalité, le président ivoirien l’avait fait il y a longtemps, dès la promulgation de la IIIe République, avec la Constitution de 2016. Si ses certitudes ont vacillé lors des mutineries de janvier et mai 2017, il ne l’a jamais remis en cause depuis que la situation sécuritaire est revenue à la normale.

Ensuite, il n’a été question que de stratégie. Annoncer trop tôt sa décision comportait de nombreux risques, dont celui de voir son autorité sapée ou d’assister à une guerre d’ambitions néfaste pour l’unité de son camp. Trop tard, et le candidat appelé à représenter le RHDP lors de la présidentielle d’octobre prochain aurait été mis en difficulté, empêché d’asseoir sa légitimité et d’effectuer une campagne digne de ce nom.

Ce candidat, ce sera son Premier ministre et plus proche collaborateur depuis trente ans, Amadou Gon Coulibaly. Dans l’entretien qui suit, le premier accordé depuis son annonce et sans doute le dernier en tant que président, Alassane Ouattara explique pourquoi il a choisi de respecter son engagement et fait de Gon Coulibaly son dauphin.

Il revient également sur ses deux mandats, aborde ses relations avec Henri Konan Bédié et Guillaume Soro, évoque le cas Laurent Gbagbo, revient sur la réforme du franc CFA, se retourne sur son passé et sa carrière politique, mais envisage aussi l’avenir, celui de son pays comme le sien. Il nous a reçus dans son bureau de la présidence le 9 mars pour un entretien de plus d’une heure. Souriant, décontracté et volubile. Presque libéré…

Jeune Afrique : Vous avez annoncé le 5 mars votre décision de ne pas briguer un troisième mandat. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Alassane Ouattara : C’est une décision prise de longue date, notamment depuis l’adoption de la Constitution de 2016, et j’ai eu l’occasion de l’annoncer à plusieurs reprises. Dix ans au pouvoir, cela suffit largement. Et j’ai pour habitude de respecter mes engagements.

Votre position a-t-elle évolué au fil des mois ou des circonstances ? En d’autres mots, avez-vous hésité ?

C’est vrai que j’ai eu quelques appréhensions en 2017, avec les mutineries qui ont ébranlé tout le monde, y compris moi-même. Je me suis dit : « Si nous n’arrivons pas à rétablir la sécurité, est-ce que ce serait dans l’intérêt de mon pays de partir ? » Mais, depuis 2018, nous avons remis les choses en place, le niveau de sécurité est maintenant satisfaisant, les forces de défense et de sécurité sont vraiment professionnelles et républicaines. Par conséquent, il n’y a plus de raison de douter de l’avenir et de la stabilité du pays.

Vous avez un temps lié votre candidature à celles d’Henri Konan Bédié et de Laurent Gbagbo. C’était une menace ?

Disons que c’était une stratégie…

Le président Alassane Ouattara et le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le 12 mars à Abidjan.

Le président Alassane Ouattara et le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le 12 mars à Abidjan. © Présidence ivoirienne

J’aurais pu manipuler les textes, comme beaucoup, mais ce n’est pas ma manière de voir et de faire de la politique

Vous avez déclaré vouloir transmettre le témoin aux générations suivantes. Pensez-vous que cela soit le cas des autres acteurs politiques, que ce soit dans les rangs de votre propre formation comme dans ceux de l’opposition ?

Je l’espère en tout cas. J’estime qu’au XXIe siècle, quand de nombreux chefs d’État de par le monde ont entre 40 et 50 ans, il n’est pas normal que la Côte d’Ivoire continue avec un président âgé.

Votre décision a-t-elle vocation à faire jurisprudence ? On pense au cas d’Alpha Condé en Guinée, à ceux qui ont joué les prolongations avant, à ceux qui y réfléchissent pour demain…

J’aurais pu manipuler les textes, comme beaucoup le font ou souhaitent le faire, mais ce n’est pas ma manière de voir et de faire de la politique.

Non, ma décision est vraiment liée à la situation de mon pays. Je n’ai pas du tout pensé à un autre pays ou à un autre chef d’État, ce n’est pas mon rôle. Chaque nation a ses spécificités. La Côte d’Ivoire a sa Constitution, et je suis le président de la République. C’est vrai que j’aurais pu manipuler les textes, comme beaucoup le font ou souhaitent le faire, mais ce n’est pas ma manière de voir et de faire de la politique.

Vous ne serez pas candidat, et avez décidé de désigner Amadou Gon Coulibaly pour porter les couleurs du RHDP. Pourquoi lui ?

