Sécurité

[Tribune] En Côte d’Ivoire, la femme est un soldat comme un autre

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Mis à jour le 06 mars 2020 à 10h45
Une militaire ivoirienne lors d'une cérémonie, en décembre 2018. (Photo d'illustration)

Une militaire ivoirienne lors d'une cérémonie, en décembre 2018. (Photo d'illustration) © Ministère ivoirien de la Défense

Si la féminisation de la défense ivoirienne est en marche, le chemin à parcourir pour arriver à l’égalité des sexes est encore long.

La journée du 8 mars commence, fort heureusement, à entrer dans les us africains. C’est l’occasion d’une réflexion sur les avancées dans la lutte pour l’émancipation des femmes. En Côte d’Ivoire, on peut se réjouir des efforts fournis en la matière. Ils se matérialisent par l’ambition de faire des femmes des actrices du développement en les intégrant dans tous les secteurs d’activité, y compris celui de la défense.

Insister sur la défense n’est pas fortuit tant ce secteur associé à la virilité et au commandement a longtemps été l’apanage des hommes. En Occident, il a fallu la Première Guerre mondiale, de fait très « consommatrice » en ressources humaines, pour que l’armée s’ouvre enfin aux femmes, même si elles furent d’abord – et des décennies durant – cantonnées aux services de santé ou, tout au mieux, à la logistique, bien loin en tout cas de la manœuvre.

Féminisation des armées

La Côte d’Ivoire n’a pas procédé différemment lorsqu’elle a ouvert les portes de ses casernes aux femmes au début des années 1980 : en 1981, Kouamé Akissi, alors étudiante en médecine, devient la première femme médecin officier à servir sous le drapeau ivoirien (en 2012, elle marque définitivement l’histoire en devenant la première femme – et à ce jour l’unique – à porter le grade de générale dans le pays).

Le corps des sous-officiers a par la suite commencé à accueillir des femmes, à partir du milieu des années 1980, même si l’expérience n’a pas été de tout repos pour ces pionnières, éprouvées et isolées. Malgré tout, c’est de son rang que sortent en 1998 les premières femmes officiers d’active de l’armée ivoirienne.

La réforme du secteur de la sécurité (RSS), engagée au lendemain de la crise postélectorale, fait de la féminisation des armées un objectif majeur et, en 2014, ç’a été au tour de la gendarmerie de s’ouvrir aux femmes. Aujourd’hui, les chiffres sont encore faibles (les femmes sont moins de 600, dans l’armée et la gendarmerie, sur un effectif global de 40 000 éléments), mais la féminisation de la défense ivoirienne est bien en marche.

Bien sûr, la réussite de ce pari est un élément important de la lutte pour l’émancipation des femmes en Côte d’Ivoire. En s’intégrant avec brio dans un milieu jusque-là exclusivement masculin, elles brisent les codes d’un conservatisme désuet. Elles montrent leur capacité à exceller dans un secteur d’activité exigeant physiquement, humainement et intellectuellement. Leurs parcours peuvent amener la défense ivoirienne à se professionnaliser davantage, à renforcer ses liens avec la nation et à être un cadre de promotion du genre.

Manque de représentation

Cet objectif, aussi noble qu’il soit, ne sera pas facile à atteindre. Les défis sont nombreux, et le chemin à parcourir pour arriver à l’égalité des sexes est encore long. L’intégration des femmes dans l’armée et la gendarmerie devra par ailleurs s’accompagner de mesures concrètes. Les bâtisses de nos casernes doivent ainsi être aménagées pour tenir compte de leur présence grandissante et la plus grande vigilance doit être exercée face au harcèlement.

Mais les efforts accomplis ne doivent pas non plus occulter le fait que les femmes sont encore rarement représentées dans les cercles de décision, pas plus dans l’armée que dans les autres secteurs : la parité au gouvernement n’est encore qu’un leurre, tout comme au Parlement. Mais je ne doute pas que l’intensification de la féminisation des armées, surtout si les femmes sont amenées à des postes de commandement, peut donner un coup d’accélérateur au combat pour l’égalité des sexes.

Enfin, si l’on peut se réjouir de l’implication des hautes autorités, la réticence d’une partie de la troupe et de la population peut paraître décevante. Elle n’est toutefois pas un écueil infranchissable, elle est juste un indicateur de représentations sociales et culturelles profondément enracinées. C’est pourquoi il faut informer et sensibiliser : sur les droits des femmes et sur les avantages qu’il y a à avoir des femmes qui participent à la prise de décision.

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