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Cet article est issu du dossier «Capitalisme et bien commun»

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Technologie

Comment les jeunes pousses bousculent les grands groupes en Afrique

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Mis à jour le 31 mars 2020 à 12h23
CasbahTech à Alger

CasbahTech à Alger © CasbahTech

Plus réactives et au fait des attentes du marché, les start-up du continent ont beaucoup à apprendre aux structures établies.

«Les grands groupes ont les moyens, les start-up ont les idées. » Quand il s’agit de booster la motivation des start-upper sénégalais qu’il accompagne, Amadou Fall sait trouver les mots. Bien qu’installé depuis trente ans aux États-Unis, le patron de Helix, un cabinet de conseil en stratégie numérique, reste attaché au Sénégal.

Il a implanté un bureau dans son pays natal et distille des formations aux entrepreneurs. L’une d’elles est consacrée à la relation que les jeunes pousses peuvent nouer avec les grands groupes. Selon lui, approcher un mastodonte nécessite de l’opportunisme et de la diplomatie : « Le projet doit être en phase avec l’actualité et la stratégie de l’entreprise démarchée. Il faut venir au bon moment. »

les start-up sont fondées par des jeunes qui connaissent les envies des consommateurs de leur âge ainsi que certains contextes

Décrocher le financement qui couvrira ses ambitions de développement ou nouer le partenariat stratégique qui dynamisera sensiblement ses affaires, c’est le rêve de toute jeune pousse. Et elles sont de plus en plus nombreuses à y parvenir sur le continent puisqu’elles ont capté plus de 2 milliards de dollars (près de 1,8 milliard d’euros) d’investissements en 2019, d’après le fonds d’investissement Partech.

Fonds d’investissement d’entreprise ou département innovation

« Les start-up sont fondées par des jeunes qui connaissent les envies des consommateurs de leur âge ainsi que certains contextes. Elles perçoivent mieux le marché que les grands groupes parce qu’elles en sont plus proches », analyse Amadou Fall. Une force qui a incité ces derniers à modifier leur anatomie en développant de nouvelles branches consacrées uniquement à l’identification ou au développement de telles pousses.

C’est le cas des fonds d’investissement d’entreprise, ou corporate ventures. L’opérateur de télécoms Orange en possède un, Orange Digital Ventures, piloté en Afrique par Marième Ndeye Diop. Il a investi 2 millions de dollars avec le fonds Partech dans Gebeya, une start-up éthiopienne qui forme et place des développeurs web. De son côté, l’assureur panafricain Sanlam a pris en 2018 le contrôle d’Indie, spécialisé dans les produits d’assurance pour les jeunes et devenu Sanlam Indie.

D’autres groupes choisissent d’injecter un soupçon d’esprit entrepreneurial au sein même de leurs locaux. Au Maroc, Hicham Badreddine est à la tête de l’innovation du groupe Saham Assurances, dont il dirige notamment la Digital Factory (« usine numérique »).

CasbahTech à Alger

CasbahTech à Alger © CasbahTech

Créée en 2018, l’entité a coûté plus de 9 millions d’euros et applique des méthodes de travail directement inspirées des bonnes pratiques des jeunes pousses, comme les méthodes de gestion de projet Scrum ou Agile : « La Digital Factory est un service de R&D [recherche et développement] interne à Saham Assurances qui planche sur les sujets liés à la data [aux données] et à la transformation numérique.

Son agilité nous rend capables de lancer rapidement un dispositif concurrentiel sur de nouveaux segments de marché », affirme le dirigeant. À peine un an après sa création, la Digital Factory a développé My Auto, un service qui facilite la souscription et la gestion d’une assurance automobile.

Court-circuiter tous les processus internes

Plus radicalement, la start-up algérienne baptisée, elle, Factory Digitale, que Nasreddine Daifallah a fondée en 2018, se propose d’externaliser ce type d’activité en bousculant l’organisation interne des entreprises. Elle s’est ainsi implantée dans les locaux de la fondation CasbahTech, un espace de 800 m2 qui héberge à Alger plusieurs start-up de la place, comme TemTem ou iMadrassa, et crée des synergies entre elles.

« Nous organisons des compétitions et des formations internes au sein des grandes structures pour faire éclore des idées et les développer par la suite, explique Kamel Haddar, un ancien consultant de Bearing Point qui dirige CasbahTech. Nous sommes capables de livrer un projet commercialisable en six semaines pour un budget compris entre 20 000 et 30 000 euros. »

Factory Digitale intervient dans des secteurs tels que la banque, l’industrie pharmaceutique ou les services aéroportuaires, comme Swissport. Son travail donne parfois naissance à de nouvelles sociétés : « On court-circuite tous les stades de développement et de processus internes », se réjouit Kamel Haddar. Et le modèle semble fonctionner puisque la start-up s’internationalise et compte désormais des clients français.

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