Cinéma

« Kongo », plongée dans le monde mystique de la confrérie des Ngunzas

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Image tirée du film KONGO

Image tirée du film KONGO © Pyramide Films

« Kongo », d’Hadrien La Vapeur et de Corto Vaclav, suit au jour le jour le travail de l’apôtre Médard, guérisseur-exorciste de la confrérie des Ngunzas.

Kongo, d’Hadrien La Vapeur et de Corto Vaclav, relève un pari impossible : rendre visible l’invisible. On peut évidemment raconter autrement ce long-métrage documentaire qui n’a, semble-t-il, aucun équivalent. Il narre en effet le travail d’un homme religieux, l’apôtre Médard, qui consacre son temps à aider ses disciples et à soigner ses patients en combattant les mauvais sorts dont ils sont victimes. Ou les démons qui se sont emparés de leur corps.

Kongo évoque donc la dure tâche d’un guérisseur- exorciste, adepte de la confrérie des Ngunzas, qui, grâce aux pouvoirs transmis par sa mère, exerce son art à Brazzaville, capitale d’un pays où la foi en l’existence d’un monde invisible régissant ce qui se passe dans le monde visible est omniprésente. Une tâche éprouvante, voire dangereuse quand on se retrouve publiquement accusé d’être le complice des démons que l’on affronte.

Sidérant

L’apôtre Médard serait-il un adepte de la magie noire pour avoir pris en charge une femme dont les trois enfants sont morts chez elle, frappés par la foudre un jour sans orage ? Dénoncé par l’ex-mari de la mère, l’apôtre doit non sans mal se justifier devant un tribunal coutumier…

Le documentaire, qui suit à la trace les activités de son « héros » et ses succès thérapeutiques comme ses mésaventures est passionnant. Mais pas seulement parce qu’il s’agit d’une plongée dans un monde mystique qui attise la curiosité des croyants comme celle des non-croyants vis-à-vis de forces cachées si puissantes qu’elles semblent infléchir le destin des hommes.

Kongo, qui ne triche jamais avec les faits, est aussi un film dont la force provoque la sidération du spectateur. D’abord parce que son personnage principal possède une présence et un naturel qui font de lui un acteur-né et pourtant jamais pris en défaut de jouer à la star : aucun regard caméra, aucune tentative d’en rajouter quand on observe ses pratiques, alors même qu’il a accepté qu’on le filme sans entrave ni censure. Ensuite, et surtout, grâce à de judicieux choix de mise en scène.

Témoigner de l’existence de l’invisible

Bien que savants sur le sujet grâce à leurs connaissances en anthropologie, les auteurs ont décidé de se passer de tout commentaire et de se contenter de montrer comment l’apôtre Médard fait le « métier » selon ses convictions.

À l’aide d’un montage serré mais sans craindre de faire durer les séquences, d’aller au bout de chaque épisode évoqué, qu’on le voie en train de guérir ou de chercher à communiquer avec les esprits. S’ils n’expliquent ni n’analysent jamais ces épisodes, ils donnent à voir autant que possible ce qui se passe en temps réel – et c’est le plus souvent captivant.

L’univers des esprits et des sirènes du fleuve que consulte l’apôtre Médard est rendu visible non pas parce qu’on y aurait véritablement accès à l’écran, mais parce qu’on nous montre ses incontestables effets. Autrement dit, ce qui importe pour témoigner de son existence. Sans jugement. Ensuite, chacun reste libre de penser ce qu’il veut, question de croyance ou de foi. Mais là n’est pas le sujet de ce film, remarquable à tous égards.

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