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Tourisme

Tourisme et emploi : quel modèle pour embaucher davantage au Maghreb

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Mis à jour le 31 mars 2020 à 12h23
Offrir de nouveaux services permet d’augmenter les recrutements. Ici, La Cigale Hôtel, spa & golf, à Tabarka, en Tunisie.

Offrir de nouveaux services permet d’augmenter les recrutements. Ici, La Cigale Hôtel, spa & golf, à Tabarka, en Tunisie. © Natalia Seliverstova/Sputnik/AFP

Mieux coordonner la filière, faire monter le secteur en gamme, améliorer la commercialisation… Autant d’axes pour que l’Afrique du Nord crée plus de postes durables.

Selon une étude KPMG de juin 2019, l’Afrique du Nord dépasse le reste du monde par son taux de création de postes dans le tourisme : 4,4 % des emplois de la région, contre 3,8 % à l’échelle globale. Il reste pourtant encore beaucoup à faire, selon les professionnels.

Au Maroc, le tourisme représentait en 2019 « 750 000 emplois, contre 500 000 cinq ans auparavant », estime Abdellatif Kabbaj, le PDG du groupe Kenzi, premier groupe hôtelier du pays, qui, avec dix unités, compte 2 200 lits et fait travailler 2 400 personnes.

Celui qui dirige aussi la Confédération nationale du tourisme déplore la sous-exploitation de l’offre balnéaire : « Le taux d’occupation est au-dessous de 50 %, alors que même entre 65 % et 70 % on pourrait encore recruter. Il faut s’étendre vers le sud, d’Agadir à Tan-Tan, où la saisonnalité est plus importante, plutôt que vers le nord. Et développer les investissements. »

Open sky avec l’Union européenne

Selon Fatima Arib, directrice du Centre africain pour l’innovation et les solutions durables de l’Université Cadi-Ayyad, à Marrakech, le tourisme peut contribuer à lutter contre le chômage. À condition d’éviter « des politiques éclatées entre plusieurs instances, faiblement cohérentes avec la stratégie nationale ».

Abdellatif Kabbaj, lui, estime que le réseau aérien ne correspond pas aux besoins : « Pour des raisons de rentabilité, Royal Air Maroc [RAM] dessert en priorité l’Afrique subsaharienne à partir de Casablanca plutôt que les destinations domestiques clés. Notre pays propose un hébergement d’un excellent rapport qualité-prix, mais il n’y a pas assez de vols low cost. »

Le président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie, Mehdi Allani, espère un accord open sky avec l’Union européenne : en ouvrant la porte aux compagnies à bas coûts du Nord, il aiderait à dépasser un modèle basé à 85 % sur les tour-opérateurs et leur logique all inclusive : « Ce n’est plus suffisant, la nouvelle clientèle veut élaborer ses propres voyages. Il faut accélérer la commercialisation numérique des produits. C’est un vivier d’emplois énorme. Réserver un train, un ticket de musée ou un tour en quad doit être possible en ligne. »

Encadrement juridique

Autre piste, selon Mehdi Allani : « La montée en gamme permettrait de créer 30 % à 40 % d’emplois de plus par an. » À Hammamet, juste à côté de l’hôtel Sultan qu’il dirige, le club Marmara compte d’après lui autant de lits, mais bien moins d’employés que son établissement. Or ses résultats sont meilleurs : « Avoir plus de salariés par chambre ne fait pas baisser la rentabilité, au contraire ! » Encore faut-il que les investissements suivent.


>>> À lire aussi notre dossier « Hôtellerie : une pléthore de projets africains » <<<


La loi doit évoluer, juge Rym Ben Fadhel, directrice générale de Seabel (trois hôtels balnéaires, 900 lits et 600 employés) : « Le travail saisonnier n’existe pas en droit tunisien, or le tourisme balnéaire est cyclique par nature. On embauche, et on licencie en fin de saison. Recruter annuellement, cela veut dire des postes stables et un personnel mieux formé. »

Plus loin des côtes, à Tunis, Seabel a s’est doté d’une école de management. « Après la crise de 2015, c’est une façon de nous diversifier, explique Rym Ben Fadhel. Le tourisme balnéaire est l’un de nos avantages comparatifs, mais il faut une meilleure qualité de service et proposer d’autres choses : restaurants, souks, transports… L’ensemble de l’environnement peut contribuer à la création d’emplois. »

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