Cinéma

« Un fils », un drame familial dans une Tunisie déchirée

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Image tirée du film "Un fils".

Image tirée du film "Un fils". © Jour2fete

Avec son premier film, récompensé à Venise, le Tunisien Mehdi Barsaoui mélange habilement drame familial et thriller.

Le cinéma maghrébin et, tout particulièrement, le cinéma tunisien sont en pleine renaissance. Le prouve encore aujourd’hui, trois semaines après la sortie de Sortilège, d’Ala Eddine Slim, l’arrivée sur les écrans du premier film de Mehdi Barsaoui, Un fils.

Un long-métrage d’une facture beaucoup plus classique que le précédent et très réussi dans son genre. Comme l’ont remarqué les organisateurs de la dernière Mostra de Venise, où le film a obtenu deux récompenses dans la section Orizzonti.

Du feel good movie au thriller

Même si son titre n’est pas mensonger, car tout tourne autour de ce qui arrive au jeune Aziz, 9 ans, le film concerne surtout ses parents, Farès et Meryem.

Au début du film, le père permet à son fils de tenir le volant de son 4×4 de luxe, affichant une complicité avec lui qui n’a d’égale que celle de la mère avec son enfant. Une famille de Tunisiens privilégiés, donc, pour lesquels tout va bien. Jusqu’au drame.

Alors qu’ils se rendent dans le sud du pays, des islamistes mitraillent la voiture et blessent grièvement Aziz. Pour le sauver, il faut lui greffer le rein d’un donneur compatible. Ce qui suppose des examens pour déterminer si l’un des parents peut être ce donneur.

D’où cette terrible révélation : le père n’est pas le géniteur. S’ensuit toute une série d’événements qui transforment ce qui semblait être un feel good movie en un drame familial doublé d’un thriller. La recherche du greffon propulse le père dans la sordide quête d’un organe en Libye tandis que la mère tente de retrouver son ancien amant pour qu’il aide à sauver le garçon dont il ne connaît pas l’existence.

En résulte un film au scénario complexe qui, au-delà du sujet intime, évoque de façon habile bien des sujets essentiels à propos d’une Tunisie déchirée entre sa modernité – en vertu du statut qu’elle accorde aux femmes, mais aussi parce qu’il s’agit du seul pays arabe qui autorise la greffe d’organes – et ses tabous, notamment en matière de religion et de vie privée.

Acteurs remarquables

Grâce à une mise en scène épurée – une qualité rare pour un premier film –, on ne se perd cependant jamais dans les méandres de l’histoire, centrée sur les personnages principaux.

Un choix d’autant plus heureux que ceux-ci sont joués de façon remarquable. Par un acteur confirmé, Sami Bouajila, excellent dans le rôle du père, qu’il incarne avec sobriété et subtilité, ce qui lui a valu à Venise un prix d’interprétation bien mérité.

Mais aussi par une actrice jusqu’ici rare au cinéma, Najla Ben Abdallah, qui prête des accents bouleversants à une Meryem obligée de faire face à une situation qui risque de détruire sa vie. Et dont le courage dans l’adversité transforme ce film d’hommes – le père, le fils, l’amant, le réalisateur… – en un film au parfum féministe.

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