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« Hirak en Algérie. L’invention d’un soulèvement », retour sur un an de mobilisation inédite

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Des manifestants à Alger, le 21 février 2020.

Des manifestants à Alger, le 21 février 2020. © Toufik Doudou/AP/SIPA

Un ouvrage collectif revient sur le mouvement qui agite et transforme l’Algérie depuis le 22 février 2019.

Depuis un an, des centaines de milliers d’Algériens multiplient manifestations, grèves, actes de désobéissance, tenant tête à un pouvoir qu’ils entendent bien faire tomber. C’est le Hirak (« mouvement »).

Hirak en Algérie. L’invention d’un soulèvement, ouvrage collectif, étudie les aspects du rapport de force entre le pouvoir militaire et le mouvement spontané, animé par une société civile affranchie des organisations de masse, hétérogène et dénuée de tout soutien extérieur.

Enquête de terrain et apports théoriques

Sans prétendre à l’exhaustivité, une dizaine de chapitres permettent de cerner les pratiques des « marcheurs » du mardi et du vendredi. Ainsi, un chapitre porte sur les « hymnes » du Hirak, tels 1 000 milliards, Casa del Mouradia, Liberté, et sur les emprunts aux chants de supporters et au répertoire chaabi.

Un autre sonde la manière dont le Hirak dispute au régime la mémoire de la lutte contre le colonialisme et célèbre d’éminents moudjahidine pour revendiquer une « deuxième libération » et l’application effective du principe de souveraineté populaire.

La plupart des auteurs privilégient une approche mêlant enquête de terrain et apports théoriques. Ils appuient aussi un propos : l’une des forces du mouvement se situe dans sa créativité. Une attention particulière est donc accordée aux manières poétiques de dessiner une unité populaire.

L’ouvrage aborde aussi les premières conséquences du mouvement. La purge dans les rangs de l’appareil sécuritaire, au plus haut sommet de l’État et dans les milieux d’affaires, est décrite comme une « mise à nu périlleuse » d’un pouvoir de nature militaire. Le Hirak aurait accéléré « la fin du consensus entre les clans du pouvoir, jusque-là garant de sa force, ouvrant une phase d’incertitude ».

Sale guerre

La direction de l’ouvrage est assurée par des journalistes de l’association AlgeriaWatch, comme la militante des droits humains Salima Mellah ou l’économiste et ancien PDG du Crédit populaire d’Algérie Omar Benderra.

On retrouve aussi François Gèze, ancien directeur des éditions La Découverte, dont le catalogue, outre les œuvres de Frantz Fanon, compte des titres comme L’Histoire secrète du pétrole algérien, de Hocine Malti, et La Sale Guerre, de Habib Souaïda.

Les Algériens célèbrent la démission d'Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999.

© Louiza Ammi

AlgeriaWatch est connue pour son travail sur les violences des années 1990. Au lieu du terme « terrorisme », les auteurs préfèrent ici employer « guerre civile », considérant que l’état-major et les services de renseignements en sont les « principaux responsables ».

Une vision que tous ne partagent pas, mais les violences étatiques, le manque de transparence du pouvoir et la manière dont celui-ci a mené la « réconciliation nationale » dans les années 2000 expliquent pour partie le Hirak, qui prône la transparence, la concorde, faisant de « silmiya » (« pacifisme ») l’un de ses slogans emblématiques. Ce livre est un objet d’intervention : il traite d’un mouvement dont il est le produit et dont il participe. À ce titre, il sera sans doute mis en débat.

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