C’est évident ! Le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly est, à mon sens, la personne la plus indiquée. Il a toutes les qualités et les compétences requises, c’est un grand travailleur qui fait par ailleurs preuve de beaucoup d’humilité. Cela fait trente ans qu’il travaille à mes côtés.

Il a occupé toutes les hautes fonctions : après avoir été cadre aux Grands Travaux, il a été mon conseiller technique quand j’étais président du Comité interministériel en 1990 et quand j’étais Premier ministre, jusqu’en 1993.

Enfin, il a été secrétaire général de la présidence, et est à la primature depuis plus de trois ans, avec un excellent bilan.

Il a été le numéro 2 du RDR [Rassemblement des républicains] sous l’autorité d’Henriette Dagri Diabaté, et il est désormais le président du directoire qui supervise la direction exécutive du RHDP [Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix].

Il a également effectué plusieurs mandats de maire et de député. Je le répète : humainement, professionnellement et politiquement, en matière de compétences comme d’expérience, il réunit toutes les qualités nécessaires pour être le candidat naturel de notre formation. Je suis sûr qu’il réussira.

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, et son dauphin putatif, le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly.

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, et son dauphin putatif, le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly. © Thierry Gouegnon/REUTERS

Ce type de révision relève d’une procédure prévue et encadrée par la Constitution elle-même

Comment faire en sorte que le RHDP demeure soudé derrière lui ?

Le RHDP l’est déjà. Je n’ai aucun doute là-dessus. Il est le chef d’équipe aujourd’hui, une équipe unie et compétente, comprenant de nombreux talents.

D’autres cadres du parti, comme Albert Toikeusse Mabri ou Marcel Amon Tanoh, ont fait état de leurs ambitions présidentielles…

J’ai eu des consultations avec de nombreux cadres du RHDP, mais aucun ne m’a informé d’une telle éventualité.

Que va changer la révision constitutionnelle que vous préparez ?

C’est une réforme importante, dont le seul souci est d’améliorer notre Constitution, de pérenniser un modèle de fonctionnement de l’exécutif qui a fait ses preuves et de procéder à des aménagements techniques relatifs à nos institutions.

Il y a d’abord le statut du vice-président. Je suis pragmatique : le titulaire actuel du poste a été choisi par le président de la République, en accord avec l’Assemblée nationale, puisqu’il n’y avait alors pas de Sénat, et cela a bien fonctionné. Je considère qu’il est préférable de continuer avec cette formule, plutôt que d’opter pour un ticket à l’américaine, proposé avant l’élection.

Ensuite, nous avons constaté que la Constitution actuelle est très rigide en ce qui concerne certaines dates et les délais. Par exemple, les mandats des députés et des sénateurs viennent à expiration en décembre 2020, alors qu’il est évident que, même s’il n’y a pas de deuxième tour – ce qui sera le cas, selon moi –, il sera très difficile d’organiser des élections législatives et sénatoriales avant le 31 décembre de cette année. Il s’agit donc de repousser le mandat des parlementaires jusqu’à la prochaine rentrée, en avril 2021. Les élections des députés et des sénateurs se dérouleront donc sans doute au début de 2021.

Enfin, autre point d’importance : la réforme du système judiciaire. Elle vise à consacrer la Cour de cassation et le Conseil d’État comme des institutions de la République, au même titre que la Cour des comptes. Les autres réformes envisagées, suite aux observations du président du Comité d’experts chargé de la rédaction de l’avant-projet de Constitution, consistent en l’aménagement, au redressement d’omissions ou à la reformulation de certaines dispositions.

N’est-il pas délicat de faire de telles modifications à quelques mois de la présidentielle ?

Non, car ce type de révision relève d’une procédure prévue et encadrée par la Constitution elle-même. Il est vrai que, parfois, cela suscite méfiance et suspicion. L’histoire récente démontre, ici comme ailleurs, que ces révisions ont pu servir de prétexte pour pérenniser un pouvoir ou exclure des adversaires du jeu électoral. Le projet qui est soumis – et tout le monde peut le constater facilement – ne s’inscrit nullement dans cette optique.

Il existe aujourd’hui de nombreux points de friction entre le gouvernement et l’opposition concernant le processus électoral. N’est-ce pas inquiétant ?

