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« Ma sœur, serial killeuse », un roman décapant sur les liens du sang

« S’ils prennent le temps de lire, les gens comprennent mon humour noir. »

« S’ils prennent le temps de lire, les gens comprennent mon humour noir. » © ASSOULINE/Opale via Leemage

Dans un roman décapant, la Nigériane Oyinkan Braithwaite met en scène deux sœurs unies par une série de crimes.

À quatre pattes, au beau milieu de la nuit, Korede récure à l’eau de Javel les recoins de la salle de bains. Un accès de fièvre ménagère ? Si seulement. La jeune infirmière s’échine à faire disparaître toute trace d’un amant de sa petite sœur. Pour la troisième fois. Avec sa plastique parfaite, Ayoola fait mourir d’amour les hommes… Et mourir tout court.

Avec ce troisième homicide, elle vient d’atteindre le minimum requis pour être tueuse en série. En attendant, c’est Femi, le défunt petit ami, qui rejoint les eaux de la lagune de Lagos, jeté du Third Mainland Bridge. « Nous l’emmenons là où nous avons emmené le dernier, se résigne Korede. Au moins, il ne se sentira pas seul. »

Finaliste des Future Awards Africa

L’humour de la Nigériane Oyinkan Braithwaite, dont Ma sœur, serial killeuse est le premier roman, est aussi décapant qu’un détergent. Tant pis pour ceux qui ne goûteraient pas son style. « Beaucoup de gens s’arrêtent au titre, admet cette trentenaire qui a grandi entre Londres et Lagos, où elle vit aujourd’hui. Mais s’ils prennent le temps de lire, ils comprennent mon humour. »

La critique, elle, l’a bien saisi : l’an dernier, cette diplômée en écriture de l’université Kingston (Londres) qui a aiguisé sa plume grâce aux nouvelles et au slam était en lice pour le Women’s Prize et présélectionnée pour le Booker Prize.

Elle figurait aussi, aux côtés du chanteur Burna Boy et du boxeur Israel Adesanya, parmi les finalistes des Future Awards Africa, qui couronnent chaque année les talents nigérians. « Très excitée », Oyinkan Braithwaite confirme que la société Working Title Films, filiale d’Universal, a par ailleurs mis une option sur les droits du livre.

Relation toxique

Si Ma sœur, serial killeuse est un titre accrocheur, son histoire n’est pas si éloignée de la réalité, soutient l’écrivaine, membre d’une fratrie de quatre enfants. « La plupart d’entre nous donneraient notre vie pour un frère ou une sœur, même si parfois on a juste envie de les étrangler ! ironise-t-elle. La relation entre Korede et Ayoola est simplement une version plus toxique. »

C’est le moins que l’on puisse dire. Les états d’âme de ses personnages, qu’elle qualifie de « superficiels, égocentriques et cruels », sans distinction de genre, ne durent jamais bien longtemps. À peine plus que ses 76 mini­chapitres tombant comme des couperets. Très vite lasse de simuler le deuil, Ayoola se rapproche dangereusement du docteur Tade, l’élu du cœur… de sa sœur.

De quoi ajouter un peu de piment à un récit qui n’en manquait déjà pas. Mais un homme, quel qu’il soit, peut-il séparer deux jeunes femmes qui se sont unies enfants dans l’ombre d’un père violent ? Quand le vernis de l’intrigue craque, les contours de la société patriarcale apparaissent.

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