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Finance

Quand les institutions financières soutiennent des investissements plus verts sur le continent

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Mis à jour le 05 mars 2020 à 14h50
Bhutan Prime Minister Lotay Tshering speaks during the Climate Action Summit 2019 at the 74th session of the United Nations General Assembly, at U.N. headquarters, Monday, Sept. 23, 2019. From left are African Development Bank president Akinwumi Adesina, Masen President Mustapha Bakkoury, Malawi's President Arthur Peter Mutharika, Ethiopian President Sahle-Work Zewde, and Tshering. (AP Photo/Craig Ruttle)/UNCR145/19266781087436//1909240005

Bhutan Prime Minister Lotay Tshering speaks during the Climate Action Summit 2019 at the 74th session of the United Nations General Assembly, at U.N. headquarters, Monday, Sept. 23, 2019. From left are African Development Bank president Akinwumi Adesina, Masen President Mustapha Bakkoury, Malawi's President Arthur Peter Mutharika, Ethiopian President Sahle-Work Zewde, and Tshering. (AP Photo/Craig Ruttle)/UNCR145/19266781087436//1909240005 © Craig Ruttle/AP/SIPA

Plusieurs institutions ont renoncé à soutenir des projets polluants sur le continent. Pour préserver l’environnement, mais aussi par attrait pour les énergies renouvelables.

Akinwumi Adesina a voulu marquer les esprits. Le 23 septembre 2019, lors du Sommet Action Climat des Nations unies, le président de la Banque africaine de développement (BAD) annonce que l’institution n’investira plus dans le charbon : il « représente le passé », tandis que les énergies renouvelables sont « le futur ». Deux mois plus tard, la BAD renonce à financer une centrale à charbon près de Lamu, au Kenya. Un projet déjà contesté pour son impact environnemental.

Ces blocages d’infrastructures polluantes se multiplient sur le continent. Pour lutter contre le réchauffement climatique mais aussi pour s’adapter à une nouvelle donne économique : l’attrait des énergies renouvelables.

Même sans taxe carbone, le solaire ou l’éolien sont souvent meilleur marché que le charbon

« De plus en plus d’institutions financières s’interrogent sur les risques que présente l’investissement dans les énergies fossiles et s’en distancent progressivement », souligne Ahmed Mokgopo, qui milite pour le désinvestissement carbone depuis le bureau sud-africain de 350.org, une ONG de lutte contre le changement climatique.

Comme la BAD, la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement, mais aussi des établissements commerciaux d’Afrique du Sud, ont revu leur politique en matière d’énergies fossiles. En avril 2018, Nedbank a renoncé à tout nouvel investissement dans le charbon, et a depuis annoncé son retrait de deux centrales à charbon sud-africaines, à Thabametsi et à Khanyisa, dont l’avenir est incertain. Standard Bank et FirstRand se sont elles fixé des conditions plus strictes pour investir dans cette ressource.

Même certains groupes japonais et coréens, comptant pourtant parmi les plus fidèles soutiens du secteur, marquent le pas. Le conglomérat nippon Marubeni Corporation a renoncé en octobre à financer l’extension de la centrale à charbon de Morupule, au Botswana. Une décision conforme à sa stratégie, annoncée en 2018, de préférer les énergies renouvelables. Marubeni a depuis investi dans Azuri, une société spécialisée dans l’énergie solaire hors réseau, et dans la construction d’une centrale géothermique au Kenya.

La meilleure productivité des énergies renouvelables est d’ailleurs l’une des raisons principales de ce dés­amour, explique Simon Nicholas, chercheur au sein de l’Institut d’économie énergétique et d’analyse financière : « Même sans taxe carbone, le solaire ou l’éolien sont souvent meilleur marché que le charbon. »

« Des bonnes pratiques » environnementales aux contours imprécis

Il faudra pourtant aller beaucoup plus loin pour réduire significativement le bilan carbone du continent. Les mines et le pétrole échappent encore à l’opprobre, et ce malgré des émissions considérables. Quant au gaz, présenté comme une énergie verte, les investisseurs font peu de cas de sa non-renouvelabilité.

En dehors des grandes institutions, de nombreux fonds et acteurs privés invoquent des « bonnes pratiques » environnementales aux contours imprécis, juge Andrew Howell, analyste spécialisé dans l’investissement responsable sur les marchés émergents. « Plutôt que de se désinvestir du ciment, ils optent pour des cimentiers qui réduisent leurs émissions », illustre-t-il.

Akinwumi Adesina, le président de la BAD, New York, le 24 septembre 2019.

Akinwumi Adesina, le président de la BAD, New York, le 24 septembre 2019. © Riccardo Savi/Getty pour Concordia Summit

La plupart d’entre eux n’ont pour l’instant pris aucun engagement pour rediriger leurs fonds vers l’économie verte. Les prêteurs chinois notamment ne semblent pas désireux de quitter les secteurs concourant au réchauffement climatique.

La Banque industrielle et commerciale de Chine soutient ainsi la construction de la centrale de Lamu et d’un oléoduc reliant l’Ouganda à la Tanzanie. Réduisant d’autant la portée des nouvelles ambitions écologiques d’institutions comme la BAD.

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