Je ne sais pas ce que vous appelez « points de friction ». Nous avons organisé deux dialogues politiques. Le premier, qui a duré plus de six mois, était relatif à la CEI [Commission électorale indépendante]. Les discussions se sont bien déroulées jusqu’au moment où un parti important de l’opposition [le PDCI] a décidé de ne plus continuer pour des considérations de politique politicienne. La CEI a été mise en place après ce dialogue, avec la société civile et tous les autres partis qui y ont participé.

Le second dialogue, lui, a porté sur le code électoral, avec des propositions sur le parrainage, la caution et le seuil à partir duquel le candidat obtient son remboursement, ainsi que sur la transhumance des électeurs. Autant d’évolutions qui sont conformes à ce que l’opposition demandait. Après l’adoption de la Constitution, nous allons soumettre le projet de loi modifiant le code électoral au Parlement.

Je précise qu’à l’occasion des discussions nous avons pris en compte les propositions de certains groupes, notamment celui de Pascal Affi Nguessan, au FPI, pour avoir plus d’inclusivité dans la CEI. Il a insisté sur le fait que le PDCI, premier parti d’opposition au Parlement, ne pouvait être absent de la Commission, même si cela était de leur fait. Nous avons accédé à cette demande en attribuant, par ordonnance, un siège au PDCI.

Henri Konan Bédié à son domicile parisien, le 10 septembre 2019.

Henri Konan Bédié à son domicile parisien, le 10 septembre 2019. © Vincent Fournier/JA

Je n’ai aucun problème avec Henri Konan Bédié

Parlons justement du PDCI. Quel est l’état de vos relations avec Henri Konan Bédié ?

Elles sont fraternelles.

Vous vous parlez encore ?

De temps en temps.

Vous avez récemment semblé être favorable à une réconciliation avec lui. Quels en seraient les termes ?

Je ne vois pas les choses ainsi puisque je n’ai aucun problème avec lui.

Lui semble en avoir avec vous…

J’insiste : je n’ai aucun problème avec mon aîné. Il est président d’un parti de l’opposition, il joue son rôle d’opposant, et cela ne saurait en aucune manière affecter nos relations.

Son parti devait faire partie du RHDP, mais il a choisi la rupture, ce n’est pas anodin…

Certes, mais c’est son choix. Je ne souhaite pas remettre en cause le choix de mon aîné.

Vous a-t-il dit s’il souhaitait être candidat en 2020 ?

Je pense que c’est ce qui motivait sa décision de rompre notre alliance.

Tidjane Thiam a récemment quitté le Crédit Suisse. Pourriez-vous faire appel à lui ?

Je connais Tidjane Thiam, mais il lui appartient de dire ce qu’il souhaite faire pour l’avenir.

Pourquoi l’État ivoirien s’oppose-t-il au retour au pays de Laurent Gbagbo dans l’attente de la fin de son procès ?

Parce que, justement, son procès n’est pas terminé.

Pensez-vous que cela puisse déstabiliser le pays ?

Attendons de voir la fin de son procès.

Pourquoi avoir attendu l’annonce du retour de Guillaume Soro en Côte d’Ivoire, en décembre 2019, pour lancer un mandat d’arrêt international contre lui alors que vous étiez déjà informé des faits qui lui sont reprochés, ceux-ci datant de 2017 ?

C’est une contre-vérité. Il pouvait rentrer. C’est lui qui a fait détourner son avion quand il a su qu’il allait être interpellé, comme tout citoyen sur qui pèsent des soupçons d’infraction. Je peux vous dire que les faits qui lui sont reprochés sont très graves.

Où en est l’enquête ?

Elle suit son cours, le plus normalement du monde.

Vos opposants et lui-même prétendent qu’il s’agit là d’une manœuvre pour l’empêcher d’être candidat à la présidentielle. Que leur répondez-vous ?

Rien, puisque les candidatures ne sont pas encore officiellement ouvertes. Je ne suis pas intéressé par sa candidature ou par sa non-candidature. Ce qui m’intéresse, c’est la recherche de la vérité pour que la justice puisse faire son travail en toute indépendance. D’autant que nous parlons de faits d’une extrême gravité, je le répète.

Avez-vous tenté un rapprochement avec lui ces dernières semaines ?

La dernière fois que je l’ai vu, c’était en février 2019, avant qu’il démissionne de la présidence de l’Assemblée nationale. Depuis, il ne m’a plus téléphoné. Donc je n’ai aucun contact avec lui, de son fait.

Alassane Ouattara, Marwane Ben Yahmed

Interview du Président Alassane Ouattara, à Abidjan le 9 mars 2020. © Issam Zejly pour JA

Il faut distinguer la réforme du franc CFA et la mise en place de l’eco par la Cedeao

Où en est la réforme du franc CFA, annoncée le 21 décembre à Abidjan ?

