Dossier

Cet article est issu du dossier «Tunisie : un nouveau départ ?»

Voir tout le sommaire
Société

Tunisie : bienvenue à Liber’thé, rare espace cuturel de la capitale

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 13 mars 2020 à 18h09
Cafés philo ou politiques, expos, scènes ouvertes& le Liber’thé accueille plus d’une dizaine d’événements par mois.

Cafés philo ou politiques, expos, scènes ouvertes& le Liber’thé accueille plus d’une dizaine d’événements par mois. © Med Mhamdi

Lieux de rencontres et de réflexion, d’expression pour les artistes locaux, les cafés culturels donnent un supplément d’âme à la capitale tunisienne. Rendez-vous dans le plus actif d’entre eux.

«Un grand laboratoire ! » C’est ainsi que Ghassen Labidi décrit le café culturel qu’il a ouvert en mai 2011 avec son jumeau, Mohamed Lassaad. L’un ingénieur, l’autre comptable, tous deux sont passés par « la case centres d’appels », où atterrissent nombre de jeunes diplômés, avant de tout plaquer pour ce projet.

Le premier a vendu sa voiture, le second a contracté un prêt à la consommation, et le Liber’thé est né. Situé au cœur du quartier Lafayette, dans le centre de Tunis (55, rue d’Iran), leur café est devenu un pilier de la scène culturelle tunisoise.

Café philo, scène ouverte et cinéma

En guise de déco, des colonnes « graffées » et des tableaux d’artistes sortis des Beaux-Arts de Tunis. En maître des lieux, un chat moucheté auquel on a donné le nom du crème local : Capucin.

Habitués des théâtres et des cinémas de la capitale, les frères Labidi ont voulu rassembler différents groupes et briser l’ambiance moribonde des soirées de ce coin du centre-ville. Cafés philo ou politiques, expos et scènes ouvertes : avec plus d’une dizaine d’événements par mois, le Liber’thé est devenu un lieu de rendez-vous. « On a créé des habitudes, des concepts et même des communautés », se félicite Ghassen Labidi.

Quelques milliers de livres tapissent les rayonnages des bibliothèques qui courent sur deux pans de mur de l’unique salle. On peut les consulter sur place, gratuitement, ou les emprunter, moyennant un abonnement annuel de 30 DT (moins de 10 euros). Et lorsqu’un grand écran descend depuis le haut de l’une des bibliothèques, voilà le Liber’thé transformé en salle de cinéma, avec une centaine de places assises, où documentaires et courts-métrages ont la part belle.

C’est un lieu à la portée de tous, et dès que je vois passer un truc intéressant j’essaie de venir. On manque de lieux mixtes. Ici on se sent à l’aise

Dans la journée, étudiants, universitaires, activistes et journalistes y fourmillent. « Pour que notre société et notre démocratie progressent, et pour que la jeunesse avance sur des fondements solides, il faut un boom culturel à même de faire évoluer les idées », explique Ghassen.

« Notre but est de développer une conscience collective. Un café est un bon point d’entrée pour mobiliser de jeunes citoyens », renchérit Mohamed Lassaad. « C’est un lieu à la portée de tous, et dès que je vois passer un truc intéressant j’essaie de venir », confirme un habitué. « On manque de lieux mixtes. Ici on se sent à l’aise », ajoute une autre.

Une partie des revenus est investie dans la programmation. Les frères Labidi ont créé l’Association culturelle de création et réflexion optimiste (Accro), qui leur permet de soutenir les initiatives culturelles et artistiques, en particulier celles d’une jeunesse « de plus en plus déconnectée de la politique ». Ils consacrent une partie de leur temps à rédiger des projets et à orienter celles et ceux qui viennent avec leurs propres idées. C’est d’ailleurs ce qui permet d’attirer des financeurs – principalement européens – et de voir plus grand.

Plusieurs rendez-vous désormais réguliers y ont éclos, tels que « Murmures à Tunis », une programmation de mini-concerts de musique alternative, filmés pour leur donner de la visibilité, ou encore le festival « Tunis Scène libre », neuf jours de compétition artistique, tous domaines confondus, en partenariat avec d’autres lieux d’arts vivants de la capitale.

Les projets nés derrière les tables de bois du Liber’thé ont également essaimé ailleurs, comme Notre Dame des mots, qui réunit des « femmes écrivains ». Certaines collaborations ont même rejoint la Cité de la culture, mastodonte qui, depuis son inauguration, en 2018, centralise une bonne partie des activités culturelles de la capitale.

Lourdeurs administratives

Mais le Liber’thé reste une exception. Rares sont les cafés culturels tunisois créés dans l’émulation postrévolutionnaire qui sont parvenus à survivre. Ouvert en 2013, le Whatever Saloon, hangar devenu repère de rappeurs et de métalleux, a mis la clef sous la porte en 2016. Le Ser W Kamun, malgré les débats et les projections de qualité qu’il organisait, n’a tenu qu’un an. Même les 700 m2 du café-théâtre L’Étoile du Nord ont été rayés de la carte. Son propriétaire est parti à l’étranger en déplorant le manque de politique culturelle du pays.

« Outre les problèmes de gestion ou d’autorisations, il faut avoir un fonds de roulement, une stratégie marketing et une carapace », souligne Mohamed Lassaad Labidi. Les lourdeurs administratives sont dissuasives. D’autant plus que les cafés culturels n’ont pas d’existence légale dans le pays. Certains songent à se fédérer pour réclamer, enfin, une reconnaissance.

En attendant, le Liber’thé – qui a pourtant reçu le Tanit d’or 2017 du meilleur espace culturel indépendant lors des Journées théâtrales de Carthage – a deux patentes, soit une double imposition, l’une pour le café et l’autre pour l’association.


Au cœur de Tunis

  • El Ali

Ce restaurant traditionnel de la médina, avec salon de thé et belle terrasse, est aussi un café culturel, qui accueille des concerts, du stambéli à la soul (surtout d’avril à octobre).

45 bis, rue Jemaâ-Zitouna

  • Le Rio

Outre sa programmation, ses ateliers artistiques et cours (arts du cirque, tango…), ce ciné-théâtre organise des rencontres et des débats.

92, rue Radhia-Haddad

  • Le 4e Art

Ce théâtre (ancien « Cinéma le Paris », restauré par le Théâtre national tunisien) propose des happy hours musicales intimistes et des cafés politiques.

27, avenue de Paris

  • Ben’s Coffee

Après les concerts, projections et ateliers photo, ce café design du quartier Lafayette organise désormais des soirées foot et karaoké.

36, avenue de la Liberté

  • The Wood

Ambiance karaoké et quelques concerts pour ce lieu chaleureux aux murs de brique.

4, rue de la Palestine

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte