Politique

Niger-Guinée : aux origines de la brouille entre Mahamadou Issoufou et Alpha Condé

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Le match Mahamadou Issoufou vs. Alpha Condé.

Le match Mahamadou Issoufou vs. Alpha Condé. © V. Fournier JA/ Illustration JA. JA3087_p18

L’un s’est fait le chantre de la limitation des mandats présidentiels. L’autre laisse planer le doute sur une troisième candidature. Autrefois proches, les deux vétérans de l’Internationale socialiste en Afrique sont aujourd’hui à couteaux tirés.

Novembre 1997. La grande famille du socialisme est réunie à Brest, en Bretagne. Lionel Jospin est Premier ministre et François Hollande conquiert le siège de Premier secrétaire du PS. Les camarades africains sont présents : l’Ivoirien Laurent Gbagbo, le Malien Ibrahim Boubacar Keïta et nos deux protagonistes, Mahamadou Issoufou et Alpha Condé. On s’embrasse en songeant à l’avenir.

Président, en 1963, de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France, le Guinéen fait figure d’aîné, tandis que le Nigérien n’a fait son entrée dans les réseaux de la gauche parisienne qu’à la fin des années 1970.

Alpha Condé est surnommé « le gouverneur général » des socialistes en Afrique. Issoufou est son « lieutenant général » au Niger. Ils attendront plus d’une décennie pour parvenir au pouvoir, l’un à Conakry en 2010, l’autre à Niamey en 2011, mais leur relation reste au beau fixe.

Second mandat, nouvelles relations

« Ils s’entendaient parfaitement », se souvient un ancien ministre d’Issoufou, qui évoque « une grande et ancienne amitié ». Ils ont des proches en commun (comme l’émissaire Mauritanien Moustapha Ould Limam Chafi), et leurs fils se fréquentent. En 2015, ils soutiennent la campagne de Roch Marc Christian Kaboré au Burkina, et, en janvier 2017, Mahamadou Issoufou accepte même de renoncer à exercer la présidence de l’UA au profit de son aîné. Mais le temps des seconds mandats est venu…

Il n’est pas dans un combat personnel, assure l’un de ses conseillers

Issoufou a été réélu en 2016. Très vite, le chef de l’État nigérien affirme qu’il ne se représentera pas. « Je ne suis pas irremplaçable », lance-t-il, appelant à ne pas « détricoter les Constitutions ».

Alpha Condé est sur une autre longueur d’onde. Il estime que sa Constitution, rédigée en 2010 par une assemblée de transition, est imparfaite. Il souhaite la moderniser, mais s’expose aux critiques : ses adversaires l’accusent d’intriguer pour se maintenir au pouvoir et s’affranchir de la limitation des mandats.

Ambiance fraîche à Sotchi

S’il n’a jamais dit vouloir prolonger son bail, Alpha Condé devient soupçonnable. Son opposition est vent debout, tandis que ses voisins, inquiets de la montée de la violence, voient ses projets d’un mauvais œil.

À la mi-2019, le président guinéen envoie un émissaire à Niamey, où son cadet s’est fait le chantre du respect des Constitutions. Issoufou écoute, dubitatif. En août, dans une interview à JA, il appelle les chefs d’État à « montrer l’exemple ». « Il n’est pas dans un combat personnel, assure l’un de ses conseillers. Il aimerait que les autres adoptent les principes qu’il s’applique à lui-même. »

En octobre, lors du sommet Russie-Afrique, à Sotchi, Alpha Condé, mécontent, refuse de lui serrer la main. La relation semble rompue. À la mi-février, Mahamadou Issoufou prévoit d’envoyer en Guinée une mission de la Cedeao – dont il est le président en exercice – pour observer les élections législatives et le référendum du 1er mars, qui doit entériner la modification de la Constitution. Secrètement, il espère en obtenir le report et fait une nouvelle fois pression pour que Condé renonce à son projet.

Opposé à un changement de calendrier, le Guinéen tente alors de rallier à sa cause le Nigérian Muhammadu Buhari, l’Ivoirien Alassane Ouattara et le Tchadien Idriss Déby Itno.

Issoufou persiste et signe : la date étant maintenue, la Cedeao se retire du processus électoral. Esseulé, Alpha Condé décide de repousser la consultation et obtient de la Cedeao qu’elle dépêche des experts pour toiletter un fichier électoral contesté par l’opposition. La tension est retombée. Mais jusqu’à quand ?

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