Il était important de clarifier la relation que nous avions avec la France par rapport au franc CFA, même si beaucoup de choses inexactes ont été dites.

Ayant été gouverneur de la BCEAO, j’estimais qu’il était temps de faire un certain nombre de réformes. Nous en avons parlé avec le président Macron et les chefs d’État de l’Uemoa. Ceux-ci m’ont demandé de mener ces négociations avec les autorités françaises. Le résultat est qu’aujourd’hui il n’y a plus de Français au conseil d’administration de la BCEAO, ni au Comité de politique monétaire, ni à la Commission bancaire.

La deuxième réforme concerne nos avoirs placés au compte d’opérations auprès du Trésor français. Ils seront restitués à la BCEAO, qui pourra les gérer en fonction de son programme de trésorerie.

Le compte d’opérations sera donc fermé. Enfin, le nom de la nouvelle monnaie : l’eco remplacera le franc CFA dans le cadre de la Cedeao. Cette évolution se fera par étapes, en fonction des pays qui auront respecté les critères de convergence.

Nous avons, à l’unanimité, préféré maintenir à ce stade la parité fixe vis-à-vis de l’euro, ce qui est une bonne décision car notre commerce se fait en grande partie avec l’Europe.

Nous avons assisté à de petites tensions avec certains pays anglophones, notamment le Nigeria, qui a exprimé ses réticences…

Il faut distinguer deux choses : la réforme du franc CFA d’une part, et la mise en place de l’eco par la Cedeao d’autre part. Le Nigeria n’a rien à voir avec la réforme du franc CFA, qui ne concerne que les huit États membres de l’Uemoa. Dans le cadre de la Cedeao, en revanche, nous avons arrêté des décisions pour les quinze États membres. La réforme doit se faire de manière graduelle, avec les pays qui respecteront les critères de convergence.

Nous devons également nous accorder sur le statut de la Banque centrale fédérale, le régime de change et d’autres éléments techniques. Je peux affirmer qu’il n’y a pas de difficultés avec les autres pays de la Cedeao, y compris le Nigeria.

Lorsque la réforme du CFA a été annoncée, le 21 décembre, cela s’est fait en présence d’Emmanuel Macron. Est-ce que vous comprenez que cela puisse choquer ?

Que certains critiquent ou fassent des commentaires, c’est leur droit. Nous parlons ici de souveraineté monétaire. C’est une question qui relève des chefs d’État, et mes pairs de l’Uemoa m’ont donné mandat pour mener cette réforme et faire signer les textes issus des négociations avec la France, qui est directement concernée par cette réforme. La déclaration faite avec le président Macron à l’occasion de sa visite en Côte d’Ivoire en décembre est conforme à cette réalité. J’ai du mal à comprendre cette polémique…

Y a-t-il des infiltrations de groupes jihadistes dans le nord de la Côte d’Ivoire ? Plus généralement, craignez-vous d’être affecté par la situation sécuritaire de vos voisins, comme le Burkina ?

Nous sommes préoccupés par la situation au Burkina comme au Mali. Nous avons pris des dispositions à nos frontières. Nous sommes solidaires de nos voisins et nous apporterons notre appui chaque fois que cela sera nécessaire.

Continuez-vous à voir l’ancien président burkinabè Blaise Compaoré ?

Oui, je le vois régulièrement. C’est mon ami.

Son retour au Burkina vous paraît-il souhaitable ?

C’est une décision qu’il lui appartient de prendre, avec les autorités de son pays.

Quel bilan tirez-vous de vos deux mandats à la tête du pays ?

J’en suis fier. Je précise tout de même que mon premier mandat a été amputé de cinq mois, quand j’étais reclus à l’Hôtel du Golf, et qu’il me reste encore près de huit mois avant la fin du second. Mais ce que nous avons accompli en neuf ans est impressionnant ! Je l’ai détaillé dans mon discours, et je le dois à l’équipe qui m’a accompagné ainsi qu’aux Ivoiriens, qui ont soutenu la mise en œuvre de réformes importantes. Les résultats sont là, sur le plan économique et social, dans les domaines de la justice, de la sécurité, de la paix, de la cohésion sociale, de la réconciliation et de la diplomatie.

Alassane Ouattara lors de la conférence de presse donnée à la fin de sa visite d'État dans le Hambol, le 30 novembre 2019.

