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Cet article est issu du dossier «Finance : Tidjane Thiam, le banquier qui dérangeait la Suisse»

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Politique économique

La Côte d’Ivoire attend le retour de Tidjane Thiam, le fils prodige

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Mis à jour le 26 mars 2020 à 00h22
TiDjane Thiam, le 13 février 2020 à Zurich.

TiDjane Thiam, le 13 février 2020 à Zurich. © Ennio Leanza/AP/SIPA

Autrefois pressenti comme Premier ministre, Tidjane Thiam, n’a plus foulé le sol de son pays natal depuis 1999. Après son départ de Credit Suisse, a-t-il un avenir en Côte d’Ivoire ?

Dans le tract posté le 19 février sur le groupe Facebook « Les amis de Tidjane Thiam », l’ex-patron de Credit Suisse se tient droit, dans un complet bleu marine, la main sur une chaise en bois, le visage arborant un léger sourire. Presque une image de campagne.

La photo est accompagnée d’un court texte annonçant « le retour du ministre Tidjane Thiam en terre ivoirienne […] pour y prendre, nous l’espérons, la place qui est la sienne ».

En quête d’un homme providentiel

Dans ce pays toujours en quête d’un homme providentiel depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, l’avenir du Franco-Ivoirien alimente autant les dîners mondains que les réseaux sociaux. Rentrera-t-il en Côte d’Ivoire ? Envisage-t-il de s’impliquer dans la présidentielle de 2020 ou dans celle de 2025 ? D’aucuns vantent son parcours professionnel ou son impressionnant bonus (10-30 millions de dollars), d’autres questionnent sa nationalité et son éligibilité…

Capture de la publication Facebook

© Capture de la publication Facebook

L’intéressé, fils d’Amadou Thiam, ancien journaliste et ancien ministre de l’Information, et de Marietou Sow, une nièce d’Houphouët-Boigny, a une histoire complexe avec le pays qui l’a vu naître le 29 juillet 1962.

Si ses proches jurent qu’il y reste toujours attaché, le banquier n’y est pas retourné une seule fois en vingt ans, pas même lors du décès de son frère Daouda, ancien ministre des Mines et de l’Énergie et conseiller d’Alassane Ouattara, ni de celui de sa sœur N’deye Anna, respectivement en octobre 2018 et en mai 2019. « Raisons de sécurité », assure un membre de sa famille, selon lequel, après le coup d’État de 1999, les divers employeurs du financier « ne souhaitaient pas le voir s’exposer ».

Frustré par l’attentisme de l’exécutif

Le 24 décembre 1999, alors que les putschistes du général Robert Gueï renversent le président Henri Konan Bédié, Thiam est en vacances aux États-Unis, dans la famille de sa femme, une Américaine convertie à l’islam dont il s’est séparé à la fin de 2015. Il se trouve déjà outre-Atlantique en 1994, lorsqu’un conseiller de Bédié le contacte pour lui proposer de piloter la Direction et le contrôle des grands travaux (DCGT, devenue le Bnetd en 1996), à Abidjan. À 31 ans, il accepte de prendre la tête de cette structure, avant d’être promu ministre du Plan et conseiller spécial de Bédié.

En 1995, Tidjane Thiam est depuis un an à la tête de la DCGT, chargée des grands travaux.

En 1995, Tidjane Thiam est depuis un an à la tête de la DCGT, chargée des grands travaux. © Lougué / Archives Jeune Afrique

« À cette époque, il avait beaucoup d’influence et était présent à de nombreux entretiens du chef de l’État, qui envisageait d’en faire son Premier ministre », raconte un proche de l’ex-président. Thiam gardera un souvenir un peu moins positif de son expérience gouvernementale, frustré par l’attentisme de l’exécutif et les scandales financiers, décrypte l’un de ses amis. Il participe notamment aux études censées tracer la vision du pays jusqu’en 2025. Celles-ci inspireront le programme des « Douze Travaux de l’Éléphant d’Afrique », de Bédié.

Revenu à Abidjan le lendemain du putsch et sollicité par Robert Gueï, qui, selon un membre de sa famille, veut le nommer secrétaire général du gouvernement, Tidjane Thiam refuse l’offre et quitte le gouvernement le 6 janvier 2000, pour entamer une carrière dans la finance.

Depuis 2011, la rumeur de son retour en Côte d’Ivoire refait régulièrement surface. En 2012, certains le voyaient succéder au Premier ministre Guillaume Soro. Cinq ans plus tard, on lui attribue – à tort – la paternité du mouvement Engagement des citoyens pour la nation (ECN), créé par des proches de sa famille, comme Franck Berthod, alors marié à sa sœur cadette Yamousso.

« Comment peut-on sérieusement envisager l’hypothèse Thiam en 2020 alors qu’il n’a pas mis les pieds dans le pays depuis vingt ans et a toujours dit qu’il n’était pas intéressé ? Et puis, dans quelle configuration se présenterait-il ? Il ne fait plus de doute que Bédié sera le candidat du PDCI. Au RHDP, Amadou Gon Coulibaly paraît déjà lancé. Quant à une candidature indépendante, la Côte d’Ivoire n’y est sans doute pas encore prête », estime un diplomate en poste à Abidjan.

Depuis son départ, Tidjane Thiam s’est, sciemment, tenu éloigné de l’actualité et du personnel politiques. Son frère Abdel Aziz, membre du PDCI, se charge de maintenir le contact avec Bédié, qui n’avait pas apprécié certaines critiques adressées par son ex-ministre. Thiam n’a jamais été proche d’Alassane Ouattara. Selon nos sources, les deux hommes se sont vus une seule fois depuis l’élection du président. Avant cela, leur dernière rencontre remontait à quelques jours après le coup d’État. Et, selon un participant, elle s’était particulièrement mal passée.

Litige judiciaire avec François Bakou

Selon un proche de Bédié, cela n’a pas empêché Ouattara et Bédié d’évoquer, lorsqu’ils étaient encore alliés, le nom de Thiam comme potentiel candidat du parti unifié. Après la rupture entre le PDCI et le RHDP, des émissaires des deux partis ont continué à l’approcher, explorant la possibilité de le voir occuper l’une des deux places de leur ticket présidentiel.

L’intéressé n’y a jamais répondu favorablement. « J’ai dit à plusieurs reprises, et depuis de nombreuses années, ma détermination à ne pas avoir d’activité politique », déclarait-il en septembre 2018. Son départ surprise du CS peut-il changer la donne ? Thiam n’a pour le moment donné aucune indication sur ses intentions, même si une visite, « peut-être en mars », selon une source familiale, n’est pas exclue à Abidjan. Une ville où son domicile de Cocody-Ambassades fait toujours l’objet d’un litige judiciaire avec l’homme d’affaires François Bakou.

La perspective d’un avenir politique pour Thiam semble diviser sa famille. Certains membres y sont opposés, craignant pour sa sécurité. D’autres ouvrent la porte. « Tidjane candidat en 2020 ? C’est possible. Il ne pensait jamais rester autant de temps en Europe. Et il y a un mois, il ne s’imaginait pas devoir quitter le CS. Il va analyser froidement la situation. Tidjane a toujours voulu être premier. Donc, s’il y va, c’est qu’il pense pouvoir gagner », déclare l’un d’eux.

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