Santé

[Édito] L’après coronavirus

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Mis à jour le 23 mars 2020 à 12h37

Par  Béchir Ben Yahmed

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Le 27 février, un cas de contamination au nouveau coronavirus a été confirmé à Lagos, au Nigeria.

Le 27 février, un cas de contamination au nouveau coronavirus a été confirmé à Lagos, au Nigeria. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Si l’épidémie fait plus de peur que de mal, il faut de suite s’occuper de l’après-coronavirus et de ses effets destructeurs sur les économies.

Je me dois de vous parler encore du coronavirus, qui inspire à beaucoup trop d’entre nous une peur excessive. Il sera vaincu dans trois à quatre mois, mais ses conséquences économiques sont considérables. Nous devrions nous en préoccuper et leur chercher remède dès maintenant.

Il y a trois mois, la plupart d’entre nous n’avaient jamais entendu ce nom ; aujourd’hui, il est sur toutes les lèvres et, sur les cinq continents, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on se pose la même question : comment se protéger de ce mal effrayant et nouveau ?

Garder son sang froid

Trop souvent et un peu partout, l’on donne à cette question des réponses irrationnelles, dictées par une forme de panique. Or, la peur est mauvaise conseillère ; la panique est ce qu’il faut à tout prix éviter. Fermer les frontières, mettre à l’arrêt trains et bateaux, suspendre les liaisons aériennes ne prémunirait pas contre la circulation de ce maudit virus. Pas plus que ne l’arrêteraient des écoles closes et des stades vides.

Il faut garder son sang-froid, combattre ce virus avec fermeté et prendre des précautions pour l’empêcher autant que possible de se propager. Il s’est déclaré en Chine il y a près de trois mois et les Chinois sont déjà parvenus à le contenir et à le faire reculer. Ils ne tarderont pas à en venir à bout.

Si vous interrogez les spécialistes des maladies infectieuses et des virus (fussent-ils les plus méchants), ils vous diront tous ceci : « Non, le nouveau coronavirus chinois n’est pas la pandémie qui anéantira l’humanité. Mais il peut causer malgré tout des dégâts dans nos sociétés.

Non, le nouveau coronavirus n’est pas beaucoup plus dangereux que la grippe saisonnière. Mais, comme elle, il peut tuer les plus fragiles d’entre nous. Oui, la panique provoque plus de catastrophes que le virus lui-même. Mais il faut quand même se protéger contre le risque d’infection ! La bonne nouvelle, c’est que vous ne risquez quasiment rien si vous avez moins de 60 ans et que vous êtes non-fumeur. Mais si vous avez plus de 70 ans et avez des soucis de santé, c’est le moment d’être vigilant !

Regardez les chiffres du navire de croisière Diamond Princess. Parmi ceux qui étaient à son bord et ont eu le malheur d’être infectés par le coronavirus :

– les septuagénaires ont eu 0,5 % de risques de mourir (1 mort sur 228 personnes infectées),

– et les octogénaires ont eu 10 % de risques de mourir (5 morts sur 52).

Voilà pourquoi il est important de se protéger, avec sérénité, sans paniquer, mais avec sérieux. »

Je fais moi-même partie de ces personnes âgées, voire très âgées, qui sont les plus fragiles et les plus menacées par le coronavirus ; je vis dans un pays attaqué par ce virus ; je me contente d’être vigilant et d’écouter les recommandations de ceux qui en savent plus que moi sur les maladies infectieuses.

Ebola, beaucoup plus meurtrier

Répétons cette simple vérité :

1/ Le coronavirus se transmet vite et facilement, contamine beaucoup et aisément. Mais il tue peu et, en définitive, fait plus de peur que de mal.

2/ Les Chinois l’ont combattu avec fermeté et ils sont en passe de l’éradiquer. Ils se préparent déjà à limiter les effets que son passage de trois mois a infligés à leur économie et à celle du monde.

À ce jour, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce n’est pas (encore) une pandémie : on signale quelques cas isolés dans une petite centaine de pays, mais le virus n’a essaimé sérieusement que dans peu d’États, dont certains, il est vrai, très peuplés : Corée du Sud, Iran, Italie ; pour l’heure, il n’est qu’une menace pour quelques autres, dont la France, et n’a pris racine ni en Afrique ni en Amérique.

Les dirigeants des pays affectés le combattent chacun à leur manière, écoutent les recommandations de l’OMS et font en sorte de limiter les dégâts. On peut donc penser avec les spécialistes que, sur le plan sanitaire, la crise actuelle sera résorbée d’ici à la fin de ce semestre.

Rappelons qu’un autre mal, Ebola, qui n’avait frappé que des Africains de l’Ouest et du Centre et qui tuait, lui, les deux tiers des personnes infectées, a fait en quelques mois plus de 11 000 morts en Afrique de l’Ouest et qu’il vient de faire plus de 2 000 victimes en République démocratique du Congo. Les Africains sont parvenus eux aussi à l’éradiquer avec l’aide efficace de l’OMS.

Rappelons que la rougeole et même les grippes tuent chaque année cent fois plus que le coronavirus. Le coronavirus s’est déclaré, lui, en Chine, où il a tué plus de 3 000 personnes, et s’est propagé ensuite dans des pays développés.

Sa nouveauté, son côté imprévu, la facilité avec laquelle il se transmet en ont fait, en quelques semaines, une menace mondiale. Mais, sachons-le, il a été contenu jusqu’ici et sera vaincu avant la fin de ce semestre.Il aura tué dans l’ensemble du monde quelque 5 000 ou 6 000 personnes âgées ou très âgées, soit moins de 2 % des personnes infectées.

Tourmente sur l’économie mondiale

Mais il aura bouleversé la vie des autres et « mangé » la moitié de la croissance économique du globe en 2020. Il faudrait dès à présent se préoccuper des effets économiques et financiers de cette tourmente sur l’économie mondiale dans son ensemble. Ils seront considérables.

L’industrie touristique, le transport aérien, l’industrie automobile, l’extraction minière, l’énergie auront été gravement affectés et il faudra se préparer à tout reconstruire. Combien de petites et moyennes entreprises seront-elles asphyxiées ? Jusqu’à quel point les bourses mondiales seront-elles secouées ? Il faudra que le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE et les grands instituts d’émission mobilisent leurs moyens.

Arrivera un moment où il faudra faire tout le possible et tout le nécessaire pour sortir l’économie mondiale de la récession. Y parviendra-t-on avant la fin de cette année, qui restera, dans l’Histoire, comme celle du coronavirus ? Nul ne le sait. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il faut de suite nous occuper de l’après-coronavirus et de ses effets destructeurs sur les économies de nos pays.

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