Alassane Ouattara lors de la conférence de presse donnée à la fin de sa visite d'État dans le Hambol, le 30 novembre 2019. © Présidence de Côte d’Ivoire

Je suis vraiment fier de notre bilan. C’est pour cela que je crois à notre victoire à l’élection présidentielle

Avec un taux de croissance de 8 % par an pendant neuf ans, nous avons doublé le PIB de la Côte d’Ivoire sur cette période, c’est exceptionnel ! Le taux de pauvreté, qui était de 51 % en 2011, sera de 35 % à la fin de 2020. Le taux de chômage, au sens le plus large, qui atteignait 40 % en 2011, est aujourd’hui de 20 %. L’école est devenue obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans. Nous avons amélioré les perspectives des jeunes en créant pour eux des programmes d’emploi, ainsi que celles des femmes, grâce à un fonds d’appui. Je ne veux pas jouer les faux modestes : je suis vraiment fier de notre bilan. C’est pour cela que je suis confiant, je crois à notre victoire à l’élection présidentielle d’octobre 2020.

Un chantier préoccupe de nombreux Ivoiriens : la lutte contre la corruption. Qu’est-ce qui a été mis en place par le gouvernement pour combattre ce fléau ?

Nous avons beaucoup fait. Chaque fois que des cas m’ont été signalés, y compris dans la magistrature, j’ai mis fin aux fonctions des personnes impliquées. Néanmoins, nous sommes dans un État de droit, il faut des preuves pour prendre des sanctions. Nous avons donc mis en place la Haute Autorité pour la bonne gouvernance, qui reçoit les dossiers de chaque fonctionnaire et fait un travail de suivi dans ce domaine.

Que voulez-vous que l’on retienne de vous dans dix, vingt ou trente ans ?

Que j’ai mis tout en œuvre pour reconstruire mon pays, pour ramener la paix, pour rassembler les Ivoiriens et pour travailler à améliorer leur quotidien, avec pour ambition de faire de la Côte d’Ivoire un grand pays moderne.

Rétrospectivement, quel a été le plus beau moment de votre carrière ?

Le soir du second tour de l’élection présidentielle, le 28 novembre 2010, quand, à partir de notre système informatique, à l’Hôtel du Golf, j’ai vu que j’atteignais 53 % des suffrages alors que 98 % des bulletins avaient été dépouillés. J’étais sûr d’avoir été élu. C’était un grand moment parce que cela nous avait coûté beaucoup d’efforts et de sacrifices. Nombreux sont ceux qui ont perdu la vie dans ce combat. Enfin, nous allions pouvoir faire pour notre pays ce dont nous avions toujours rêvé.

Et quel a été le plus difficile ?

Quand j’étais à l’ambassade d’Allemagne, le 18 septembre 2002 au soir, et que j’ai dû annoncer à mon épouse, Dominique, à mes amis et collaborateurs ­– nous étions 17 – que les militaires qui avaient été envoyés par le régime avaient assassiné le général Gueï et que mon tour était arrivé. J’avais alors décidé de me livrer, de me laisser assassiner pour sauver la vie des autres. C’est un moment que je n’oublierai jamais.

Certains compagnons, dont je tais les noms, ont voulu m’accompagner pour subir le même sort que moi. Mon épouse était au bord de l’évanouissement. Heureusement, quelques minutes plus tard, j’ai reçu un appel de feu l’ambassadeur Renaud Vignal, qui m’a dit : « Monsieur le Premier ministre, je viens de recevoir un appel du président Chirac, qui m’a demandé de venir vous chercher pour vous amener à la Résidence de France. »

Comment envisagez-vous votre vie après le pouvoir ?

J’ai envie de mettre à la disposition de mon pays, de l’Afrique et même du monde, mon expérience – une expérience nationale, mais aussi régionale et mondiale, puisque j’ai été directeur général adjoint du FMI. Je vais bientôt finaliser les statuts de mon institut pour conseiller en matière d’économie, de gouvernance et d’environnement ceux qui en exprimeront le besoin.

Et sur un plan plus personnel ?

J’aurai enfin le temps de m’occuper de ma famille, de mes enfants et, surtout, de mes petits-enfants. Ce que je n’ai pas pu faire depuis pratiquement un quart de siècle, en raison du combat politique que j’ai mené.

Si vous deviez donner un conseil, et un seul, à votre successeur, quel serait-il ?

De rester lui-même : disponible, travailleur et humble.

Vous parlez d’Amadou Gon Coulibaly ?

Bien sûr, puisqu’il sera élu président ! [Rires.]

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