Politique

Cameroun – Jacques Fame Ndongo : « Le président n’a qu’un seul maître : le peuple »

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
En juin 2018. Jacques Fame Ndongo est considéré comme l’idéologue du régime.

En juin 2018. Jacques Fame Ndongo est considéré comme l’idéologue du régime. © Adrienne Surprenant / Collectif Item pour JA

Ministre d’État et responsable de la communication du parti au pouvoir, Jacques Fame Ndongo assure que les relations entre Paris et Yaoundé sont toujours au beau fixe, malgré les propos controversés du président français Emmanuel Macron sur les violences dans la région du Nord-Ouest.

Tour à tour chargé de mission à la présidence, puis ministre de la Communication et actuellement ministre d’État (Enseignement supérieur), Jacques Fame Ndongo, 69 ans, est considéré comme l’idéologue du régime Biya, qu’il sert sans interruption depuis plus de trois décennies.

Journaliste de formation, universitaire, écrivain, cet originaire d’Ebolowa, dans le Sud, est également le responsable de la communication du parti au pouvoir. Nous publions ici l’essentiel de ses réponses aux questions que nous lui avons fait parvenir.

Jeune Afrique : En répondant à un activiste camerounais qui l’interpellait, Emmanuel Macron a indiqué qu’il exerçait « le maximum de pression » sur Paul Biya. Est-ce exact ?

Jacques Fame Ndongo : Le mot « pression » a une dénotation et une connotation extrêmement fortes. Il suppose une relation de subordination, voire de soumission, au détriment du président de la République du Cameroun. Cette allégation très péjorative est sans fondement, Paul Biya étant le chef d’un État souverain. Il n’a qu’un seul maître : le peuple camerounais. C’est pourquoi ce peuple a été unanimement ulcéré par la « réponse » que vous évoquez.

Paul Biya a toujours été élu démocratiquement, au suffrage universel direct, dans la transparence absolue. Qui mieux est, les deux présidents entretiennent des relations amicales, cordiales et d’estime réciproque qui s’enracinent dans la solidité des liens séculaires qui unissent nos deux États. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) et l’ensemble du peuple camerounais stigmatisent ces assertions paternalistes, voire condescendantes.

Sur un autre plan, le RDPC condamne avec la dernière énergie les allégations ubuesques et burlesques d’un activiste hystérique qui se réclame de la filiation camerounaise et qui serait entré illégalement en France. Son arrogance et son impertinence grotesques sont sans commune mesure avec la sagesse, la maturité et le respect scrupuleux du devoir de réserve qui caractérisent la très large majorité des Camerounais de la diaspora.

On peut l’affirmer : la démocratie camerounaise est une démocratie avancée

Interpeller un président de la République française, sur des questions relevant de la politique intérieure camerounaise, en proférant des inepties stupéfiantes et sans relation avec la situation au Cameroun, relève de la schizophrénie et de la fantasmagorie. Les droits de l’homme sont respectés dans notre pays ainsi que peut le constater tout observateur de bonne foi.

La situation politique, quant à elle, est marquée par la démocratie libérale, la liberté d’expression et de conscience, le débat d’idées et la tolérance des opinions contradictoires. Je rappelle la célèbre phrase de Paul Biya : « Ne nous battons pas, débattons. » On peut l’affirmer : la démocratie camerounaise est une démocratie avancée.

Paul Biya et Emmanuel Macron lors d'un sommet UE/UA, le 29 novembre 2017.

Paul Biya et Emmanuel Macron lors d'un sommet UE/UA, le 29 novembre 2017. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

À la suite des propos du président Macron, des manifestations ont eu lieu devant l’ambassade de France. Est-ce le début d’une crise entre Paris et Yaoundé ?

Ferdinand Ngoh Ngoh [secrétaire général de la présidence], René Emmanuel Sadi [porte-parole du gouvernement], Jean Nkuété [secrétaire général du comité central du RDPC], plusieurs dirigeants des partis de la majorité présidentielle, à l’instar d’Issa Tchiroma, des leaders de l’opposition, comme Anicet Ekane, plusieurs segments de la société civile ont exprimé leur sentiment de stupéfaction et d’indignation à la suite des propos, politiquement surprenants et diplomatiquement inélégants, auxquels vous faites allusion.

Spontanément, des jeunes ont exprimé leur exaspération, le 24 février, devant l’ambassade de France à Yaoundé. Cette scène pacifique a été encadrée par les forces de l’ordre, afin d’éviter des dérapages qui eussent porté atteinte à la solidité et à l’ancienneté des relations d’amitié et de coopération multiforme qui existent, fort heureusement, entre nos deux États. Les deux chefs d’État, à ma connaissance, tiennent à les densifier et à les pérenniser, dans l’intérêt bien compris des deux nations.

Rapidement, le calme est revenu, à la demande des autorités camerounaises, et les relations entre Paris et Yaoundé sont toujours au beau fixe. Ce n’est donc pas le début d’une « crise entre Paris et Yaoundé », car nous sommes heureux de constater qu’un soleil radieux a succédé à l’averse.

Le président Macron a également qualifié de « violences intolérables » les affrontements en cours en zone anglophone. Quel est votre commentaire ?

La violence intolérable procède des abominations perpétrées par les féroces Ambazoniens. Ils sont sans foi ni loi. Ils tuent avec frénésie et cynisme élèves, infirmiers, policiers, gendarmes, militaires. Ils ne se soucient guère des droits de l’homme. Ce sont les barbares des temps modernes.

En revanche, les forces de défense et de sécurité garantissent la paix et l’intégrité territoriale. C’est leur mission. Elles agissent avec mesure, professionnalisme et efficacité. Quand il y a des fautes dûment constatées et avérées, les éléments qui commettent des infractions sont punis de manière exemplaire. C’est l’impunité zéro. Elles sont donc à féliciter et à encourager, elles qui vont jusqu’au sacrifice suprême pour assurer l’ordre et la paix sur tout le territoire.

Cette violence « ambazonienne » est apocalyptique. Le Cameroun n’en veut pas

Il faut également savoir gré aux autorités administratives, aux cadres et personnels de la justice, qui exercent leurs fonctions avec compétence, méthode et dévouement. Il importe de féliciter les médias qui relatent les faits douloureux, que nous déplorons tous, avec objectivité, sans vouloir envenimer une situation délicate.

Il me semble enfin opportun de féliciter les populations du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, dont le courage et le patriotisme sont avérés. Elles jouent un rôle cardinal dans la résilience sociale, malgré les multiples atrocités commises par de prétendus Ambazoniens sans idéologie intelligible, sans stratégie politique ni vision diplomatique, économique et sociale dotée d’une traçabilité crédible.

Violer une femme de 90 ans ou une adolescente de 13 ans, égorger un policier, un gendarme, un militaire, qui sont chargés d’assurer la sécurité des biens et des personnes ou de garantir, au quotidien, l’intégrité territoriale et l’indivisibilité de l’État, cela est intolérable.

Incendier une école, un centre de santé, un marché ou une centrale électrique, égorger un prêtre, un enseignant, un pasteur, un imam ou un paisible citoyen qui garde son bétail, au nom d’une prétendue République virtuelle, collecter des fonds pour empêcher le bon fonctionnement d’une école, d’une université ou d’un hôpital, cela est intolérable. Cette violence « ambazonienne » est apocalyptique. Le Cameroun n’en veut pas.

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