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Cet article est issu du dossier «Finance : Tidjane Thiam, le banquier qui dérangeait la Suisse»

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Banque

Credit Suisse : retour sur « l’histoire irrationnelle » d’une filature qui a valu son poste à Tidjane Thiam

Tidjane Thiam, le 26 avril 2019, lors de l'assemblée générale annuelle de Credit Suisse.

Tidjane Thiam, le 26 avril 2019, lors de l'assemblée générale annuelle de Credit Suisse. © Ennio Leanza/AP/SIPA

Après son départ pour le concurrent UBS, l’ex-star de la gestion de fortune chez Credit Suisse, Iqbal Khan, a été placé sous « surveillance », une opération rocambolesque qui a tout déclenché.

Le 17 septembre 2019, en fin de matinée, Iqbal Khan, ancien patron de la division internationale de gestion de fortune de Credit Suisse (CS), accompagné de son épouse, quitte son domicile dans une Mercedes AMG gris foncé.

D’un pas alerte, le couple gravit la rue jusqu’au terrain de football tout proche, où il dépose leur fils de 6 ans pour son entraînement. Ils s’arrêtent rapidement à la blanchisserie du coin avant de remonter vers la ville de Zurich, distante d’une dizaine de kilomètres.

« Police, police ! »

C’est pendant qu’ils longent le lac qu’ils remarquent une Audi anthracite qui leur file le train. Une course-poursuite s’engage sur la Bellerivestrasse. Iqbal Khan conduit au hasard pour semer son poursuivant, contourne la Paradeplatz pour s’arrêter brutalement devant le restaurant Metropol, à un pâté de maison du prestigieux siège de Credit Suisse.

Le financier s’éjecte alors de sa berline en hurlant « police, police ! », avant de saisir son téléphone pour prendre la plaque d’immatriculation de l’autre véhicule, d’où sort un grand chauve qui tente de lui arracher son portable. Sans succès. Il rejoint alors ses deux acolytes restés dans l’Audi et ils parviennent à prendre la fuite. Les trois hommes seront retrouvés et arrêtés dans la soirée.

Iqbal Khan, ex-patron de la division internationale de gestion de fortune de Credit suisse.

Iqbal Khan, ex-patron de la division internationale de gestion de fortune de Credit suisseS. © Arnd Wiegmann/REUTERS

Car, malgré le choc, Iqbal Khan a vite réagi. Il a tout de suite appelé Remo Boccali, le responsable des questions de sécurité au Credit Suisse, puis porté plainte devant les autorités cantonales, qui ouvrent immédiatement une enquête.

Quand l’amateurisme mène au tragique fiasco

Trois jours plus tard, l’affaire s’étale à la une de la Neue Zürcher Zeitung, qui révèle que la banque, craignant qu’il ne débauche collègues et clients, aurait fait placer sous surveillance son ancien employé.

Devant le scandale qui menace, Credit Suisse est obligé de mener ses propres investigations. Le dossier est confié, le 23 septembre, au cabinet Homburger, qui mettra moins d’une semaine à remettre ses conclusions. Le lendemain, l’histoire prend un tour tragique avec le suicide d’un ancien officier de police et collaborateur régulier des services de sécurité du Credit Suisse.

Selon le rapport Homburger, c’est lui qui aurait fait le lien entre l’agence Investigo, chargée de la filature, et le commanditaire de toute l’opération, Pierre-Olivier Bouée, le proche collaborateur de Tidjane Thiam. Pour protéger les intérêts de ce dernier et donc ceux de la banque, il aurait, de sa propre initiative, ordonné, dès le 29 août, à Remo Boccali de faire surveiller Iqbal Khan « 24 heures sur 24 ».

Le 4 septembre commence donc l’opération « Couronne », qui à la suite de la maladresse et de l’amateurisme des enquêteurs d’Investigo tournera au fiasco moins de deux semaines plus tard. Une « histoire irrationnelle », résume Pierre Veya, rédacteur en chef au quotidien suisse Le Temps.

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